Voilà, c'était aussi simple que cela, ce faux mystère, un peu de mauvaise foi. Dans ces pages de garde (allusion aux fameuses galeries bleues des albums de Tintin ? ), sont rassemblées une partie des œuvres présentées ici au fil de la semaine : un musée imaginaire convoqué au service d'une fiction, un jeu du regard.


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Elles  appartiennent à ce magnifique album italien pour enfants  : Velluto, storia di un ladro, une histoire de voleur, une histoire de parfums, une histoire de maison.


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L'élégante prose de Silvana d'Angelo, fluide, allusive et poétique, s'y mêle en une alchimie parfaite avec les illustrations d'Antonio Marinoni, au trait  rappelant le style de Pierre Le-Tan.

Marinoni, architecte de formation, a visiblement pris un plaisir extrême à élaborer avec un soin maniaque tout l'ameublement et la décoration de la maison. Le  fourmillement des tableaux, anciens et modernes, de sculptures contemporaines et de meubles de designers italiens et américains n'est pas un vain amoncellement de noms, il crée autour de chacun des quatre membres de la famille un portrait intime, qui double l'intrigue de sombres perspectives,  en décalage avec l'insouciance apparente du texte.

La mise en page du livre est aussi simple qu'ingénieuse. De double page en double page, l'illustrateur déroule la structure de l'appartement : un grand rectangle de neuf pièces  - une cuisine, une salle à manger, un salon, une chambre vide ; un bureau, une pièce fermée, la chambre des enfants, la salle de bains, la chambre des parents - distribuées autour d'un hall central. L'avancée du voleur permet ainsi, à chaque pas, de découvrir une même pièce sous deux angles différents, sans qu'elle soit jamais entièrement livrée au regard, ne laissant deviner que des bribes de la vie des habitants.

L'œuvre est si maîtrisée et si personnelle ( Antonio Marinoni s'est même amusé à intégrer dans ses références les tableaux d'un certain "Romain Antonioni", qui n'est autre que son alias anagrammique) que l'on a réellement l'impression d'entrer dans le livre comme dans un espace autonome, en trois dimensions, où flotte un parfum à nul autre pareil.  Celui du souvenir des maisons heureuses, vous dirait l'auteur.


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"Il fait sombre ici, pourtant la lumière serait utile. Je sais très bien où je suis arrivé : dans toutes les maisons que j'ai visitées, il y a toujours une pièce, un angle obscur, où se rassemblent les odeurs secrètes, celles que les étrangers ne doivent pas connaître. Même les rêves éveillés ont leur parfum, et les querelles aussi. Promesses, rancœurs, insultes, caresses laissent leur sillon dans l'air, et je suis l'un des rares à savoir les discerner. Mais en tant que gentleman cambrioleur, je n'en parle pas."




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Velours, histoire d'un voleur. Silvana D'Angelo et Antonio Marinoni.
tr. fr. Sophie Royère, Naïve, 2007.