Des fleurs et des feuilles du Danemark






Avec les jardins de l'Ordrupgaard, les reflets sur la Danse de la poussière d'Hammershøi, la maison de Finn Juhl, le parc et la maison du musée Karen Blixen et l'un de ses arrangements floraux, une veranda dans le Kartoffelraekkerne, le maison-musée de la famille Rahbek à Copenhague.
Stanza degli uccelli

Cette petite porte verte que l'on aperçoit depuis la fenêtre de la gypsothèque de la Villa Médicis ouvre sur un lieu secret, dont la splendeur a été redécouverte grâce à une pensionnaire de l'Académie de France, Géraldine Albers, venue sonder le badigeon qui le recouvrait. Il s'agit de la chambre aux oiseaux que le cardinal Ferdinand de Medicis a commandée au peintre florentin Jacopo Zucchi vers les années 1576-1577.
Grand collectionneur d'antiques (c'est lui qui est à l'origine de l'inscrutation des bas-reliefs sur la façade intérieure de la villa), érudit, féru de sciences et de botanique (il cultivait des specimens rares dans un jardin secret, le "Jardin des citronniers"), il fait construire à l'écart de sa villa du Pincio, niché au fond du jardin, un petit pavillon privé destiné à la retraite, à l'étude, à la contemplation de la campagne romaine et aux rencontres intimes : un studiolo de deux pièces recouvertes de fresques. La plus petite, "chambre de l'aurore", est décorée de grotesques, de paysages et de personnages mythologiques ; le plafond de la seconde, la plus grande, est parcouru de treillages, où s'entrelêlent feuillages et fleurs, où sont posés oiseaux et petits animaux. La fraîcheur de l'intérieur d'une volière, un livre d'histoire naturelle à ciel ouvert.



Voir l'article de L'Objet d'art consacré à la restauration du pavillon de Ferdinand de Medicis
La restauration a été menée par feu Luigi de Cesaris, et les tentures en taffetas de soie rose bleuté, de type ermisino, qui drapent les parois ont été commandées à l'Antico Setificio Fiorentino.
Deuxième photo empruntée à cet album flickr.
Greffons


Ce que nous regardons comme une totalité dotée de sens et de beauté, les riches collectionneurs de marbres antiques du XVIe et du XVIIe siècles ne le considéraient que comme des fragments appelés à être complétés. Ils faisaient alors appel à des sculpteurs pour greffer des parties manquantes sur les corps mutilés de leurs "reliques cendreuses" afin d'exposer leurs statues reconstruites, un peu comme si l'on collait des bras modernes à la Venus de Milo. Ainsi Le Bernin et L'Algarde furent sollicités pour procéder à ces opérations, imprimant une gestuelle baroque aux divinités classiques et s'éloignant de l'iconographie antique : voir la statue d'Héraclès en tueur de l'Hydre de Lerne ou l'Hermès Ludovisi conservé au Palazzo Altemps.
Au XVIIIe siècle commença un vaste mouvement de dérestauration, visant à ôter les morceaux ajoutés à ces êtres devenus hybrides.
Sculptures exposées à la Centrale Montemartini.
Nuovo Sacher



A Rome, dans le quartier du Trastevere, juste à côté du bel immeuble de l'ex-Gil de Luigi Moretti, pèlerinage au Nuovo Sacher, la salle de cinéma que Nanni Moretti a ouverte au début des années quatre-vingt-dix, utilisant une ancienne salle de théâtre, le Teatro Nuovo, elle-même née de la structure construite pour le Dopolavoro fasciste.
De l'autre côté du Tibre, tout droit et à droite après la pyramide de Caius Sextius, la Garbatella.

Nuovo Sacher, Largo Ascianghi 1, Trastevere, Roma
Dominos

La vitrine de la librairie Delamain, au Palais Royal
(merci ijm !)
qui me donne l'occasion, par effet de dominos, d'évoquer
- les papiers dominotés
- les Six études de tête de Watteau
ayant appartenu à la comtesse de Béhague
et la salle byzantine de son hôtel particulier, élaborée avec Fortuny, dans laquelle Christina Pluhar a enregistré Mediterraneo dont une Pizzicata de San Vito particulièrement vivifiante
et toujours parlant de Watteau, signalons, à la suite d'Adrienne, une exposition de rêve à Bruxelles, Watteau, la leçon de musique, avec William Christie pour co-commissaire, mêlant dans un accord parfait peinture et musique, avec concerts nocturnes et rencontre avec Pierre Michon
Le regard de l'âne


Faut-il compter parmi les sources d'inspiration de Jacques Demy pour Peau d'âne
ce détail du Pierrot de Watteau ?
Vous pouvez aller au Louvre, dans la salle Watteau, faire l'expérience troublante de ce regard, parmi les plus beaux jamais peints
Un art secret

En Afrique de l'Ouest, de nombreuses personnes, adultes comme enfants, portent sur elles des amulettes. La plupart du temps affichés à la vue de tous (portés autour du cou, à la ceinture, au poignet), ces objets magiques n'en sont pas moins des objets intimes. Ils répondent à des intentions secrètes exposées dans l'atmosphère confidentielle d'un entretien avec un marabout, puis interprétées en vue de la fabrication d'un talisman doté d'un pouvoir sur le réel : se prémunir du malheur, se soigner, déjouer la malchance, s'attirer des bonnes grâces, s'assurer d'un succès politique ou amoureux, obtenir des biens.
Une fois les paroles échangées avec le guérisseur, l'objet échappe à son futur possesseur. Il ne connaît que le mode d'emploi et le but de ce puissant réceptacle, comme nous ne connaissons que la posologie et l'indication d'un médicament prescrit par un médecin. Le secret de fabrication appartient au marabout, qui aura placé à l'intérieur de gainages de cuir, de bouteilles, de cornes, de cadenas, de colliers, à travers superpositions et noeuds, des phrases en arabe issues du Coran, écrites sur du papier ou du tissu, langue inconnue du destinataire.
Pour les ethnologues désireux d'étudier ces pratiques de gestion du malheur et de la maladie, il est donc difficile de connaître ces amulettes de l'intérieur.
Mais Alain Epelboin, médecin anthropologue, et Constant Hamès, ethnologue, ont eu un coup de génie. Après s'être liés d'amitié avec l'un des récupérateurs vivant sur l'immense décharge de la banlieue de Dakar, Mbebess, ils lui ont demandé de mettre de côté pour eux les précieuses amulettes et autres objets magiques mis au rebut. Ainsi s'est constitué depuis 1983 le fonds ALEP (CNRS /Museum d'histoire naturelle), qui compte désormais des milliers de pièces, matériaux d'une archéologie du temps présent.
Cette collecte procure aux chercheurs un double bénéfice puisqu'elle leur permet de connaître le contenu des objets magiques en les ouvrant sans pour autant violer l'intimité de leur propriétaire puisqu'ils ont été soit oubliés, soit perdus, soit volontairement mis au rebut.
Ce sont quelques-uns des talismans découverts à l'intérieur de ces objets, pliés, roulés, qu'ils donnent à voir l'Institut du monde arabe : sourates du Coran, noms d'être puissants calligraphiés à la main - mais il y a aussi des faux photocopiés ! -s'entremêlent en des dispositions géométriques méticuleuses, carrés magiques, cercles, losanges ou simples lignes de répétition au graphisme plein de force. Autrefois porteurs d'espoir, ils ont perdu leur efficacité mais pas leur mystère : les raisons de leur arrivée dans la décharge ne laissent pas d'intriguer. Vous pouvez feuilleter le catalogue en ligne ici.

Exposition Un art secret, les écritures talismaniques de l'Afrique de l'Ouest, jusqu'au 28 juillet 2013, à l'Institut du monde arabe, Paris.
La mise en scène du nom propre





Compositions en fraktur mêlées de versets bibliques (lettre de baptême au canivet, avis de décès, célébration d'anniversaire de mariage) ou simples appositions sur des sacs de farine.
Collections du Musée alsacien, Strasbourg
Dans un panier miniature



Comment résister au Petit Lièvre d'Apolline ?

Surpris ici en pleine activité parmi les pages de Old English Country Cottages, de Charles Holme, Offices of "The Studio", London, 1906
L'Œil végétal

Trouvez un moment calme au milieu de votre journée, installez vous devant votre écran comme si vous vous apprêtiez à participer à une cérémonie du thé, et plongez vous dans l'univers de l'Œil végétal , vous ressentirez l'harmonie du monde.
Une sensation rare comme ce carnet offert si généreusement à notre délectation par Catherine Bourzat.
"Carnet d'inspiration, travaux en cours, propos de jardin, fabrique à images, poésie, goût du thé, compagnie des fleurs, carnets de voyages, pensées japonaises, chinoiseries, bouts de papier, pierres étranges, menues choses" : autrement dit grâce de l'érudition, bonheur de l'écriture, poésie du regard, force du végétal, éloge de la futilité, raffinement des rebuts, en compagnie choisie.
Vous embarquerez pour bien des voyages, de l'oeil, du goût et de l'esprit, cheminerez aux côtés de lettrés chinois, déroulerez des rouleaux précieux, et vagabonderez au gré des pages d'almanachs d'horticulture du XVIIe siècle pour assister à l'éclosion d'un magnolia :
" Oh ! la bienheureuse saison où les arbres reviennent à la vie, et combien rapides sont leurs premiers pas ! A l’année qui s’est enfuie vient se substituer l’année qui commence ; liduan ouvre la voie au printemps qui va surgir ; vingt-quatre fois encore nous allons voir se succéder les termes solaires ; voici venir la première lune. Les poissons se réjouissent de voir disparaître leur prison de glace, bientôt vont passer les oies sauvages. Et cependant l’iris oulan embaume l’air, le daphné ruixiang est prêt à s’élancer, le cerisier yingtao va bientôt montrer ses élégantes corolles ; le saule yangliu semble désirer ses bourgeons ; en tête de tous marche le magnolia wangchun ("désirer le printemps"). Par centaines renaissent les plantes, c’est la saison bienheureuse où, par milliers, vont s’ouvrir les fleurs."
Détails de la Contemplation des lotus de Li Keran et d'une composition de Catherine Bourzat autour d'une créature mi-végétal mi-insecte


