Le Divan Fumoir Bohémien

jeudi 17 mai 2012

Patchworks urbains

 

 

pierres d'attente tournon

 

hauteurs discontinues

 

angle

 

 

Il faut le dire tout net, quand vous aurez lu ou même feuilleté ce livre, vous ne verrez plus jamais la ville, votre ville, du même regard : avec Patchworks parisiens, petites leçons d'urbanisme ordinaire, Michaël Darin, architecte et historien, vous apprend à considérer la rue la plus laide d'un oeil neuf, non plus en prêtant attention aux immeubles et édifices qui la constituent mais en focalisant l'attention sur les assemblages multiples qui font une ville ( le principe de ce regard peut se porter à toute autre ville que Paris).

Enumérons les principales catégories :

- Voisinages, ou  les relations des immeubles entre eux :  petits immeubles isolés, surélévations, hauteurs discontinues, silhouettes uniformes, pierres d'attentes (moellons dépassant des murs mitoyens en vue de s'accrocher à une future construction)

- contours, ou les relations des bâtiments aux voies sur lesquelles ils prennent place : délicates articulations entre le domaine privé et le domaine public, reculs, alignements, cours, jardins, ajouts triangulaires,  recoins délaissés.

- formes, où les relations d'un côté à l'autre d'une rue, avec des effets de vides et de pleins, des asymétries ou au contraire de parfaites et ennuyeuses gemellités.

- rencontres, où l'intersection des voies :  immeubles d'angles, places triangulaires, immeubles-îlots, hauteurs différentes de rues.

A travers quarante promenades parisiennes de chacune deux heures, Michaël Darin a glané toutes sortes de configurations, une collection de curiosités ordinaires ensuite photographiées pour illustrer son propos (il est d'ailleurs assez étonnant pour le parisien de constater à la vue des photos à quel point toutes ces formes banales sont reconnaissables - qu'est-ce qui fait qu'on reconnaît une rue, un lieu ? ). Un constat s'impose : ce qui l'emporte, ce sont les irrégularités, les disharmonies, les anomalies, les ratés.

Toutefois l'auteur ne s'en tient pas à un simple inventaire morphologique. Derrière chaque situation particulière, il met en évidence les logiques sociales et historiques à l'oeuvre dans ce qu'il appelle la fabrique quotidienne de la ville. Pour lui, les rues sont des oeuvres collectives complexes, façonnées par les interactions entre de multiples acteurs - édiles, architectes, ingénieurs, propriétaires d'immeubles, investisseurs privés et institutionnels - intervenant sous la contrainte des législations urbanistiques (alignement, mitoyenneté, coefficient d'occupation) et des pesanteurs de l'existant. Les rues, ces assemblages plus ou moins réussis d'édifices, sont les résultats de leurs accords, de leurs compromis et de leurs brouilles, toujours appelés à se modifier.

Mario Salvadori a écrit un livre qui a fait date intitulé Comment ça tient ? qui répondait à la question simple de comment les édifices construits par les humains pouvaient tenir debout d'un point de vue technique. Ici, la question pourrait être reposée à l'échelle de la ville et de la société tout entière : comment ça tient ? comment une myriade d'individus aux intérêts, aux moyens, aux idées différents, voire divergents, arrive à former quelque chose de solide, une ville ?

En ressort un réjouissant mélange d'incapacité à tout contrôler et de cohésion qui fait le charme des villes et du vivre ensemble.

 

 

 

 

 

 

Patchworks parisiens, Petites leçons d'urbanisme ordinaire, de Michaël Darin, photos de Gilles Targat. Parigramme, 2012.

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samedi 12 mai 2012

A Green Closet

 

 

 

 

 

ham house

 

entrée einsiedel

 

arbre

 

 

mur est

 

 

prairie

 

miniatures elizabeth

 

bluebell

 

 

Dans sa demeure de Ham House, William Murray, ami d'enfance de Charles Ier (il fut son whipping boy, autrement dit celui qui recevait les coups de fouet à la place du petit prince quand ses tuteurs estimaient que ce dernier avait commis une faute, droit divin oblige), installa dans une pièce aux dimensions modestes un cabinet pour disposer petits tableaux, miniatures et sculptures, lieu de retraite, de repos, de contemplation et de réflexion dans la tradition du studiolo de la Renaissance italienne.

Ce refuge intime était tapissé de damas vert,  les oeuvres qu'il enserrait étaient recouvertes d'un rideau de la même couleur, tandis que des rideaux frangés de damas blanc maintenaient la pièce dans un demi-jour propice au recueillement. La couleur verte joua un rôle central dans la culture de l'Angleterre des XVIe et  XVIIe siècles : très présente dans l'ameublement et les textiles comme dans les textes, elle forma un monde spécifique de sensations et d'affects.

 

 

 

 

 holbein+ambassadeurs+détail passion

 

 

 

 

 

 

 

 

Photos du Green Closet par Andreas von Einsiedel et John Hammond pour le National Trust. Détail des Ambassadeurs de Holbein (National Gallery) où un rideau vert laisse apparaître un tableau représentant la Passion.

Pour se rendre à Ham House depuis la gare de Richmond, un bel itinéraire pedestre ici, avec halte recommandée à la délicieuse teahouse des Petersham Nurseries.

mardi 8 mai 2012

Astringent

 

 

 

 

 

kaki met

oji pelle

futagami plateau

 

 

 

Ryoko Sekiguchi consacre un petit essai tout en finesse à l'un de ces mots sur lesquels tout travail de traduction achoppe un jour : sans équivalent d'une langue à l'autre ou plus précisément avec un équivalent mais deux extensions sémantiques incommensurables, en l'occurrence astringent qui, en français, relève  d'un vocabulaire technique et qui, en japonais, occupe une place centrale au point de désigner une catégorie esthétique, une manière d'être.

"En français (d'après le Grand Robert)

ASTRINGENT.

1. Adj. Qui exerce sur les tissus vivants un resserrement, une sorte de crispation plus ou moins sensible. Remède astringent. Astrictif (vieux), hémostatique, styptique. Par extension (en parlant du goût, de l'odeur, d'une plante, d'une substance), saveur âpre et astringente. Acerbe, âpre, austère. Apreté. Par métaphore, fig. une parole astringente "Tout petits baisers astringents" (Verlaine).

2. Nom. Un astringent. Substance qui a pour propriété de resserrer les tissus. Les répercussitfs sont en général des astringents. Principaux astringents : alun, bistrote, butée, cachou. 1537 : astringent : du latin astringens, participe présent de astringere, "resserrer", de ad et stringere, "serrer". "Puis, dudit jour, une potin anodine et astringente,pour faire reposer Monsieur, trente sols". Molière, Le Malade imaginaire, I,1.

 

En japonais

SHIBUI (adj.)

1) (d'un goût) Qui paralyse la langue, comme lorsqu'on mord dans un kaki âpre.

2) (d'une voix) Qui n'est pas lisse.

3) Qui ne veut pas dépenser. Avare.

4) Peu voyant. D'apparence discrète et calme. Qui dégage une nuance profonde et sereine. D'une beauté discrète.

5) Qui se renfrogne.

6) (D'un objet) Qui ne fonctionne pas bien.

SHIBUMI (n.)

1)Goût astringent. Son degré d'astringence.

2) Se dit d'une esthétique raffinée et profonde (ant. clinquant). Atmosphère discrète et distinguée. S'emploie pour désigner l'apparence des individus, les couleurs, les motifs, la littérature, l'art. "

 

Qu'est-ce qui se joue dans cet écart ?

 

 

 

Ryoko Sekiguchi. L'astringent. Argol, collection "Vivres", 2012.

Voir aussi le projet deRyoko Sekiguchi : "Raconte moi une histoire de cuisine".

 

Sakai Hôitsu. Plaqueminier (arbre à kakis). Metropolitan museum.

Oji Masanori, pelle à poussière teinte au jus de kaki et plateau en cuivre coulé à la fonderie Futagami

lundi 7 mai 2012

Lendemain de fête

 

 

 

 

 

 

 

Extremely invigorating after a late evening at the place de la Bastille...









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jeudi 3 mai 2012

The Gorgeous Nothings

 

 

emily dickinson envelope poem

 

emily dickinson envelope poem amherst

 

 

 

Emily Dickinson aimait écrire sur le moindre bout de papier qui lui tombait sous la main. A partir de ses poèmes-enveloppes, l'artiste Jen Bervin et l'universitaire Marta Werner ont composé un livre d'artiste publié par Granary Books où alternent  fac-simile de très haute qualité des enveloppes manuscrites accompagnés de leur transcription, explorations formelles et études savantes : The Gorgeous Nothings.

 

 

 

emily dickinson envelope poem amherst2

 

 

 

 

 

 

 

Pour les manuscrits d'Emily Dickinson, voir les archives électroniques de la biblitothèque du Amherst College  ici

Voir aussi le travail de Jen Bervin autour des marques de ponctuation des  fascicules : The Dickinson Composites.

 

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mardi 1 mai 2012

Premier mai

 

 

 

 

kertesz+front populaire2+1934

 

kertesz+front populaire+1934

 

kertesz+front populaire3+1934

 

 

 

En ce 1er mai dévoyé par le candidat président et à quelques jours du 6 mai, où nous espérons en être débarrassés, quelques mises au point bonnes à lire :

La belle tribune d'Annie Ernaux dans Le Monde du weekend dernier : "1er mai, alerte à l'imposture",  (voir aussi son entretien, "Les classes sociales n'ont jamais disparu", dans Le Monde du 24 septembre 2011 )

L'éclairant travail de synthèse d'ATD quart monde : "Les idées fausses, ça suffit" pour lutter, arguments chiffrés à l'appui, contre les amalgames sur les pauvres, l'immigration, les prestations sociales, la fraude.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

André Kertesz, Ouvriers en grève à l'usine Renault, 1936, fonds de la médiathèque de l'architecture et du patrimoine.

 

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lundi 30 avril 2012

Taranta

 

 

 

 

En 1961, le jeune réalisateur bolognais Gianfranco Mingozzi se rendit dans les Pouilles, sur le terrain d'étude du grand anthropologue Ernesto de Martino, pour élaborer un magnifique documentaire consacré au tarentisme : accompagné de l'ethnomusicologue Diego Carpitella et du chef opérateur Ugo Piccone, il filma à Galatina la transe des femmes "mordues"  attendant la délivrance à la chapelle dédiée à Saint Paul. Le commentaire fut écrit par le poète Salvatore Quasimodo, lauréat du prix Nobel.

 "Et le 28 juin de chaque année, sous le soleil, alors que les chars déplacent des
bruits sourds de pierres déchirées, de torrents, pierre sur pierre, couleur de feu,
les tarentulées et celles qui ont été délivrées du mal arrivent à la chapelle de
Saint Paul.
Elles ont l’espoir d’entendre prononcées par les fortes lèvres du saint une parole
qui anéantisse toute force maléfique sous deux pierres posées en croix.
C’est un grand jour pour les tarentulées.
Une fois l’an, elles secouent le fardeau de leurs souffrances, de leur anonymat
social, de la privation de leurs droits élémentaires, et elles disent leur désespoir
à la foule des spectateurs.
D’autres femme arrivent encore. Chaque année l’espoir d’une guérison s’éveille
dans leur âme.
La morsure, et sa répétition, est un mal qui résiste âprement." (tr.R. Cosandey)

 

 

 

 

 

 

 

Sur l'oeuvre d'Ernesto de Martino et le tarentisme, voir les remarquables billets de Regard éloigné.

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dimanche 29 avril 2012

Piazza Salandra, Nardò

 

 

 

 

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nardo petits vélos

 

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nardo circolo sandro pertini bancs

 

 

Et dans les bois, non loin, des rires.

 

 

rires dans les bois

 

 

 

 

 

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samedi 28 avril 2012

Fresques façon puzzle

 

 

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cerrate

 

cerrate puzzle1

cerrate chapiteaux

champ oliviers coquelicots

 

 

Nichée parmi les oliveraies jonchées de fleurs des champs, l'abbaye de Santa Maria di Cerrate fondée au XIIe siècle par le seigneur normand Tancrède de Hauteville, comte de Lecce, a subi de multiples transformations avant de devenir une ferme et de tomber à l'abandon pendant plusieurs siècles.

Sur les murs de l'église, le remontage désordonné des pierres a brisé l'image composée par les fresques à la façon d'un puzzle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'abbaye Santa Maria di Cerrate, à Squinzano,  est désormais placée sous la tutelle du FAI, Fondo per l’Ambiente Italiano.

Dans une autre partie des terres de Tancrède d'Hauteville sont produites les excellentes huiles monovariétales de l'Azienda agricola Caposella

 

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vendredi 13 avril 2012

Cloître de San Pietro di Castello

 

 

 

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Il est des lieux qui semblent à même de capter toute l'harmonie du monde, tel le cloître qui jouxte la basilique de San Pietro di Castello, habité par des vieilles dames malicieuses et illuminé de mille couleurs passées.

 

***

Désormais, c'est plus au sud que je me rends, auprès d'une chapelle qui, m'a-t-on dit, recèle l'effigie d'un saint protecteur des fraises des bois. Il saura, je l'espère, faire des miracles. 

Au 22 avril.

 

 

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