Un catalogue de jouets





En recherchant des catalogues d'étrennes de la fin du XIXe siècle, je tombe sur cette merveille dont je ne sais presque rien : la notice indique seulement qu'il s'agit d'un catalogue de jouets de 1882, français si l'on en juge par les inscriptions. Le dessin naïf, ces perspectives maladroites, loin des chromos sagement alignées avec description et prix imprimés, laissent rêveur : ce cahier ne serait-il pas plutôt l'oeuvre d'un enfant qui se serait amusé à dessiner tous les cadeaux qui lui feraient envie ?


Catalogue de jouets, 1882. Bibliothèque de l'Arsenal, Paris. Cote : ARS RES FOL-NF-10097
Le monde de près



L'idée des Borrowers (Les Chapardeurs), le livre qui a inspiré Arietty au studio Ghibli, est née d'une sensation du monde qui a imprégnée toute l'enfance de son auteur, Mary Norton. Affectée par une forte myopie, elle était condamnée à voir le monde de près : "Quand d'autres voyaient les collines au loin, les bois distants, l'envol du faisan, moi, je me tournais de côté vers les bords des cours d'eau, les racines d'arbre, l'enchevêtrement des herbes. La mousse, les crosses de fougères, les pousses d'oseille créaient toute une mise en scène de jungle, à laquelle ne manquaient plus que ses dramatis personae. Puis on inventa des personnages, des petites personnes peureuses qui frayaient leur chemin à travers une végétation miniature, on vit des endroits confortables où elles pourraient s'asseoir et se reposer, des tiges dont les embranchements étaient autant d'invitations à escalader, des trous sablonneux dans lesquels elles pourraient ramper pour s'abriter".
Que ce qui nous semble petit puisse sembler grand à d'autres, ce relativisme des myopes, est au principe de la série des Chapardeurs, ces créatures miniatures qui vivent à l'intérieur des maisons dans un monde qu'elles transforment à leur échelle, en empruntant au prix d'exploits athlétiques et de ruses toutes sortes d'objets de la vie quotidienne des humains pour en faire un usage différent, qui convienne à leurs besoins. Et ce n'est sans doute pas un hasard si cette fiction construite autour de l'art du recyclage et la récupération a enchanté les petits Anglais de l'après- guerre - le premier livre de la série date de 1952 - sur lesquels pesaient encore les contraintes du rationnement .
Mais découvrons plutôt le salon des Clock.
"Arrietty dirigea ses pas nonchalants vers le salon dont la porte était ouverte. Ah ! le feu était allumé, et la pièce avait un air à la fois gai etintime. Homily était fière de son salon ; les murs étaient tapissés de fragments de vieilles lettres tirés des corbeilles à papier et, disposant verticalement l'écriture, elle avait obtenu un effet de rayures, du plancher au plafond. On voyait aux murs plusieurs portraits de la reine Victoria jeune fille, répétés en couleurs différentes ; ceux-ci avaient été empruntés par Pod quelques années plus tôt, à une boîte à timbres, dans le secrétaire du petit salon. Il y avait un e boîte à bijoux de laque à l'intérieur capitonné qui, le couvercle levé, servait de canapé ; et puis, ce meuble indispensable : une commode dont les tiroirs étaient faits de boîtes d'allumettes. Il y avait une table ronde couverte d'un tapis de velours rouge. C'était Pod qui l'avait fabriquée avec le fond de bois d'une boîte à pilules posé sur le socle sculpté d'un cavalier emprunté à un jeu d'échecs - ce qui causa beaucoup d'ennui là-haut.[...] Près du feu, dans un casier de bois en forme d'auge, se trouvait la bibliothèque d'Arrietty. Celle-ci se composait d'une collection de volumes miniatures dont raffolaient les Victoriens mais qui, aux yeux d'Arrietty, étaient grands comme des bibles d'église."

Texte traduit par Anne Green pour l'édition des Chapardeurs publiée par l'École des Loisirs en 1979,
illustrée avec les dessins de l'édition originale de 1952 de Diana Stanley.
Trois petits chats
Trois p'tits chats, trois p'tits chats, trois p'tits chats, chats, chats,
Chapeau d' paille, chapeau d' paille, chapeau d' paille, paille, paille,
Paillasson, paillasson, paillasson, son, son,
Somnambule, somnambule, somnambule, bule, bule,
Bulletin, bulletin, bulletin, tin, tin,
Tintamarre, tintamarre, tintamarre, mare, mare,
Marabout, marabout, marabout, bout, bout,
Bout d' ficelle, bout d' ficelle, bout d' ficelle, celle, celle,
Selle de cheval, selle de cheval, selle de cheval, cheval, cheval,
Cheval de course, cheval de course, cheval de course, course, course,
Course à pied, course à pied, course à pied pied pied
Pied-à-terre, pied-à-terre, pied-à-terre, terre, terre
Terre de Feu, Terre de Feu, Terre de Feu, Feu, Feu
Feu follet, feu follet, feu follet, let, let
Lait de vache, lait de vache, lait de vache, vache, vache
Vache de ferme, vache de ferme, vache de ferme, ferme, ferme
Ferme ta gueule, ferme ta gueule, ferme ta gueule, gueule, gueule
Gueule-de-loup, gueule-de-loup, gueule-de-loup, loup, loup
Loup des bois, loup des bois, loup des bois, bois, bois,
Boîte aux lettres, boîte aux lettres, boîte aux lettres, lettres, lettres,
Lettre d'amour, lettre d'amour, lettre d'amour, mour, mour,
Mourre à trois, mourre à trois, mourre à trois,trois,trois,
Trois p'tits chats, trois p'tits chats, trois p'tits chats, chats, chats...
Adventskalender


Calendriers de l'Avent à faire soi-même trouvés en feuilletant ce charmant black book.

Stylisme et photos Irina Graewe et Janne Peters
Merci à G.
Echantillons de vies
Au Foundling Hospital de Londres, va s'ouvrir l'exposition Threads of Feelings consacrée aux pages des registres d'admission de cette institution pour enfants abandonnés conservées par les London Metropolitan Archives. De 1741, année de sa création, à 1760, le personnel a pris un soin extrême à recueillir, pour l'épingler à la page nominative, un morceau de tissu prélevé sur le vêtement de la mère ou de l'enfant à des fins de future identification, en l'absence ou en complément de signes de reconnaissance (tokens) laissés par les parents.
Comme les habits des enfants étaient taillés soit dans le même tissu que les robes de leur mère, soit directement dans des vêtements d'adulte, ces milliers d'échantillons, d'une fraîcheur intacte, représentent une source inestimable pour l'histoire sociale du XVIIIe : les vêtements étaient le plus souvent le seul et unique bien des plus pauvres à cette période. Les habitudes vestimentaires du peuple sont autrement très mal documentées contrairement à celles des élites dont bon nombre de vêtements luxueux ont été conservés et pour lesquels de multiples sources primaires existent.
Si des sources écrites comme les minutes judiciaires relatives aux vols de vêtements ou les inventaires après incendie permettent d'approcher les habitudes de consommation des moins bien lotis, ces morceaux de tissu constituent une archive matérielle irremplaçable, la principale en Angleterre, si ce n'est au monde, pour connaître la mode du peuple au siècle des Lumières. Les vêtements des plus pauvres étaient portés, reportés, transformés, jusqu'à ne former que des chiffons, bons à être assemblés en dessus-de-lit ou à faire des langes. Et si, par la suite, certaines pièces d'habillement ont survécu, aucun musée ne s'y est intéressé car seuls les habits des élites, à la pointe de la mode, ou les costumes folkloriques régionaux retenaient jusqu'à il y a peu l'intérêt des conservateurs.
Fondant ses recherches sur ce corpus, John Styles a pu montrer dans The Dress of the People, comment la révolution industrielle au XVIIIe siècle a puissamment diffusé les tissus en coton dans les classes populaires, supplantant les étoffes de laine et les tissus mixtes, de couleurs sombres et denses, qui avaient prédominé jusqu'au XVIIe siècle. Ils ont soutenu une démocratisation de la mode en donnant accès aux femmes du peuple à des motifs colorés - moins cependant que les plus aisées - sur des fonds clairs reproduisant les dernières modes des tissus de soie des élites. Loin de se contenter du nécessaire et d'être des victimes passives des transformations économiques, elles pouvaient cultiver leur apparence avec de jolies choses.
Si ces mères appauvries ont pu chercher à être à la mode, elles n'ont pu s'offrir le luxe suprême d'élever leur enfant comme elles le voulaient. Et l'on peut imaginer leur douleur quand, rentrées chez elles après avoir confié leur enfant, elles ôtaient leur robe amputée de ce petit morceau de tissu, perte irrémédiable d'une part d'elle-même.
Bouquet de quatre rubans étroits, jaune, bleu, vert et rose.
Rubans de soie assemblés et noués.
Enfant n° 170.
Petite fille admise le 9 décembre 1743. Nom donné : Pamela Townley.
Morte le 1er septembre 1746.
Threads of Feelings. Foundling Hospital. 14 octobre 2010-6 mars 2011
Intrusion #2

La petite princesse de Frances Hodgson Burnett, classique anglais de la littérature enfantine, compte de charmants passages sur une intrusion bienfaisante.
La petite Sarah Crewe subit un revers de fortune qui la contraint de quitter sa chambre coquettement aménagée dans le pensionnat de Miss Minchin pour s'installer dans une mansarde sordide aux murs décrépis, avec pour seuls meubles :
- un vieux lit en fer avec un matelas dur comme du bois recouvert d'un dessus-de-lit délavé et de draps déchirés et rapiécés
- quelques meubles trop abîmés pour rester en bas
- un tabouret rouge tout délabré
Elle ne sait pas que Ram Dass, le serviteur indien d'un Anglais revenu des Indes habitant la maison voisine, l 'observe tous les soirs à son insu. Apitoyé par le sort de la pauvre enfant, il forme avec son maître le projet de remeubler entièrement la mansarde pour lui en faire la surprise. En moins de trois nuits, il transforme totalement la misérable soupente pour le plus grand émerveillement de la petite, apportant pièce par pièce tout le nouvel ameublement par le toit et la fenêtre :
- un épais tapis d'un beau rouge cramoisi
- une chaise pliante garnie de coussins
- une petite table pliante elle aussi, recouverte d'une nappe blanche, d'une soupière, d'une théière, de tasses et d'assiettes
- des couvertures neuves, un édredon de satin
- une robe de chambre en soie capitonnée, des pantoufles ouatinées
- des livres
- une bouilloire de cuivre
- une lampe à abat-jour rose
- des draperies
- des bibelots
- des éventails épinglés au mur
- de grands coussins suffisamment rembourrés pour servir de sièges
- un coffre en bois recouvert d'un tapis
- des étagères
- un nécessaire à écrire
"Si bien qu'en peu de temps sa mansarde se métamorphosa en une exquise chambrette remplie de toutes sortes d'objets curieux et luxueux. Les murs si laids auparavant disparurent complètement sous les tentures et les gravures. La pièce finit par être pourvue de tant de confort et d'agrément qu'elle ne laissait plus rien à désirer. "(ch.16)

Détail d'un délirant paravent en découpage victorien vendu lors du "vide-grenier" de Chatsworth
Catalogue de la vente Sotheby's ici.
Des pantoufles en velours de soie de chez Toast
Sao Cosmo et Sao Damiao

Plasticité du culte des saints oblige, Saint Cosme et Saint Damien, patrons des chirurgiens en Europe (voir l'iconographie fascinante du miracle de leur greffe d'une jambe de maure), sont au Brésil les saints protecteurs des enfants par hybridation avec le culte yoruba rendu aux dieux jumeaux Ibeji, via le candomblé
Les frères jumeaux sont fêtés le 27 septembre, jour à l'occasion duquel les enfants circulent dans les rues pour recueillir des sachets de bonbons.
Pour A et E, plein de douceurs
Collecte

"Chaque pierre que je trouvais, chaque fleur cueillie et chaque papillon épinglé représentait déjà à mes yeux le début d'une collection et tout ce que, d'une manière générale, je possédais constituait une seule et unique collection. "Ranger" , c'eût été détruire un édifice plein de marrons avec leurs épines (en fait des masses d'armes), de papiers d'étain (un trésor d'argent), de cubes de bois (autant de cercueils), de cactus (qui étaient des totems), et des pièces de cuivre (qui étaient des boucliers). Ainsi croissait et se métamorphosait l'avoir de l'enfance dans les tiroirs, les coffres et les boîtes".
Walter Benjamin. Enfance berlinoise.
Ed. Maurice Nadeau, tr. Jean Lacoste. 1972.
Berliner Kindheit, Suhrkamp,
Collage de papiers peints trouvé dans une vieille valise
L'une des multiples trouvailles du formidable Words and Eggs
Un clin d'œil à Anna
Surprise balls # 1



Les surprise balls ou bami ballen, du nom d'un nid de nouilles indonésiennes contenant une délicieuse boulette de viande, cachent dans les entrelacs de dizaines de mètres de rubans de papier crépon de différentes couleurs des petites surprises : confiseries, charms, confettis, messages de bonne fortune, tatouages, coquillages et toutes sortes de pacotilles en plastique. Très en vogue dans les années cinquante, elles font aujourd'hui leur réapparition activant l'ancien slogan "The Toy You Destroy to Enjoy", le principal plaisir résidant bien évidemment dans la destruction progressive de la boule.
Sur le site de l'un des premiers fabricants de ces articles, TOPS Malibu, il est raconté que ces boules auraient été inspirées d'une coutume indienne : une sphère de vie racontant l'histoire de l'individu, de la naissance au présent, à travers des objets enroulés dans des bandes de tissu. Comme le souligne Gina Namkung, elles proviennent plus probablement du jeu anglo-saxon de fêtes d'anniversaire Pass the Parcel : les enfants se passent un paquet fait de multiples couches de papier cachant des surprises dans leur feuilletage ; quand la musique s'arrête, l'enfant qui l'a entre les mains enlève une première couche et ainsi de suite jusqu'à ce que le dernier arrive au cœur de l'emballage.
Photos : Mieke Willems; Sandra Juto ; hula seventy
via fine little day
Bric à brac

A l'intérieur de cette petite boîte sérigraphiée pour l'éditeur suisse Pipifax, vous trouverez une télé en plastique : en appliquant votre œil sur le trou, vous découvrirez la charmante histoire de Rosa, née de l'union d'une rose et d'un papillon.
Ce n'est que l'un des mille et un supports utilisés par Nathalie Lété : foulards, dînettes, cartes postales et carnets, jeux de société, vaisselle, blouses, poupées, miroirs, livres, cabas, serviettes de toilette, bijoux, T-shirts, lithographies, tapis, céramiques. Un bric-à-brac savamment cultivé, à l'intention plus spéciale des Japonais qui ont su très tôt goûter son talent.
Si vous passez par son atelier à Ivry, ouvert à l'occasion d'une vente de Noël, vous aurez la chance de pouvoir glaner l'un de ses magnifiques coffrets Petit Chaperon Rouge, coédités avec Thierry Magnier, chez qui ils sont déjà épuisés.



Et en continuant la rue Victor Hugo, posté sur le pont qui mène vers la Seine, vous contemplerez l'un des plus beaux panoramas parisiens qui soit. Loin de la foule déchaînée, observer le trafic incessant du boulevard périphérique, la fabrique de nuages du Sytcom, les trains aller et venir, la superposition des silhouettes urbaines est un enchantement.












