jeudi 3 juillet 2008
Rosée, brouillard, nuage

Rosée brouillard nuage
ciel nuit jour
semaine mois année
herbe rose rose
raisins prunes noix
Cette petite carte manuscrite, décorée à la plume, fait partie des cinq cents pièces d'un extraordinaire ensemble découvert au début des années 1990 dans une boîte à chaussures, chez une collectionneuse américaine de l'Indiana. Il s'agit de tout le matériel pédagogique fabriqué à la main par Jane Johnson (1708-1759), femme d'un pasteur du Buckinghamshire, pour éduquer ses trois enfants, Barbara, George et Robert : planches alphabétiques, petits carnets, comptines, poèmes, livres miniatures, tableaux de syllabes, préceptes religieux, planches illustrées. L'apprentissage de la lecture était une activité déjà très répandue en Angleterre au XVIIIe siècle ( au XVIIe siècle déjà, les femmes de laboureurs l'enseignaient à leurs enfants, grâce à des abécédaires vendus par colportage ). Mais ce qui rend cet ensemble unique, c'est le sens de l'humour et la volonté de donner du plaisir qui l'infusent. Jane Johnson, dont on a aussi retrouvé la correspondance et le livre de lieux communs, était parfaitement au courant des théories sur l'éducation des enfants. Elle s'est en partie inspirée des idées de Locke et avait connaissance du livre de John Newbery, A Little Pretty Pocket Book, considéré comme le premier livre pour enfants. La même année, en 1744, elle-même écrivit une petite histoire pour ses enfants : A Very Pretty Story "to tell children when they are about five or six years of age". Sa fille Barbara devenue adulte perpétua la tradition familiale d'écrits domestiques : elle consigna dans un album tous les échantillons des robes qu'elle portait , accompagnés d'une rapide description et de gravures des dernières modes.




voir Opening the Nursery Door,
Reading, Writing and Childhood, England 1600-1900.
Ed. by Morag Styles. Routledge, 1997.
via l'étonnant Fed by birds
vendredi 20 juin 2008
Moments



Liivian Talossa réussit à capter l'enfance de sa fille en évoquant sa présence par une simple paire de chaussures ou en nimbant ses petites mains des couleurs du ciel. Elle me semble être une très belle illustration de ce que l'appareil numérique a changé à notre manière de prendre en photo les enfants. Une collection de moments dégagée des grandes occasions. Une célébration du quotidien éloignée de l'approche monumentale qui prévalait autrefois, lorsqu'on figeait les petits sujets dans des poses destinées à les épingler comme des papillons dans de lourds albums familiaux.
Une autre façon d'expérimenter le temps et de construire une mémoire.

Une adresse finlandaise de Sissi Minanaä
mercredi 19 mars 2008
Cure chromatique

Dans la Serra da Estrela, au Portugal, pour lutter contre la varicelle, on vêtait l'enfant malade de rouge avant de l'enfermer dans une chambre noire.
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Une demie Jeanne Faraill peinte par Maillol
mercredi 24 octobre 2007
Ne joue pas avec les allumettes !

Pierre l'ébouriffé (Struwwelpeter), un des plus grands classiques de la littérature enfantine allemande, a traumatisé des générations de petits germanophones avec ses histoires d'enfants désobéissants promis à d'abominables châtiments, voire à la mort. Le docteur Heinrich Hoffmann, qui l'avait initialement écrit et dessiné pour son petit garçon de trois ans en guise de cadeau de Noël, le publia en 1845 grâce à un ami éditeur et l'ouvrage connut bientôt un succès immense. Les spécialistes ne sont pas tout à fait d'accord sur le degré de sérieux avec lequel l'auteur prenait ses histoires : pure manifestation de l'éducation à la prussienne ou jeu absurde avec les normes.
Toujours est-il qu'enfant - était-ce la traduction de Cavanna ? - , je me délectais de son humour noir, avec juste ce qu'il fallait de cirsconspection. Il faut dire que ses vignettes sont de véritables chefs d'oeuvre, alliées à un texte d'une grande efficacité. Figurez-vous les recommandations quotidiennes faites aux enfants poussées à leur extrême.
Première vignette : "Gaspard, mange ta soupe", le replet petit garçon refuse jusqu'à devenir maigre comme un clou.
Dernière vignette : tombe de Gaspard.
Mais la palme revient à l'histoire de la petite fille qui joue avec les allumettes (les garçons préféreront peut-être le tailleur coupeur de pouce sucé). L'image des petits chats pleurant sur le tas de cendres fumant est restée à jamais imprimée dans mes rétines. Je vous laisse juger.


Notre grand-mère nous offrit un Anti-Struwwelpeter, d'inspiration libertaire (ce qui ne lui correspondait pas vraiment), pour conjurer ses propres peurs d'enfance . Je n'en ai pas grand souvenir à part une image d'enfants nus dansant autour d'un policier, l'original étant bien plus réjouissant que la parodie.
La plus belle prolongation qu'il m'ait été donné de voir est le junk opera Shockheadedpeter, écrit par les Tiger Lillies et scénographié par Improbable, duo magique de metteurs en scène anglais. Sur un théâtre de carton géant, les comédiens s'emparaient à corps perdu des historiettes, dans la grande tradition de la pantomime anglaise, au son d'une musique grinçante à souhait. Extraordinaire : comme si le papier devenait vivant. Admirez plutôt la petite Pauline en train de s'enflammer.


"Et bientôt son corps tout entier
Est brûlé comme du papier.
Et de Pauline, ô sort funeste !
Deux souliers, voilà ce qui reste.
Et près des cendres de l' enfant
Les chats s' asseyent en pleurant,
Avec un crêpe par derrière !
Miau ! les pauvres père et mère !
Et des ruisseaux de pleurs coulaient
De leurs gros yeux qu'ils essuyaient. "
Pour M.
vendredi 28 septembre 2007
Meurtre en miniature

Dans Meurtre en miniature, de Floc'h et Rivière, deux petites filles, princesses de leur état, Elizabeth et Margaret, font vivre une histoire policière écrite pour elles dans un livre minuscule, qui peut se loger dans la bibliothèque miniature de leur maison de poupées.
Cette maison de poupée n'est autre que celle offerte à la reine Mary, à l'initiative de la cousine de son mari George V : élaborée avec la plus grande minutie par le célèbre architecte Edwin Lutyens, elle réclama l'aide de mille cinq cents des meilleurs artisans du royaume. La Queen Mary's Dolls' House est aujourd'hui exposée au château de Windsor.




The Royal Collection. c Her Majesty Queen Elizabeth II
Dans la bibliothèque, des ouvrages de Thomas Hardy, JM Barrie, GK
Chesterton, Rudyard Kipling, Robert Bridges ou Hilaire
Belloc.
Chaque livre est un véritable livre miniature, certains ont même été manuscrits par leur auteur.
L'obsession reconstitutive à l'origine des maisons de poupées a partie liée avec le travail policier et sa quête de l'infime détail. La maison de poupée fut d'ailleurs utilisée comme instrument opératoire de recherche criminologique par la merveilleuse Frances Glessner Lee (1872-1962).
Américaine de la bonne société entravée dans ses études par son père,
confinée dans le rôle de maîtresse de maison, fascinée par un camarade de
son frère, célèbre criminologue, elle se lança à cinquante ans passés
dans sa passion, la médecine légale, en la conciliant avec le monde
domestique qui était son univers : elle se fit une spécialité de la
reconstitution de crimes à l'échelle de pièces miniatures, études rassemblées sous le titre de Nutshell Studies of Unexplained Death dont l'efficacité fit l'admiration de tous les professionnels. Ses dioramas ont été photographiés par Corinne May Botz.
(Merci à La main gauche pour cette déccouverte).
Courtesy Corinne May Botz
lundi 3 septembre 2007
Premier jour

Aujourd'hui, en France, plusieurs centaines de milliers d'enfants vont affronter leur premier jour d'école, vêtus avec recherche, en un savant équilibre que leurs parents auront pris soin d'établir afin de ne les pas faire sombrer dans l'endimanché tout en les faisant beaux.
Mais savent-ils comment Pinocchio fut habillé en cette même occasion ? Il leur suffira de se reporter au chapitre III des Aventures de Pinocchio de Collodi, merveilleux et surprenant de bout en bout.
"Gepetto, qui était pauvre et n'avait pas un centime en poche, lui fit alors un habit de papier fleuri, une paire de chaussures en écorce d'arbre et un bonnet de mie de pain" .
Geppetto, che era povero e non aveva in tasca nemmeno un centesimo, gli fece allora un vestituccio di carta fiorita, un paio di scarpe di scorza di albero e un berrettino di midolla di pane.
Comment, de cette description, a-t-on abouti à l'image d'un Pinocchio vert, blanc, rouge, aux couleurs du drapeau italien ? C'est une autre histoire.
Edition de 1911, illustrée par Attilio Mussino
mardi 22 mai 2007
Memories
Mémoire de la mémoire des images avec les merveilleux Original Memory et Traveller Memory de Charles Eames de chez Ravensburger.
En vente avec d'autres jeux de société
des mêmes années, chez Aaaaatchoum,
site japonais spécialisé dans la "recherche des livres charmants des années 60/70 en France".
mercredi 16 mai 2007
Tire la chevillette et la bobinette cherra

Quelle merveille d'inventivité que cette illustration où l'on voit la maison de la grand-mère en coupe, envahie par une végétation qui descend raréfiée jusqu'aux profondeurs des tombeaux ! On la doit au graveur Louis Marvy pour le recueil Les contes du temps passé publié en 1843 par le grand éditeur romantique Léon Curmer. De la mise en page à la typographie des titres, des illustrations aux culs-de-lampe, tout y est d'une rare beauté.

vendredi 11 mai 2007
Happy birthday to you
Au Vietnam, dans la nuit, une vieille marchande de bonbons passait à vélo : sur son porte-bagages, une cage de verre éclairée de l'intérieur, où ne restaient plus que quelques friandises, déversait les notes mécaniques de Happy Birthday to you. Loin des familières évidences, m'est venue une question qui ne m'avait jamais traversé l'esprit : d'où vient cette chanson si universelle ? A-t-elle même un auteur ?
La réponse est facile à trouver et peut-être est-elle bien connue du public américain . La mélodie a été créée par deux soeurs, Patty et Mildred Hill, institutrices et pédagogues, quand elles animaient la Louisville Kindergarten Experimental School avec les paroles Good Morning to All, bientôt publiée dans le Song stories for the Kindergarten. L'air devint vite un classique des écoles, une chanson de bienvenue entonnée par les enfants pour saluer leur professeur. Dans les années 20, les paroles Happy Birthday to You furent plaquées sur l'air original : la chanson apparut pour la première fois dans la forme que nous lui connaissons en 1924 dans un recueil, fut reprise dans des comédies musicales à Broadway, jusqu'à ce qu'une troisième soeur Hill fit un procès, qu'elle gagna. Le copyright fut déposé en 1935 : il assure une protection des droits jusqu'en 2030 pour tous les usages commerciaux et c'est une branche de la Warner Music Company qui le détient depuis les années 90.
Un air que vous êtes promis à entendre plusieurs fois en ces mois du printemps, qui sont autant de pics de naissance, congés payés obligent. Subsiste une question : dans quelles parties du monde, cette mélodie reste-t-elle encore inconnue ?
Edition de 1918 du Kate Greenaway's Birthday Book [1880],
à feuilleter de bout en bout, avec d'autres merveilles,
grâce au Illuminated Books Project.
vendredi 9 février 2007
Alice au pays de Svankmajer
Jan Svankmajer, maître de l'animation tchèque, idole des frères Quay, a filmé entre autres chefs-d'oeuvre un Alice au pays des Merveilles (1987). Vous trouverez ici la magnifique scène introductive d'Alice dans sa chambre : chaque plan est un trésor. (si le lien ne fonctionne pas, cherchez directement sur le moteur de recherche de youtube.com : "svankmajer alice" et choisissez le clip 0, il y a aussi d'autres scènes)


























