Portraits de la famille Crane, Aurora, Illinois


Parmi les "Early American Portraits" de l'American Folk Art Museum de New York, deux tableaux saisissants : les membres de la famille Crane par Sheldon Peck. Habitué à des portraits représentant des personnages de trois quarts en buste, le peintre change radicalement sa manière au contact des nouvelles scénographies qu'impose la photographie aux alentours des années 1840 et adopte des plans plus larges où les personnages sont saisis en entier, entourés de quelques meubles et objets familiers. Et là, la maladresse, qui pouvait apparaître initialement comme une limite de son savoir-faire d'artiste autodidacte, devient un style. Là, les regards intenses et les visages inquiets acquièrent une autre dimension, proche de l'épouvante.
Sheldon Peck, portraits de David et Catherine Stolp Crane, et d'Anna Gould Crane et sa petite-fille Janette, vers 1845. American Folk Art Museum, New York
[Mes recherches de photos des années 1840 ont fait naître cette question : à partir de quand les personnes photographiées ont-elles été obligées de sourire ? Sur les daguerréotypes, l'impassabilité domine. Est-elle simplement corrélée aux contraintes techniques d'un long temps de pose ou repose-t-elle également sur certaines conventions culturelles ? Le sourire est, semble-t-il, un phénomène peu répandu jusqu'au début du XXe siècle, assez du moins pour qu'on prête aux photographies de personnes souriantes le statut de raretés comme en témoigne cette galerie flickr intitulée "The Smiling Victorians" laquelle modifie considérablement, il faut bien le dire, notre perception de ces humains du passé]
Commentaires sur Portraits de la famille Crane, Aurora, Illinois
- c'est une question que je me suis déjà posée aussi!

sur toutes les photos de famille, je peux constater que le sourire n'est apparu qu'après la deuxième guerre mondiale
toutes celles qui sont antérieures, que ce soient des mariés, des communiants ou des pater familias entourés de leur épouse et enfants, personne ne rit! j'en conclus que le photographe ne le leur demandait pas
même les photos de l'oncle d'Amérique (qui doivent pourtant prouver sa prospérité
) ne sont pas souriantes
autre constante: avant-guerre, monsieur est assis, madame et les enfants sont debout
après-guerre, madame est assise, monsieur est debout
(ou alors cette dernière particularité serait-elle seulement "belge"?
)
- Je rejoins le commentaire de Fine Bessot ; j'ai observé (depuis toute petite) sur les photos de famille que j'ai pu voir, que certains ancêtres posaient plus jovialement que d'autres… notamment ceux qui chérissaient leurs enfants, la question de l'éducation me semble évidente.

Et merci encore pour cette mine d'images! Mâma si je sature après le visionnage intarissable de ces merveilles!














J'ai le souvenir qu'enfant, ma mère m'interdisait de sourire (encore moins de rire) dans certaines situations parce que cela reflétait un laisser-aller, une mauvaise éducation !!!
Ma mère a 91 ans maintenant, elle est toujours coincée (encore plus je dirais), les habits noirs en moins elle ressemble beaucoup à Anna Gould Crane dans son aigreur.
Nous sommes en 2012, il y a des gens qui ne sauront jamais ce qu'est la plaisir...
A mon avis, le sourire est venu en même temps que la photo.
Faire la tronche n'a jamais été un gage de sérieux.... mais de convention.
Amitiés de Fine.