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Détails de la veste d'Agnes Richter.




Agnes Richter, couturière autrichienne,  fut internée contre son gré dans un hôpital psychiatrique de l'âge de quarante ans jusqu'à la fin de sa vie, vingt-six ans plus tard. Là, elle s'employa d'abord à défaire toutes les coutures de la veste de son uniforme de lin gris pour ensuite la remonter, en 1895, à sa propre manière, sans vraiment  dehors ni  dedans, après l'en avoir entièrement couverte en cinq couleurs différentes de phrases brodées, si denses et enchevêtrées qu'elles en étaient devenues par endroit illisibles, elle seule détenant le secret de cette seconde peau tatouée pourtant obstinément offerte à la vue de tous. Apparaissent  les mots "je", "mon", "enfant","sœur", "cuisinière","à travers mes bas blancs","mon habit","frère liberté","né le 19 juin 1873", avec le numéro de la blanchisserie "583 Hubertusburg" rebrodé pour  mieux s'intégrer au flux de son propre récit. Elle est aujourd'hui conservée, sous le numéro 793, à la fameuse collection Prinzhorn  de l'université d'Heidelberg.




Elle a inspiré à Rosalind Wyatt  le joli (un peu trop peut-être) projet  The Stitch Lives of Others, à travers lequel elle a élaboré le récit de la vie des arrière arrière-grands parents de son mari, Daniel Tuke, médecin aliéniste, pionnier de la réforme de la psychiatrie, et Esther Strickley, amatrice des dernières modes, en brodant sur un corsage en soie trouvé dans les archives familiales des extraits de leurs correspondances respectives avec du fil ayant appartenu à son aïeule, retraçant une part de leurs voyages  à travers les hôpitaux psychiatriques d'Europe .




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Sur la broderie comme cri silencieux, voir le désespoir brodé en lettres rouges d'Elizabeth Parker, institutrice dans un petit village du Sussex au XIXe siècle ou le grand rouleau de Lorina Bulwer, internée au Great Yarmouth Workhouse vers 1900.



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Sur  les écritures lingères et la mémoire,  voir  le beau travail de Marie-France Dubromel, mercière ambulante, sur les traces d'Yvonne Verdier.