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La suavité des bords du Cher ne prépare pas à trouver au dernier étage du château de Chenonceau cette pièce entièrement noire.   La chambre de Louise de Lorraine, même reconstituée par le zèle kitsch de Mme Pelouze, impressionne.



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Veuve d'Henri III, elle fut l'une des dernières reines de France à prendre le deuil en blanc des souveraines sans descendance. Douze années durant, de 1589 à 1601, elle s'adonna à la prière, sa chambre tendue de velours noir semé de  centaines de larmes d'argent, le plafond recouvert de lugubres symboles : cordelières de veuve, couronnes d'épines, pelles et pioches de fossoyeur, crânes, plumes - pennes -  figurant les peines ; la chapelle, ornée d'un tableau du Christ à l'agonie,  constamment aménagée pour une messe funèbre. Partout le lambda de Louise et le H de Henri entrelacés, écho de la devise "Mihi, sed in sepulchro", mien mais dans la tombe.

Ce faisant, Louise ne faisait qu'outrer la coutume qui voulait que les veuves royales restent recluses quarante jours, et les quinze premiers dans une chambre close drapée de noir à la lumière de cierges allumés jour et nuit. Elle se coulait aussi dans les formes dramatisées de dévotion que son défunt époux affectionnait, lui, qui en cette période d'extrême violence, cherchait le réconfort dans une spiritualité macabre dont les magnifiques reliures destinées à  la  Compagnie des confrères de la mort témoignent.


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La chambre dit la douleur de l'épouse mais aussi le dénuement des veuves royales sans enfants, sans plus d'appui à la cour, contraintes de négocier régulièrement leur douaire, parfois renvoyées là d'où elles venaient.

Dans Sous bénéfice d'inventaire, Marguerite Yourcenar se plaît à voir une Louise presque heureuse. "A décrire ces années d'absorption  dans le souvenir d'un mort comme un romantique et stérile cauchemar, on risque d'oublier la pieuse confiance de la reine en l'efficacité de la prière, son constant effort pour secourir Henri dans l'autre monde. A genoux  dans son oratoire, ankylosée par l'humidité qui monte de la rivière, Louise, à Chenonceau, faisait preuve du même dévouement  tout simple qu'une femme soignant jusqu'à l'épuisement un malade aimé.  Ce n'était pas à un poétique fantôme que Louise consacrait sa vie, mais à une âme". "On peut l'imaginer ouvrant un de ses beaux coffrets aux ferrures compliquées, relisant peut-être une fois de plus le message du roi :" Ma mie....ne bougez de là...". Il ne lui avait jamais écrit  avec son propre sang comme à Marie de Clèves , mais le dernier billet avait été pour elle."