ridottospionico



Par cette ouverture secrète pratiquée dans les carrelages de marbre, imperceptible depuis l'extérieur, Elena Priuli, épouse du procurateur Federico Venier, se plaisait à observer les personnes qui entraient dans son ridotto (un refuge, un abri, qui nous a donné le mot "redoute")  Les initiés savaient qu'il suffisait de lever la tête en signe de connivence. Loin de son austère Palazzo dei Gesuati, la procuratesse rassemblait ses amis en ce lieu de plaisir mêlant les joies de la conversation, du jeu et de l'amour.

Quatre pièces ordonnancées comme un palais miniature : un salon d'entrée, autour duquel s'ouvraient, par des portes de palissandre,  cuisine et salle à manger, petit salon et salle de jeu. Un liago, balcon fermé d'où espionner les allées et venues sur le pont dei Baretteri et les calle avoisinants ; une pièce pour les musiciens, séparée, munies de grilles en hauteur pour faire passer le son des instruments en préservant l'intimité de l'assemblée. Sur les murs, le rose, le vert, l'ivoire de précieux stucs rococo où oiseaux, fleurs, guirlandes et rubans rivalisent de légèreté. Des fresques, des allégories et surtout des miroirs, petits et grands.

Des bougies, l'irréelle multiplication des reflets.  Des guéridons où sont posés gants, éventails  et masques. De petites tables de jeu, des boîtes à chinoiseries, des jetons et des cartes en désordre. Des rafraîchissoirs à "sampagna". Les reliefs d'un souper fin. Des éclats de rire. Des recoins obscurs où les voix se font chuchotements. Le parfum du citronnier du balcon. Un fauteuil déplacé d'un geste rapide. Des banquettes recouvertes de soie où glissent les robes des dames. La nuit, le petit matin. Les cloches de la Basilique.


 

ridottomiroirs



si vous trouvez la bonne porte,
de charmantes jeunes filles  vous ouvriront