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Tanya Marcuse, dans le cadre de sa bourse Guggenheim en 2002, a pu avoir accès aux collections et aux archives du Metropolitan Museum et du Fashion Institute of Technology, pour mener à bien son projet de mise en parallèle des sous-vêtements et des armures, du IVe siècle avant JC jusqu'au XIXe siècle. Il en est résulté un ouvrage publié chez le merveilleux éditeur Nazraeli  Press : Undergarnments and Armor, accompagné d'un essai de l'historienne Valerie Steele, spécialiste du corset.

Corsets, gourgandines, corps baleinés, vertugadins, paniers, crinolines, tournures, poufs, culs-de-Paris sont confrontés aux armures, cuirasses, gorgerins, spallières, grèves, casques. Cette juxtaposition du monde des femmes et du monde des hommes pourrait paraître simplement formelle mais il en naît indéniablement un sens, ne serait-ce que parce que ces formes sont comme autant de moulages des corps qui les ont habités. Ensuite, parce qu'elle nous suggère de nous éloigner de la perception univoque du corset comme instrument d'oppression et du couple contrainte-liberté pour nous tourner vers d'autres questionnements autour de la sensation de puissance, attachée traditionnellement aux hommes en armes. Les femmes, même si elles souffraient, tiraient-elles quelque pouvoir de voir leur corps carapaçonné, caché, masqué, sublimé derrière cet attirail ? Se sentaient-elles démunies une fois débarrassées de ce qui les maintenaient face aux regards des autres ? L'écart entre le corps social et le corps intime était-il d'ailleurs si grand ? Jusqu'à quelle profondeur étaient incorporés la discipline et le contrôle de soi qu'impliquaient ces atours ? C'est tout l'enjeu de l'histoire du corps, telle que la développe un historien comme Georges Vigarello, auteur du Corps redressé, dont je reprends ici un extrait de l'introduction à l'Histoire du corps, de la Renaissance aux Lumières, parue au Seuil en 2005 : "C'est bien l'expérience la plus matérielle que restitue une histoire du corps, sa densité, sa résonance imaginaire. L'originalité ultime de cette expérience est d'être à la croisée de l'enveloppe individualisée et de l'expérience sociale, de la référence subjective et de la norme collective. C'est bien parce qu'il est un "point frontière" que le corps est au cœur de la dynamique culturelle. Le corps est à la fois réceptacle et acteur face à des normes bientôt enfouies, intériorisées, privatisées, comme Norbert Elias a pu le montrer. Ce que montre la laborieuse élaboration des étiquettes, des politesses, des contrôles de soi."