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Rijksmuseum

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Petit Palais. Paris.


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Ces trois portraits par Jan Mostaert ont entres autres points communs de représenter des hommes dont le chapeau est  orné de ce qui semble être une médaille. Ce genre d'ornement ne surprend pas vraiment l'observateur pas plus qu'il ne semble appeler un examen détaillé de sa part. Pourtant, nous sommes là en présence d'un objet essentiel du Moyen-âge auquel vient d'être consacrée au musée Gruuthuse de  Bruges une très riche exposition intitulée Foi et bonne fortune : parure et dévotion en Flandre médiévale  (Faith and Fortune in Medieval Flanders).



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De la fin du XIIe siècle jusqu'au XVIe siècle, l'Europe a connu une production de masse de tels insignes, épinglés ou cousus aux vêtements : de plomb ou d'étain ou de métaux précieux, ils étaient portés dans toutes couches de la société.  D'une très grande variété, ils recouvraient tout un enchevêtrement de statuts et d'appartenances, dans une société extrêmement hiérarchisée : insignes de pèlerins, de dévotion, de confréries religieuses, insignes de corporations de métiers, d'ordres de chevalerie, de factions politiques, amulettes, simples porte-bonheur. lls faisaient partie intégrante de ce qu'Erving Goffman appellerait la "présentation de soi" et façonnaient les attentes réciproques entre individus, en donnant de précieux indices sur la manière dont leurs porteurs entendaient se définir aux yeux des autres. Ils constituaient un véritable langage commun, compris à peu près de tous, même si des altérations de contenu non négligeables (inscriptions mal recopiées, images transformées) venaient troubler leur lisibilité. On imagine aussi aisément qu'ils laissaient place à des utilisations frauduleuses ; toutefois leur port, pour certaines catégories de la population comme les mendiants, les hérétiques et les blasphémateurs, était strictement encadré.

On a toutefois peine à se figurer leur immense variété iconographique et les surprises qu'ils réservent.  Ainsi des milliers et milliers d'insignes érotiques ont été vendus, dans un contexte similaire à celui des insignes religieux.  Si leur fonction de protection et de symbole de fécondité est établie, il est difficile aux historiens de savoir qui les portait. Ils représentaient pour la plupart des phallus, érigés, si j'ose dire, au rang de créatures autonomes dans la veine du Marteau des sorcières, le Malleus Maleficarum (1487) qui décrit comment les membres virils volés par les sorcières menaient leur propre vie "rassemblés et cachés en grand nombre dans des nids d'oiseaux où ils continuent à remuer comme des membres vivants, mangeant de l'avoine ou autre chose". Ils ont été très souvent retrouvés lors des fouilles archéologiques menées en Flandre parmi les insignes de pèlerins et les ornements dévotionnels. Certains même s'appuient directement sur des représentations religieuses : phallus déguisés en pèlerins ou vulves portées en procession. A la fin du XVe siècle, toutefois, les insignes chrétiens prirent une place prépondérante et les insignes érotiques disparurent presque complètement.

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trois photos issues du site Medieval Badges



Parmi les insignes de pèlerins, il faut faire une place à part aux merveilleux insignes miroirs dont l'histoire révèle les talents de l'Eglise pour la gestion des foules. Je reprends ici le texte du catalogue de l'exposition publié par Jos Koldeweij (ch. 2, pp.42-43) : "Les signes des pèlerins n'étaient pas seulement bénis, ils étaient également appliqués contre la tombe du saint, le reliquaire, la représentation du saint, l'autel ou l'église où ils se trouvaient. Au quinzième siècle, en outre, un type d'insigne particulier fut mis au point pour satisfaire au besoin de l'afflux massif de croyants qui voulaient emporter quelque chose du saint : l'insigne miroir. Un petit miroir était ajouté à la représentation sur l'insigne, au moyen duquel  le pèlerin capturait l'image de l'objet vénéré et pouvait ainsi en quelque sorte l'emmener avec lui, renfermé dans le miroir. A partir du moment où l'image réfléchie du saint était recueillie dans l'insigne, le miroir rayonnait à son tour le pouvoir de l'image originelle. C'était une solution à la situation rencontrée dans les lieux de pèlerinage massivement fréquentés, dans lesquels il était impossible d'autoriser individuellement les pèlerins à accéder aux reliques."

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Altdorfer. Dessin de pélerin. Musée des Beaux Arts de Lille