Le jeune Auzoux, né  en 1797 à Saint Aubin d'Ecrosville en Normandie,  éprouva de grandes difficultés dans l'apprentissage de l'anatomie comme tous ses camarades étudiants en médecine : les cadavres étaient difficiles à trouver et se décomposaient rapidement.  Il envisagea alors une élégante solution inspirée des marionnettes des spectacles de rue parisiens : élaborer des écorchés de carton-pâte. Très tôt, il orienta  ses recherches vers la réalisation de modèles d'anatomie démontables. Et en 1822, année même de son diplôme, il put présenter son premier écorché complet à l'Académie de médecine. Il les produisit dans son village natal dès 1824. Des milliers de ces modèles furent ensuite vendus dans le monde entier, pendant plus de cent cinquante ans, formant des générations et des générations de médecins.

La fabrication en série débuta rapidement. Le moulage du carton dans des moules en plâtre était une technique déjà utiisée dans la confection d'objets domestiques ou décoratifs. Mais le Docteur Auzoux mit au point un système de moulage plus perfectionné, pouvant être répété à l'infini : le carton était alors moulé dans des moules à base de plomb. Au démoulage, on rapprochait les pièces obtenues avec une presse puis on les bâtissait en faisant passer entre elles du fil de métal. Ajustées, bardées, poncées puis couvertes d'un papier de finition, elles formaient des modèles creux sur lesquels on collait les vaisseaux avant de les peindre, de façon plus ou moins conventionnelle. Les nerfs, les membranes venaient compléter les modèles puis les pièces étaient numérotées avant d'être assemblées.  Le génie du Docteur Auzoux fut de créer des modèles "clastiques", qui permettaient aux étudiants  de démonter puis d'assembler. Son "homme classique" comprenait pas moins de 130 pièces et 2000 structures anatomiques.

Le musée de l'écorché anatomique du Neubourg conserve des vestiges des établissements Auzoux, qui donnent une idée concrète des techniques à l'oeuvre parmi les ouvriers spécialisés, qui n'étaient autres que les habitants de son village. Investis d'une connaissance de l'anatomie qu'aucun de leurs semblables dans les villages alentour ne possédait, avaient-ils une vision différente du corps des autres ?  Les voyaient-ils par transparence ? Et aujourd'hui, leurs descendants gardent-ils  encore le secret de la recette de la pâte à papier dont on remplissait les moules, qu'on avait ordre de ne pas transcrire par écrit ?

Le conservateur du musée a récemment été contacté par un scientifique japonais qui lui a indiqué qu'un écorché Auzoux figurait parmi les objets exposés au musée de Nagasaki. Il fut retrouvé  tout près du point d'impact de la bombe atomique le 9 août 1945 et les équipes de secouristes crurent d'abord qu'il s'agissait d'un cadavre humain. On décida ensuite de le conserver en mémoire de toutes les victimes.

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La patiente reconstitution du modèle retrouvé à la faculté de médecine de l'Universitad de Chile.
Fabriqué en 1835, acheté en 1846, c'est l'un des plus anciens exemplaires connus en Amérique. Il est complet à 99 %.


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