vendredi 20 juin 2008
Moments



Liivian Talossa réussit à capter l'enfance de sa fille en évoquant sa présence par une simple paire de chaussures ou en nimbant ses petites mains des couleurs du ciel. Elle me semble être une très belle illustration de ce que l'appareil numérique a changé à notre manière de prendre en photo les enfants. Une collection de moments dégagée des grandes occasions. Une célébration du quotidien éloignée de l'approche monumentale qui prévalait autrefois, lorsqu'on figeait les petits sujets dans des poses destinées à les épingler comme des papillons dans de lourds albums familiaux.
Une autre façon d'expérimenter le temps et de construire une mémoire.

Une adresse finlandaise de Sissi Minanaä
mercredi 18 juin 2008
Filigrane

Un collectionneur de reliquaires en paperolles restaurait l'un de ses trésors. Déroulant avec d'infinies précautions l'une des petites bandes de papier, il découvrit, tracés d'une minuscule écriture, ces mots :
"je m'ennuie".
Une nonne portugaise avait cherché à tuer le temps : quelques secondes tout au plus parmi les milliers et les milliers d'heures passées à fabriquer ces simulacres de filigranes d'or.
Double merci à C.G.
lundi 16 juin 2008
Table rase



Photos prises à l'initiative du peintre américain Clay Ketter sur les ruines des maisons ravagées par l'ouragan Katrina.
"Gulf Coast Slabs"
Galerie N. von Bartha
vendredi 13 juin 2008
Matyo





Neprajzi Muzeum, Budapest
Ces aquarelles ont été peintes à la fin du XIXe siècle par Jozsef Huzska : de village en village, il parcourait les différentes contrées du royaume de Hongrie pour photographier, dessiner et prélever des échantillons du costume traditionnel paysan dont il cherchait à établir la typologie et l'histoire. Dans des ouvrages très populaires, il diffusa la théorie selon laquelle les broderies et appliqués paysans remontaient à des milliers d'années, venant de Perse et d'Inde. Une sorte de génie hongrois immémorial propre à alimenter la fabrique de l'identité nationale, art nouveau compris.
Dans les années 30, ses thèses furent battues en brèche par István Györffy, dans son imposante monographie consacrée aux manteaux brodés de la grande plaine, les szurs. Il y démontrait que les motifs du costume traditionnel paysan, loin d'avoir de lointaines origines, étaient directement inspirés par ceux qui ornaient les vêtements de l'aristocratie et de la bourgeoisie quelque temps auparavant : soumise à d'intenses mutations économiques, la paysannerie s'était inventé une tradition.
Un budget considérable était consacré à la broderie : des jeunes filles pauvres, vivant dans des cabanes qu'une journée suffisait à ériger, pouvaient posséder jusqu'à quarante robes brodées et plusieurs centaines de pièces de linge. Les besoins étaient tels que les mains des brodeuses ne suffisaient pas à les combler : nombres de pièces provenaient du marché des produits manufacturés en plein essor. Les jours de fête, tous croulaient sous le poids des fleurs brodées.
Sur l'histoire du costume traditionnel hongrois, voir :
- reproduction du maître livre de Malonyai Dezsö,
A magyar nép mûveszete. (L'Art du peuple hongrois)
Costume se dit "viselet"
- - magnifiques planches dans une monographie consacrée à l'empire austro-hongrois
éditée en plusieurs volumes de 1886 à 1901
- Ivan Balassa, Hungarian Ethnology and Folklore.

Mariés de Mezokovesd, vers 1900
Les manches du costume de marié étaient, à sa mort, découpées pour lui servir de linceul

Une planche du livre d'échantillons de Istvan Fulep, tailleur à Miskolc, dans les années 1820
réutilisé par le fourreur, Daniel Nyitrai jusque dans les années 1870.
mercredi 11 juin 2008
On danse ?
lundi 9 juin 2008
Mildred's Lane




Mildred's Lane, la maison de J. Morgan Puett et Mark Dion, cachée dans les forêts pennsylvaniennes, juste au dessus de la Delaware River .
Tout à la fois lieu de vie, œuvre d'art et laboratoire collectif.

Photos pour la plupart issues du New York Times
sinon du site de JMP
vendredi 6 juin 2008
Fil rouge

"Du reste, ces jours-là n'étaient pas riches d'événements, mais ils fournirent le sujet de nombreux entretiens sérieux. Nous saisissons donc l'occasion de communiquer une partie de ce qu'Ottilie nota dans ses cahiers, et nous ne trouvons pas de transition plus commode qu'une comparaison que nous impose la lecture de ces aimables feuillets.
On nous parle d'une pratique singulière, qui est de règle dans la marine anglaise. Tous les cordages de la flotte royale, du plus fort au plus faible, sont tressés de telle sorte qu'un fil rouge les parcourt tout entiers et qu'on ne peut pas l'en extraire sans que l'ensemble se défasse, et le plus petit fragment permet encore de reconnaître qu'il appartient à la Couronne.
De même court à travers le journal d'Ottilie un fil d'amour et d'attachement qui en relie toutes les parties et en caractérise l'ensemble. Par là, ses remarques, considérations, sentences empruntées et tout ce qu'on peut encore rencontrer appartiennent en propre à celle qui les écrit et acquièrent de l'importance. Même isolé, chacun des passages que nous avons choisis et que nous communiquons en fournit le témoignage le plus décisif. "
Les affinités électives, Goethe, Die Wahlverwandschaften , II, 2
tr.JF. Angelloz
"Übrigens waren diese Tage zwar nicht reich an Begebenheiten, doch voller Anlässe zu ernsthafter Unterhaltung. Wir nehmen daher Gelegenheit, von demjenigen, was Ottilie sich daraus in ihren Heften angemerkt, einiges mitzuteilen, wozu wir keinen schicklichern Übergang finden als durch ein Gleichnis, das sich uns beim Betrachten ihrer liebenswürdigen Blätter aufdringt.
Wir hören von einer besondern Einrichtung bei der englischen Marine. Sämtliche Tauwerke der königlichen Flotte, vom stärksten bis zum schwächsten, sind dergestalt gesponnen, daß ein roter Faden durch das Ganze durchgeht, den man nicht herauswinden kann, ohne alles aufzulösen, und woran auch die kleinsten Stücke kenntlich sind, daß sie der Krone gehören.
Ebenso zieht sich durch Ottiliens Tagebuch ein Faden der Neigung und Anhänglichkeit, der alles verbindet und das Ganze bezeichnet. Dadurch werden diese Bemerkungen, Betrachtungen, ausgezogenen Sinnsprüche und was sonst vorkommen mag, der Schreibenden ganz besonders eigen und für sie von Bedeutung. "
Photo Fabien Barral pour Harmonie intérieure
jeudi 5 juin 2008
Quelque chose d'organique

Self- Destructive Tendencies, 2007

Dream Sequences, 2003
Aux dires mêmes de Hope Kroll, de son scalpel et de ses ciseaux naissent des mondes de cauchemar inspirés de Bosch, Bruegel, Henry Darger, Joseph Cornell et Terry Gilliam. Dans cette vidéo, on la voit manipuler, à une épaisseur de cheveu près, les matériaux de son imaginaire.

Defending Cells, 2006
via le lumineux studioblog de Jen Bradford
mercredi 4 juin 2008
A Midsummer Night's Dream






A Midsummer Night's Dream de William Dieterle et Max Reinhardt, 1935
Merci à Paul Dedalus
lundi 2 juin 2008
Une déception
Fils aîné du grand portraitiste américain Charles Willson Peale, Raphaelle (prénommé comme ses frères d'après les peintres illustres) suivit d'abord les pas de son père. Mais vers 1810, il décida de se consacrer entièrement aux natures mortes - genre considéré comme subalterne dans la hiérarchie des arts .
D'un côté, la gloire des grands hommes, le progrès des arts et des sciences ; de l'autre, l'intimité morbide des fruits pourris.

En 1822, alcoolique, atteint de goutte et d'arthrite, il peignit cette Vénus émergeant des flots d'après une gravure du peintre anglais James Barry. Un grand linge blanc retenu à un ruban par des épingles cache son corps : ne dépassent qu'un pied, un bras et quelques cheveux. Le sujet principal de tant de tableaux mythologiques est oblitéré par le portrait d'un drap, sur lequel le peintre a pris le soin d'apposer sa signature, comme s'il s'agissait d'une véritable toile. Son sous-titre : A Deception. Un mot qui englobe tout à la fois la falsification, le truquage, la déformation de la réalité, avec volonté de tromperie.

Venus Rising from the Sea - A Deception
Nelson Atkins Museum of Art, Kansas City

Une dérisoire distorsion de l'autoportrait du père, The Artist and his Museum, peint la même année. Musée pour lequel Raphaelle œuvra en tant que taxidermiste, lentement empoisonné par l'arsenic et le mercure nécessaires aux préparations anatomiques. Il mourut en 1825.
Merci à C. d'avoir ouvert ses fenêtres sur cette œuvre






