jeudi 12 avril 2012

Teintées de rêves étranges

 

 

bleus

 

oiseau or

 

roses

 

velours frappé 2

 

cramoisi2

 

 

 

Imprégné très tôt par le goût des tissus - sa mère possédait une riche collection d'étoffes anciennes nichées dans un immense cassone de la Renaissance - Mariano Fortuny s'est lancé dans la fabrication de soies, de cotons et de velours ornés avec une inventivité d'artiste mais aussi de technicien, prompt à élaborer un procédé d'impression resté secret jusqu'à présent. Il aura mis au point systèmes d'éclairage électrique, encres à gravure, papiers photographiques ;  il aura rêvé, fasciné par Walt Disney, d'un dessin animé mettant en scène La Walkyrie.

En 1910, déjouant les extrêmes difficultés liées aux superpositions de couleurs, il fait breveter "un procédé d'impression polychrome sur tissus, papiers, etc. consistant essentiellement à effectuer une première impression dite de cloisonnage au moyen d'une planche gravée pour imprimer les contours déterminant ce cloisonnage et à effectuer successivement les autres impressions au moyen de planches gravées approximativement  ou même de pochoirs, qui déposent la couleur à peu près entre les limites du cloisonnage, pourqu'on soit certain que, même avec un repérage imparfait, la couleur se trouve bien placée entre ces limites, ces couleurs s'étendant ensuite par capillarité en raison de la porosité du tissu".

Poudres, mordants, solvants, métaux dilués, pigments du Brésil, indigo des Indes, paille de Bretagne, cochenille du Mexique, blanc d'oeufs pourris venus de Chine, viennent colorer artichauts, grenades, fleurs de chardon, acanthes,  sarments de vigne, palmettes, arabesques, cyprès, oiseaux, dragons, chrysanthèmes, pivoines, ananas, empruntés à l'Egypte antique, aux céramiques crétoises,  au bestiaire byzantin, au gothique français, à la Renaissance toscane et vénitienne, au baroque romain, aux katagami japonais, aux botehs indiens, à la Perse safavide, aux stylisations péruviennes, aux calligraphies arabes.

"Teinturier alchimiste", disait de lui son ami D'Annunzio, plongeant les étoffes " dans les drogues mystérieuses de ses cuves remuées avec un pilon de bois,tantôt par un sylphe, tantôt par un gnome" et les retirant "teintées de rêves étranges, et avec leurs mille buis marqués de nouvelles générations d'astres, de plantes, de plantes, d'animaux" (cf Mariano Fortuny, un magicien de Venise, par Anne-Marie Deschodt et Doretta Davanzo Poli aux éditions du Regard)

 

 

 

 

Epreuves d'impression de la fabrique de tissus de Mariano Fortuny. Fondazione Musei Civici Veneziani.

(dans le catalogue en ligne, choisir l'option "ricerca strutturata", puis cocher le filtre "museo fortuny", enfin sélectionner "autore :  Fortuny y Madrazo Mariano")

Posté par florizelle à 00:02 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
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Commentaires sur Teintées de rêves étranges

    je me demande si cette mysterieuse paille de Bretagne, qu'il faisait venir par wagons entiers,n'etait pas du sarrasin,un polygonum.

    Posté par catherine willis, jeudi 12 avril 2012 à 10:16 | | Répondre
  • magiques couleurs
    empreintes subtiles
    c'est superbe!

    Posté par galette, jeudi 12 avril 2012 à 12:04 | | Répondre
  • La description que fait Henri de Régnier, dans " L'Altana ou la vie vénitienne ", de la collection d'étoffes anciennes constituée par Cecilia de Madrazo laisse imaginer le contexte dans lequel fut bercé le jeune Mariano : " Madame Fortuny et sa fille se sont approchées d'un grand coffre placé dans un coin de la salle et ont soulevé le lourd couvercle. C'est là que reposent mollement pliées ou soigneusement étalées, les étoffes qu'elles en tirent, d'un lent geste précautionneux. Soudain la première apparaît. C'est un admirable velours du XVe siècle, d'un bleu sombre, gaufré d'arabesques d'un grand style, un velours d'un bleu étrange, sourd, profond et pur qui est comme le vêtement même de la nuit...
    © source Fortuny à Venise par Xavier Barral I Altet, petit livre trouvé à Venise chez lineadacqua edizioni San Marco 3717/d

    Posté par VenetiaMicio, jeudi 12 avril 2012 à 19:33 | | Répondre
  • Couleurs, matières, impressions, tout tient du génie de cet homme. J'ai visité le musée Fortuny il y a plus de 20 ans, quand il était encore dans son "jus". J'était dans un autre monde.
    Bon voyage chère Florizelle.

    Posté par Fine Bessot, vendredi 13 avril 2012 à 08:18 | | Répondre
  • Quelle collection incroyable ! C'est aussi une belle idée pour présenter les jolis tissus que l'on peut dénicher.

    Posté par Mélanie, dimanche 15 avril 2012 à 12:22 | | Répondre
  • precioso

    todo precioso.sigo tu blog muy atentamente
    un saludo

    Posté par teaenlaazotea, dimanche 15 avril 2012 à 22:58 | | Répondre
  • dreamy and succulent, I adore textiles with botanicals like these... and fortuny is truly the star of such designs...
    kisses,
    Ulla
    p.s. have you seen my pinterest?
    http://pinterest.com/ullam/

    Posté par Ulla, samedi 21 avril 2012 à 03:52 | | Répondre
  • Ulla? le meilleur cadeau

    le meilleur cadeau que je pouvais avoir fait aujourd'hui est de vous voir sur le blog pinterest. j'ai étudié histoire de l'art et je trouve très intéressant votre posts.
    Je suis très créative et je fais beaucoup de choses, poupées en chiffon, des perles ... Si vous pouvez voir le blog j'aimerais répandre, la faire connaître.
    Je vais suivre avec beaucoup d'attention à votre blog et pinterest.Merci.

    Posté par tea en la azotea, samedi 21 avril 2012 à 23:11 | | Répondre
  • La recherche

    Fortuny, moi aussi j'ai visité son monde magique il ya plus de 20 ans quelle merveille il me semble que Proust en parle quelque part...

    Posté par laurence, vendredi 27 avril 2012 à 16:00 | | Répondre
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