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Quelque vingt ans après, d'une tragédie personnelle, Lyndi Sales a fait une œuvre polyphonique et poétique d'une grande puissance construite autour de la catastrophe aérienne du Helderberg  : parti de Taïwan avec 140 passagers, dont son père,  et 19 membres d'équipage, le vol 295 de  la South African Airlines s'abîma au fond de l'océan Indien, non loin de Maurice, le 27 novembre 1987, dans des circonstances hautement controversées (selon certaines hypothèses, l'avion transportait des matières inflammables, en toute illégalité, compte tenu des sanctions internationales anti-apartheid). Aucun corps ne fut retrouvé.

Autour d'un matériau, le papier, et d'une technique de prédilection, le découpage et le collage, elle a construit des variations subtiles dans la répétition, qui  déplacent le point de vue dans une discontinuité voulue.

C'est d'abord sous le signe du hasard, du destin, de la probabilité que Lyndi Salles a voulu placer son œuvre, établissant un parallèle entre les chances au jeu d'argent, les techniques de voyance et les risques de mort. D'où l'utilisation de deux corpus de papiers : l'un ramenant à la catastrophe elle-même ( coupures de presse,   cartes géographiques, consignes de sécurité, cartes d'embarquement), l'autre au jeu ( billets de loterie,  cartes à jouer, billets de banque).



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Tous ces papiers ou presque, passés au découpage laser, sont nervurés, voire légèrement brûlés,  comme soumis à une corrosion ultime. La métaphore du réseau est omniprésente et résonne d'accents lugubres.

Vaisseaux sanguins et capillaires pulmonaires des cadavres font douloureusement écho aux algues et coraux. 



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Ailleurs, les cartes d'embarquement ciselées dessinent les routes aériennes comme autant de chemins de vie entre un point de départ, la naissance, et un point d'arrivée, la mort.



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Seules deux œuvres, peut-être les plus réussies, sont exemptes de nervures.

La première est un assemblage de 159 cerfs-volants (un pour chaque mort), recouverts d'images pieuses et votives variant au gré des origines des passagers, retenus par des ficelles rouges.  C'est une référence directe à la tradition chinoise selon laquelle le chagrin de la personne endeuillée peut s'envoler dans le ciel pour laisser place à d'heureuses pensées.




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La seconde, d'apparence très naïve,  est une série de découpages colorés recréant des fonds sous-marins comme s'ils avaient été vus de l'intérieur de l'avion, à travers un hublot. Une manière pour Lyndi Sales de susciter l'image de son père vivant en même temps que de lui construire un tombeau ?



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Photos issues du site de la  Bell-Roberts Gallery

et de la Galerie Maria Lund

où les œuvres de Lyndi Salles sont exposées jusqu'au 8 mars


48 rue de Turenne, Paris IV