dimanche 18 janvier 2009

Jeux d'échelle



jardins_lapins2

jardin_lapin

jardin1



Google et le musée du Prado se sont associés pour numériser quatorze chefs-d'œuvre du musée madrilène à un degré de résolution telle (14 milliards de pixels ) que l'on pénètre au cœur des fibres de la toile, au-delà de ce que l'oeil du  visiteur peut saisir.


La présentation (plutôt hideuse) de Google Earth est conçue comme un simple emboîtement d'espaces : d'une vue surplombante de la planète terre, on s'approche, grâce au petit curseur situé à droite, de l'Europe, puis de l'Espagne, puis de Madrid, puis du musée lui-même. Là, petite discontinuité, une page blanche où sont présentés les quatorze tableaux sous forme   d'icônes. Vous cliquez sur l'un d'eux, qui s'affiche ensuite dans son entier et selon le même principe de zoom, vous vous approchez de plus en plus près, vous promenant d'un bout à l'autre de l'espace du tableau.

Mais à chaque avancée dans le minuscule, ce qui paraissait à l'étape précédente un détail devient à son tour une totalité et ainsi de suite, à la manière de structures gigognes. Le point de vue d'ensemble se disloque, le sujet se dissout peu à peu et, fin de la descente vertigineuse, vous touchez, au sens propre du terme, le fond du tableau. Le détail devient irreconnaissable.

A cette plongée verticale s'ajoute l'arpentage de la surface plane du tableau. Cette expérience sensorielle troublante vous fait d'abord perdre tout repère puis vous vous prenez à parcourir cette étendue comme il en serait d'un continent inconnu, apprenant peu à peu à en dresser une cartographie, trouvant vos propres marques pour y cheminer, tout au plaisir simple de l'exploration.

Le tableau est matière où apparaissent les gestes même du peintre en action, les traces du pinceau long de Velazquez, les amas de peinture, la concentration de pigments, les effets de flous, les superpositions minutieuses de Rogier van der Weyden, les surfaces accidentées, la transparence de Bosch, les touches de lumière de Rembrandt. Il est objet où  l'état  du support se manifeste dans sa dimension physique : dégradations, détériorations du vernis, changements des couleurs, craquelures, bords abîmes, assombrissement.

Surtout le tableau est surface de jeu, où se perdre dans le luxe des détails, où créer des mondes, où dérégler son regard.

 




menines2

artemis_perles

titien_plumet

rogier_fourrure




Trois détails du Jardin des délices de Bosch;  Palette de Velazquez dans les Ménines ; Manche d'Artemis de Rembrandt; plumet du Charles-Quint de Titien ; fourrure et voile de Le Vierge de la Descente de Croix de Rogier van der Weyden

Posté par florizelle à 00:02 - Commentaires [12] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,


Commentaires sur Jeux d'échelle

Du plaisir de vivre à 300 mètres de ces chefs d'oeuvres, et de compter les poils du pinceau de Velazquez en direct. Bienvenue quand vous voulez, Florizelle!

Posté par Talooky, dimanche 18 janvier 2009 à 17:41
Un coup de dé n'abolira jamais le hasard

COMME SI
plume solitaire éperdue
sauf
que la rencontre ou l'effleure une toque de minuit
et immobilise
au velours chiffonné par un esclaffement sombre
cette blancheur rigide
dérisoire
en opposition au ciel

Posté par mo, lundi 19 janvier 2009 à 01:31
Hiiiiiiii!

LAPINS!
Désolée, mais je peux pas m'empêcher quand y a du lapin...
plonger dans les œuvres... il est là, le jardin des délices ;o)

Posté par La Trollette, lundi 19 janvier 2009 à 10:18

Chaque milliard de millième de centimètre de Rembrandt est du pur génie!

Posté par Bridget, lundi 19 janvier 2009 à 10:22

La larme et la manche sont magnifiques.
Merci pour la chanson, le temps que je comprenne comment ça marche et je la mets sur mon article. Une très bonne journée, je vous embrasse. Fine.

Posté par Fine Bessot, lundi 19 janvier 2009 à 12:04

wahou... c'est magnifique! je trouve que c'est une très bonne idée!
c'est comme quand on s'assoit sur le banc du musée à contempler un tableau pour y trouver chaque fois de nouveau détail jusqu'à se perdre dans les reliefs même de la peinture...
ça ne remplace pas mais c'est un sacré luxe de le faire dans son canapé quand même!
merci de m'avoir fait découvrir ça, j'espère que d'autres musées vont suivre...

Posté par Anne Loiseau, lundi 19 janvier 2009 à 20:48

Je suis toujours fascinée par les gros plans. Avec fatuité, c'estcComme si on pouvait soudain voir mieux que le peintre…

Sur le deuxième "extrait" de Bosch , on dirait que c'est Alice, en compagnie lapinesque certes, qui n'est plus au pays des merveilles… mais en enfer… incroyable…

Posté par venezia, lundi 19 janvier 2009 à 21:26

On dirait Powers of Ten (http://www.powersof10.com/)

Posté par michelangelo, lundi 19 janvier 2009 à 23:58

yeah ! 36000 tableaux en un ...

Posté par Bénédicte, mardi 20 janvier 2009 à 21:24

je decouvre ce blog magnifique,j'y retourne demain...

Posté par Brigitte, mercredi 21 janvier 2009 à 04:26

merci pour cette info récolutionnaire!!!

Posté par sissi minanaä, mercredi 21 janvier 2009 à 12:00
Détails

As-tu lu le fabuleux essai du fabuleux Daniel Arasse sur le détail ?
il s'intitule Le Détail, pour une histoire rapprochée de la peinture. Mais c'est une référence, je ne t'apprend peut être rien

Posté par alice, jeudi 22 janvier 2009 à 11:23
Poster un commentaire