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Google et le musée du Prado se sont associés pour numériser quatorze chefs-d'œuvre du musée madrilène à un degré de résolution telle (14 milliards de pixels ) que l'on pénètre au cœur des fibres de la toile, au-delà de ce que l'oeil du  visiteur peut saisir.


La présentation (plutôt hideuse) de Google Earth est conçue comme un simple emboîtement d'espaces : d'une vue surplombante de la planète terre, on s'approche, grâce au petit curseur situé à droite, de l'Europe, puis de l'Espagne, puis de Madrid, puis du musée lui-même. Là, petite discontinuité, une page blanche où sont présentés les quatorze tableaux sous forme   d'icônes. Vous cliquez sur l'un d'eux, qui s'affiche ensuite dans son entier et selon le même principe de zoom, vous vous approchez de plus en plus près, vous promenant d'un bout à l'autre de l'espace du tableau.

Mais à chaque avancée dans le minuscule, ce qui paraissait à l'étape précédente un détail devient à son tour une totalité et ainsi de suite, à la manière de structures gigognes. Le point de vue d'ensemble se disloque, le sujet se dissout peu à peu et, fin de la descente vertigineuse, vous touchez, au sens propre du terme, le fond du tableau. Le détail devient irreconnaissable.

A cette plongée verticale s'ajoute l'arpentage de la surface plane du tableau. Cette expérience sensorielle troublante vous fait d'abord perdre tout repère puis vous vous prenez à parcourir cette étendue comme il en serait d'un continent inconnu, apprenant peu à peu à en dresser une cartographie, trouvant vos propres marques pour y cheminer, tout au plaisir simple de l'exploration.

Le tableau est matière où apparaissent les gestes même du peintre en action, les traces du pinceau long de Velazquez, les amas de peinture, la concentration de pigments, les effets de flous, les superpositions minutieuses de Rogier van der Weyden, les surfaces accidentées, la transparence de Bosch, les touches de lumière de Rembrandt. Il est objet où  l'état  du support se manifeste dans sa dimension physique : dégradations, détériorations du vernis, changements des couleurs, craquelures, bords abîmes, assombrissement.

Surtout le tableau est surface de jeu, où se perdre dans le luxe des détails, où créer des mondes, où dérégler son regard.

 




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Trois détails du Jardin des délices de Bosch;  Palette de Velazquez dans les Ménines ; Manche d'Artemis de Rembrandt; plumet du Charles-Quint de Titien ; fourrure et voile de Le Vierge de la Descente de Croix de Rogier van der Weyden