Contours du mont Blanc



Il faut saluer l'exploit de l'illustrateur Georges Dorival d'avoir donné une telle force graphique au mont Blanc. Vu de la vallée de Chamonix et même en altitude, il est en réalité plutôt informe. Rien de dessiné et de pointu comme le mont Cervin : une sorte d'anti-icône de la montagne.
Pourtant, la moindre de ses parties est connue, identifiée, désignable. Lieu maudit pour les paysans pauvres de la vallée, absent des cartes jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, période des premières ascensions, il s'est progressivement hérissé de noms. Il est devenu lieu d'expérimentation et d'exploitation commerciale pour des générations d'alpinistes et de guides qui ont marqué leur passage par l'acte de la dénomination, jusqu'à jouer du paradoxe avec l'arête de l'Innominata.
Toutefois, la cartographie de cette énorme fabrique de récits et d'images n'est pas encore fixée. Reste en effet un point litigieux : le sommet est-il uniquement français ou également italien ? Les cartes de l'IGN et de Michelin reproduisent les tracés des cartes militaires du XIXe siècle qui laissent le sommet dans le territoire français tandis que les cartes italiennes de l'institut géographique militaire ou De Agostini reprennent la ligne de partage des eaux des États sardes qui passe par le sommet. Lors d'une publication conjointe de l'IGN français et de l'IGM italien, l'espacement des croix figurant le tracé de la frontière a permis de contourner l'épineuse question.
Affiches lithographiées de Georges Dorival (1929) - catalogue de la "Ski Sale", Christies, 20 février 2008