Manteaux couleur du temps
Ample manteau en soie ikatée polychrome à dominante verte et jaune. Doublure en coton blanc, sauf le pourtour de la doublure qui est en soie ikatée jaune et rouge. Galon en soie rouge et blanche sur tout le pourtour du manteau. Matériaux et techniques : Soie, coton Tissage taffetas (chaîne en soie, trame en coton rouge) teinture à réserve par ligature des fils de chaîne (ikat chaîne). Galon à chaîne cordée fixé sur le bord du vêtement au cours du tissage. Armure toile (doublure).
Voilà la notice du manteau (ou khalat )
d'homme ouzbek exposé dans l'une des plus belles vitrines du Musée du
Quai Branly, parmi d'autres costumes d'Asie centrale, témoignages du
grand renouveau qu'a connu la technique de l'ikat en Asie
centrale au XIXe siècle.
A Samarkand, à Bouchara,
les artisans tadjiks, juifs et ouzbeks teignaient les fils de coton ou
de soie en les nouant par écheveaux avant de les teindre et
créaient simples rayures à deux couleurs comme dessins floraux
utilisant jusqu'à huit teintes différentes. Loin d'aligner
strictement les motifs, ils jouaient sur leurs désajustements
pour renforcer leur richesse visuelle. En panneaux, les ikats
étaient suspendus aux murs ou aux portes, ou utilisés pour édifier de
petits pavillons d'extérieur lors de cérémonies privées. Cousus
en robes ou en manteaux, ils étaient signes extérieurs de richesse
: les plus fortunés et les plus haut placés en portaient
même cinq ou six les uns sur les autres et se devaient de changer de
modèle tous les ans. Khans et émirs, qui possédaient leurs
propres ateliers (où étaient aussi fabriqués des brocarts
dans le style européen), en donnaient aux courtisans et aux
ambassadeurs comme marques de distinction ou aux soldats ayant rapporté
un certain nombre de têtes
d'ennemis tués au combat, à titre de récompense. L'usage de
passer un manteau sur les épaules
des hôtes d'honneur se perpétue de nos jours mais la splendeur de ces
tissus n'est plus : dans les années 1870, l'introduction de teintures
synthétiques mit à mal la richesse de leurs coloris et
l'occupation russe sapa leur complexe processus de production.


