lundi 9 novembre 2009
Wallpaper

Intérieur et petite fille à la fenêtre, Gee's Bend, Alabama, 1937, par Arthur Rothstein

Ben Shahn. Little Rock, 1935
"Pendant des années, je ne m'étais jamais demandé pourquoi les murs de la maison de Caroline étaient couverts de papier journal. Elle avait été notre blanchisseuse à une époque et je me souviens être allée plusieurs fois chez elle. Caroline était dehors, dans le jardin, juste un petit carré de terre dure. Avec une grande bassine en fer et un feu en dessous, fumant, où bouillait le linge blanc...
Elle était toujours gentille et m'invitait toujours à entrer. Elle ne s'est jamais excusée pour l'allure qu'avaient les choses. A l'époque, je me disais : comme c'est étrange que Caroline ait mis du papier journal sur ses murs. Je n'étais pas assez maligne à onze ou douze ans pour me dire : qu'est-ce que ce pays qui laisse vivre les gens dans des maisons comme ça et les oblige à utiliser le journal du dimanche comme papier peint ? J'ai honte de ne pas pouvoir vous dire : "Quand j'avais douze ans, j'ai été horrifiée la première fois que je suis entrée dans cette maison". J'ai été surprise, pas horrifiée". "
Témoignage de Diana Morgan dans Hard Times, histoires orales de la grande dépression de Studs Terkel aux éditions Amsterdam.
Ce que Diana Morgan, membre de la bonne bourgeoisie d'une petite ville de Caroline du Nord, décrit comme son aveuglement à la pauvreté extrême est aussi un signe de son aveuglement à la volonté de lutter contre la pauvreté extrême. De nombreux intérieurs pauvres américains étaient recouverts de papiers journaux, qui constituaient un bon isolant contre le vent et l'humidité. Mais il s'agissait aussi de décorer sa maison au lieu de se contenter du nécessaire en choisissant avec soin les plus jolies feuilles, celles avec des photographies ou des bandes dessinées. Le magnifique quilt sur lequel sont assises les femmes de l'ancienne plantation de Gee's Bend sur la première photo n'est pas discordant avec l'ordonnancement impeccable des feuilles derrière elles et le petit découpage imitant la dentelle au-dessus de la cheminée : du beau malgré tout.
Mettre une image - photographies d'êtres aimés, représentations pieuses, cartes postales - sur un mur pour transformer son logement, si précaire soit-il, en foyer, c'est une constante universelle, des favelas cariocas aux bidonvilles indiens.

Marion Post Wolcott. Intérieur de mineur. Pursglove, Virginie. 1938
Sources,
jeudi 5 novembre 2009
Papers
A Bruxelles vient d'ouvrir un lieu exceptionnel :
Grand merci à l'éditeur singulier
mercredi 23 septembre 2009
Cartolleria




La contemplation de Cartolleria, blog d'images, procure la même impression que d'entrer dans une belle papeterie : papiers cadeau, boîtes, timbres, bouteilles d'encre, livres blancs et carnets, cartes postales, crayons de couleur, rubans adhésifs, gommes s'offrent à vous, pleins de promesses, vous donnant la sensation incomparable que votre vie fourmille de nouvelles possibilités.
jeudi 10 septembre 2009
Ustensiles

Sculpture de papier de Magie Hollingworth présentée à la galerie Flow, de Londres, dans le cadre de l'exposition Paper works aux côtés d'œuvres de Clare Goddard.

via le lumineux blog de Pia Jane Bijkerk
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Pour des ustensiles de vrai bois, voir les pagaies gourmandes en érable du canadien Tom Littledeer pour battre, gratter, remuer, couper, agiter, racler, mélanger, retourner, attendrir, verser, touiller, pincer, cueillir, écraser, goûter.
mercredi 27 mai 2009
Maison de papier


En 1922, un ingénieur mécanicien, Elis Stenman, commence de construire sa maison de campagne dans le Massachussets. Il en dessine les plans, pose la charpente. Puis décide de monter les murs en papier grâce à une accumulation obsessionnelle de deux cents couches de papier journal, vernies, collées avec un mélange personnel d'eau, de farine et d'épluchures de pommes. Le papier est un parfait isolant, un matériau d'une grande solidité. La Paper house est toujours debout près de cent ans après son édification.
L'idée était belle, le résultat plutôt hideux. Mais l'usure ayant décollé les journaux, la maison s'est transformée au fil des ans en un magnifique palimpseste où l'on voit apparaître, au hasard des trouées, des phrases banales muées en oracles surgis de temps anciens. Regard toujours changeant sur le passé, comme le souligne Michelle Enemark des remarquables Curious Expeditions dans son article pour le numéro trois de la revue Antler (p. 82 à 84).

vendredi 27 mars 2009
Ei blot til lyst

Pour présenter la saison 2009-2010, le nouveau directeur de l'Opéra de Paris, Nicolas Joël a choisi cette image :
« Symbole de cette saison, l'image du film de Bergman, Fanny et Alexandre, nous dit tout du théâtre et de son émerveillement : l'enfant a pénétré dans le cadre de scène et son regard se pose avec douceur et attention sur les personnages qu'il anime. Cependant ce regard est déjà absent, emporté par la rêverie dans un autre monde. Ce qui était un jeu devient alors une aventure, un voyage en profondeur. C'est ce qui explique sans doute que l'enfant, captivé par la magie du théâtre, soit si sérieux. Les plaisirs les plus vrais sont sérieux. Et ce n'est pas un hasard si Bergman le Suédois fait jouer cet enfant dans le cadre de scène de l'Opéra royal de Copenhague, au Danemark, où sont écrits ces mots sans appel : "Pas seulement pour le plaisir".»
jeudi 19 mars 2009
Jardin anglais


The Langage of Flowers, Magic Bloom, Roses in The Garden, In The Countryside, The Book of Wild Flowers, Butterflies : des volumes aux couleurs tendres et couvertures fanées d'une bibliothèque de maison de campagne anglaise ?
Mais voici qu'une petite dame apparaît : fée ou Alice égarée au pays des merveilles ?
Elle est bientôt suivie d'une myriade de jeunes filles botticelliennes, de soies vaporeuses vêtues.
Puis elle reste seule, seule parmi les livres. Un papillon blanc vient voleter au dessus de sa tête. Et tout se met en mouvement : la nature contenue dans les livres s'anime, les feuilles et les fleurs se déplient comme dans un pop-up book victorien géant.
Tout cela n'est pas un rêve mais la mise en scène inventée par Antonio Marras pour la présentation de la collection Kenzo printemps-été 2009 en octobre dernier.
Découvrez cette féerie ici (sélectionnez "Femme Printemps Eté", puis "défilé")



Inspiré par Su Blackwell ?
D'autres exemples de l'inventivité scénographique d'Antonio Marras sur son site personnel et là.
Réalisation du film d'animation par evostruct studio
vendredi 13 février 2009
Textures

Une page arrachée à l'album "Textures and Objects" de Paintwithbrushes sur Flickr.
Si j'ai bien compris, il s'agit de fournir des supports pour des manipulations digitales. Les matières premières semblent toutefois bien plus belles que l'usage qui en est fait.
lundi 9 février 2009
Vol 295 pour Johannesburg

Quelque vingt ans après, d'une tragédie personnelle, Lyndi Sales a fait une œuvre polyphonique et poétique d'une grande puissance construite autour de la catastrophe aérienne du Helderberg : parti de Taïwan avec 140 passagers, dont son père, et 19 membres d'équipage, le vol 295 de la South African Airlines s'abîma au fond de l'océan Indien, non loin de Maurice, le 27 novembre 1987, dans des circonstances hautement controversées (selon certaines hypothèses, l'avion transportait des matières inflammables, en toute illégalité, compte tenu des sanctions internationales anti-apartheid). Aucun corps ne fut retrouvé.
Autour d'un matériau, le papier, et d'une technique de prédilection, le découpage et le collage, elle a construit des variations subtiles dans la répétition, qui déplacent le point de vue dans une discontinuité voulue.
C'est d'abord sous le signe du hasard, du destin, de la probabilité que Lyndi Salles a voulu placer son œuvre, établissant un parallèle entre les chances au jeu d'argent, les techniques de voyance et les risques de mort. D'où l'utilisation de deux corpus de papiers : l'un ramenant à la catastrophe elle-même ( coupures de presse, cartes géographiques, consignes de sécurité, cartes d'embarquement), l'autre au jeu ( billets de loterie, cartes à jouer, billets de banque).

Tous ces papiers ou presque, passés au découpage laser, sont nervurés, voire légèrement brûlés, comme soumis à une corrosion ultime. La métaphore du réseau est omniprésente et résonne d'accents lugubres.
Vaisseaux sanguins et capillaires pulmonaires des cadavres font douloureusement écho aux algues et coraux.

Ailleurs, les cartes d'embarquement ciselées dessinent les routes aériennes comme autant de chemins de vie entre un point de départ, la naissance, et un point d'arrivée, la mort.


Seules deux œuvres, peut-être les plus réussies, sont exemptes de nervures.
La première est un assemblage de 159 cerfs-volants (un pour chaque mort), recouverts d'images pieuses et votives variant au gré des origines des passagers, retenus par des ficelles rouges. C'est une référence directe à la tradition chinoise selon laquelle le chagrin de la personne endeuillée peut s'envoler dans le ciel pour laisser place à d'heureuses pensées.


La seconde, d'apparence très naïve, est une série de découpages colorés recréant des fonds sous-marins comme s'ils avaient été vus de l'intérieur de l'avion, à travers un hublot. Une manière pour Lyndi Sales de susciter l'image de son père vivant en même temps que de lui construire un tombeau ?


Photos issues du site de la Bell-Roberts Gallery
et de la Galerie Maria Lund
où les œuvres de Lyndi Salles sont exposées jusqu'au 8 mars
48 rue de Turenne, Paris IV
mercredi 14 janvier 2009
Robes Fortuny

Les robes Fortuny en papier d'Isabelle de Borchgrave ont voyagé de Venise au musée des tissus de Lyon où vous pourrez les toucher des yeux jusqu'au 26 avril.



Photos prises à partir du catalogue édité par Skira




