jeudi 12 novembre 2009
Cityscapes
"Je suis particulièrement fasciné par les rares moments de tranquillité de la ville, quand elle sombre dans le sommeil ou s'éveille pour affronter un nouveau jour. Elle est alors tout entière abstraction - formes indistinctes, lumière diffuse, ombres spectrales. Pendant cette éphémère période de repos, voilée de douceur, la beauté enveloppe les scènes de rue les plus banales".
Mark Yankus. The point of secret, 2008
jeudi 19 février 2009
Immeuble new-yorkais : verticalité
Peter Newell. The Rocket Book. New York : Harper & Brothers. 1912
Library of Congress
vendredi 8 février 2008
Fragments de souvenir d'un monde inachevé

Canopy, 1958
Red Umbrella, 1957

Walking with Soames (sa compagne d'une vie), 1957

Cracks, 1957
"Fragments de souvenir d'un monde inachevé", c'est ainsi que Saul Leiter désigne ses propres photos. Devenu célèbre tardivement, sous l'étiquette de "pionnier de la couleur", il cultive la modestie et l'indifférence à l'égard d'un succès qui a mis fin à ce qu'il appelle le "privilège d'être ignoré", après une belle carrière de photographe de mode où il s'est distingué par son absence affichée d'ambition. Dans son appartement, entre ses gouaches aux couleurs acidulées et ses dessins, des cartons en pagaille recèlent des centaines et des centaines de photos non développées et des diapositives. Une accumulation de moments, de sensations pour la plupart captés dans sa ville d'adoption, New York, dans le flux de ses activités quotidiennes, souvent juste en bas de chez lui.
Ressentir l'harmonie du monde sur le coin d'un trottoir en attendant le bus, tout le monde en a fait l'expérience. Condenser ce moment fugitif en une image, peu y sont parvenus. Simplement, Saul Leiter est une sorte d'athlète du regard, qu'il a exercé d'abord en contemplant des centaines et des centaines de livres d'art à la bibliothèque de l'université de Pittsburgh. "Je crois que j'ai appris à regarder ce que les autres ne voient pas, à réagir aux choses. J'ai regardé le monde pas vraiment préparé à quoi que ce soit". C'était aux textes, aux mots que son enfance l'avait préparé : son père rabbin souhaitait ardemment voir ses fils faire des études théologiques et prendre sa suite. Pour Saul Leiter, il en fut tout autrement : une déception irrémédiable pour ses parents.
Souvent, il insiste sur le caractère non intentionnel de ses cadrages, très particuliers mais absolument pas
formalistes ou systématiques. Saul Leiter dit n'avoir jamais vraiment rien
attendu, il a laissé les choses advenir, aimant à leur découvrir a
posteriori un sens. Mais une chose est sûre, le souci de la beauté l'a toujours aiguillonné.
"Je dois avouer que je ne suis pas un admirateur du moche. J'ai beaucoup de considération pour la beauté. Elle est plaisante ! Certains photographes pensent qu'en traitant de la misère, ils s'attaquent à quelque chose de profond. Je ne crois pas que la misère soit plus profonde que le bonheur" (extraits d'une interview avec Sam Stourdze)
* * *
Pour accompagner ces photos, Lonely Woman d'Ornette Coleman, un morceau que Saul Leiter avait choisi pour la première grande retrospective qui lui a été consacrée : " In Living Color" au Milwaukee Art Museum.

Times Square, 1950
-
Saul Leiter à la Fondation Cartier-Bresson,
17 janvier-13 avril 2008
Un étage consacré au noir et blanc, le deuxième à la couleur,
ainsi qu'à ses peintures et travaux pour la presse
Les épreuves sont pour un tiers des tirages modernes.
toutes les photos proviennent du site de la Howard Greenberg Gallery,
qui a entrepris un énorme travail de classement de ses oeuvres .
mercredi 10 octobre 2007
(for real)

Olga stinks, Olga is a stinker very much
Dear Jane, yesterday I found out Jack loved you, then you treated him mean and he felt for another girl. (for real)
He goes around with her and says shes a dream.
La fondation Henri Cartier-Bresson, sise dans une belle villa d'une impasse du 14 e arrondissement de Paris, expose en ce moment une sélection de photographies de la merveilleuse Helen Levitt. Toujours en vie, cette New-Yorkaise de 94 ans a passé sa vie à arpenter les rues de sa ville, dans la mouvance d'un Walker Evans ou d'un James Agee, en se focalisant sur les enfants et leurs jeux, du noir et blanc à la couleur.
Lors de mon voyage à New York, j'avais adoré sa photo d'un dessin à la craie " button to secret passage" et c'est encore ses "chalk drawings" que j'ai préférés ici. Une très belle série prise entre 1938 et 1948, dans un quartier bien précis, Spanish Harlem, où coexistaient Noirs et Blancs. Ce qui impressionne le plus, c'est la capacité des enfants à s'exprimer dans l'espace public : outre les dessins, ils couvraient les murs de phrases, qui n'avaient rien de laconiques obscenités ou d'insultes. C'étaient de véritables messages, parfois fort longs, destinés à être lus par le voisinage et qui supposent toute une struture sociale révolue, une streetcorner society où vieux et jeunes étaient mélangés, vivaient dehors, sous le regard les uns des autres, dans un environnement pas encore ravagé par la violence. D'une écriture scolaire appliquée, avec des coquetteries typographiques, elles sont toujours très drôles.
Je ne résiste pas au plaisir de vous en livrer quelques-unes.
- "PAUL IS A SORE LOSER. PAUL THINKS HE'S AN ATHLETE"
- Flash : Teresa Rondino loves Eddie Hubber. But he hates her. She is heart brocken.
- I AM A KILLER
- MAY AND JUNIOR WET OUT TO THE STOR AN SPENT 10$ A TREW STORY
- Starving companion
- A DECETIVE LIVES HERE
Cette façon de prendre au sérieux la pensée et l'imagination des enfants, sans en faire pour autant de petits rois visionnaires, a quelque chose de profondément réjouissant. Helen Levitt a une façon toute simple de parler de son choix : "c'était un bon quartier où prendre des photos, en ces temps d'avant la télévision". Et il est indéniable qu'aujourd'hui les "temps de cerveau" des enfants sont utilisés ailleurs que dans la rue, le spectre du pédophile, agité par les médias, parachevant leur enfermement.
Exposition Helen Levitt.
Fondation Henri Cartier-Bresson
impasse Lebouis, Paris XIVe
Jusqu'au 23 décembre
vendredi 8 juin 2007
Lignes et cercles
Voir d'en haut

"Etre élevé au sommet du World Trade Center, c'est être enlevé à l'emprise de la ville. Le corps n'est plus enlacé par les rues qui le tournent et le retournent selon une loi anonyme ; ni possédé, joueur ou joué, par la rumeur de tant de différences et par la nervosité du trafic new-yorkais. Celui qui monte là-haut sort de la masse qui emporte et brasse en elle-même toute identité d'auteurs ou de spectateurs. Icare au-dessus de ces eaux, il peut ignorer les ruses de Dédale en des labyrinthes mobiles et sans fin. Son élévation le transfigure en voyeur. Elle le met à distance. Elle mue en un texte qu'on a devant soi, sous les yeux, le monde qui ensorcelait et dont on était "possédé". Elle permet de le lire, d'être un Oeil solaire, un regard de dieu. Exaltation d'une pulsion scopique et gnostique. N'être que ce point voyant, c'est la fiction du savoir.
Faudra-t-il ensuite retomber dans le sombre espace où circulent des foules qui, visibles d'en-haut, en bas ne voient pas ? Chute d'Icare. Au 110e étage, une affiche, tel un sphinx, propose une énigme au piéton un instant changé en visionnaire : It's hard to be down where you're up.
La volonté de voir la ville a précédé les moyens de la satisfaire. Les peintures médiévales ou renaissantes figuraient la cité vue en perspective par un œil qui pourtant n'avait encore jamais existé. Elles inventaient à la fois le survol de la ville et le panorama qui la rendait possible. Cette fiction muait le spectateur en œil céleste. Elle faisait des dieux. L'œil totalisant imaginé par les peintres d'antan survit dans nos réalisations."
Michel de Certeau. L'invention du quotidien, Arts de faire. Union Générale d'éditions, 1980.
jeudi 7 juin 2007
Les volubilis d'Adolfo Baldizzi
Ce bac à fleurs de chez Polux semble juste une récupération vintage d'une ancienne boîte à cream cheese. Mais ce sont ces boîtes mêmes qui furent distribuées parmi les aides alimentaires du Home Relief Bureau pendant la Grande dépression. Faire pousser des plantes dedans, ce sont d'abord des hommes comme Adolfo Baldizzi qui en ont eu l'idée. Locataire , avec sa femme et ses deux enfants, d'un minuscule deux pièces dans un immeuble de rapport du Lower East Side, il eut ce geste poétique de planter des volubilis pour décorer les fenêtres de son foyer en pleine tourmente sociale et économique. Aurait-il pu imaginer que son invention, quelque soixante-dix ans plus tard, serait récupérée par un fleuriste à la mode et vendue à une somme qui lui aurait permis de nourrir sa famille pendant presque un mois ?
Mais aurait-on connu l'histoire d'Adolfo Baldizzi et de sa famille sans l'extraordinaire entreprise que constitue le Lower East Side Tenement Museum ? Certainement pas. Créé en 1988, ce lieu de mémoire sans pareil propose de dresser la biographie d'un immeuble, dans tous ses aspects matériels, et de ses habitants, migrants pauvres de plusieurs générations, de sa construction en 1863 à son abandon en 1935. Sept mille personnes, originaires de près de vingt pays différents, ont vécu au 97 Orchard Street durant cette période, avant que le propriétaire, incapable de faire face aux frais financiers liés aux mises aux normes légales, n'expulse ses derniers habitants pour ne louer que les boutiques. Trouver un tel tenement fut une gageure pour les fondateurs du musée, car ils avaient pour la plupart été rasés, rénovés ou n'étaient pas assez anciens pour prendre en compte les vagues de migrations successives. Mais quand ils entrèrent pour la première fois au 97, ils découvrirent des meubles et des objets laissés intacts depuis plus d'un demi-siècle dans les appartements à l'abandon. Depuis, cinq appartements ont été reconstitués, à l'aide d'archives et de récits oraux recueillis auprès des descendants : celui des Gumpertz, arrivés de Prusse dans les années 1860, celui des Rogarshevsky venus de Lituanie, vers 1900, celui des Confino, sépharades de l'empire ottoman, celui des Levine de Pologne et de leur petite entreprise de couture, celui des Baldizzi partis de Sicile pour s'établir aux Etats-unis dans les années 20 ; un sixième, celui d'une famille irlandaise, les Moore, est en cours de restauration. Il ne s'agit en aucun cas de period rooms figées dans la naphtaline mais d'évocations de destins individuels, dont se dégage une grande émotion, une mise en perspective historique de la migration nourrie d'ateliers et d'animations avec les migrants d'aujourd'hui dans un quartier où la présence asiatique est de plus en plus prégnante.
C'est grâce à Angela Voulangas, talentueuse graphiste férue d'histoire urbaine et curieuse de tout, que j'ai découvert l'existence de ce musée (elle est d'ailleurs la créatrice de la très belle maquette de l'ouvrage A Tenement Story) et je vous presse de découvrir son passionnant What is this ?.
Aucun misérabilisme dans cette photo de Jessie Tarbox Beals
où une famille italienne pose pleine de dignité dans un tenement, à New York, 1910.

Les couches successives de papiers peints au 97 Orchard Street où se lisent
les usages des habitants, du propriétaire et les interventions des réformateurs sociaux
Pour GA, en souvenir d'une journée mémorable
Polux
Dans Nolita, au détour de Mott Street, j'ai découvert par le plus grand des hasards ce ravissant fleuriste, Polux (avec un seul "L"), tenu, je le crois, par une Française ou une Belge. Et la boutique ne m'aurait paru que ravissante si quelques heures avant je n'avais pas été confrontée à l'origine même de l'un des objets qui y est vendu, dont la destinée paraît des plus curieuses.
mercredi 6 juin 2007
Dessins à la craie
Metropolitan Museum
Cette merveilleuse photographie a été prise en 1938 à New York par Helen Levitt et fait partie de son livre In the Street : Chalk Drawings and Messages, New York City, 1938-1948 où se déploient toute l'acuité de son regard sur la culture de la rue et son sens de l'humour.
Jambes
Chien new-yorkais, voilà en quoi beaucoup d'hommes devraient souhaiter se réincarner. Non seulement ils seraient choyés dans cette ville en adoration devant l'espèce canine (j'ai même vu des distributeurs de dog treats sur un trottoir et des cartes de condoléances pour chiens dans une papeterie), mais ils pourraient admirer à loisir les jambes d'un naturel tout étudié des New-Yorkaises, qu'elles ont fort belles.












































