Le Divan Fumoir Bohémien

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vendredi 15 mai 2009

Poppenhuis



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Portrait de la maison de Petronella Oortman par Jacob Appel





En 1686, à l'âge de trente ans, Petronella Oortman, riche veuve d'Amsterdam, épousa Johannes Brandt, marchand de soie. Elle consacra les cinq années qui suivirent son mariage  à meubler une maison de poupée, enchâssée dans un meuble richement marqueté, semblable aux cabinets des collectionneurs masculins. Elle passa commande auprès des meilleurs artisans - menuisiers, tapissiers, céramistes, relieurs, peintres, ébénistes, vanniers, marbriers- , dépensant près de 30 000 florins, soit l'équivalent du prix d'une maison grandeur nature sur l'un des plus beaux canaux de la ville.

Cela n'avait rien d'une tocade excentrique. La conception de maisons de poupée était une mode chez les femmes de la bourgeoisie, à l'instar de Petronella Dunois, Petronella de la Court ou Sara Ploos van Amstel.

La plupart de ces maisons étaient des répliques miniatures de la demeure de leur commanditaire. Imaginons donc ces femmes se tenant devant leur poppenhuis, maison dans la maison, pensons à la  satisfaction qu'elles ont sans doute ressentie, au-delà de la fierté de l'accumulation collectionneuse, de pouvoir établir une distance de soi à soi,  de se tenir dans une position d'extériorité tout en n'étant pas véritablement hors du foyer. Maîtresses de maison(s),  à n'en point douter, mais aussi maîtresses d'elles-mêmes.



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Détail des étages supérieurs  de la maison de Petronella Dunois








jeudi 12 mars 2009

Ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre # 2

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Une plaque de mica maladroitement peinte d'un autre portrait à  transformation :
un inverse du jeu des possibilités, le vide des apparences, la disparition du sujet, l'absence.














Musée national de la Renaissance, Ecouen.
Source : RMN

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mercredi 11 mars 2009

Ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre


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Miniature sur cuivre dite "à transformation " :

la jeune fille, grâce à un jeu de seize feuillets de mica à superposer, peut se métamorphoser en autant de personnages différents, masculins ou féminins.

Pays-Bas XVIIe siècle ,
7 x 5,7 cm



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une pièce issue du très beau site de Martine Houze,
expert en objets de curiosité :

Folkcollection

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jeudi 23 octobre 2008

Vae soli

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Sur quelques millimètres, le regarde vide d'un homme disgracié.
Sur fond d'azur, en lettres d'or : Vae soli, "malheur à l'homme seul".

 

Un portrait posthume de Robert Devereux, deuxième comte d'Essex, ancien favori d'Elizabeth , décapité en 1601 pour haute trahison, peint sur vélin par Isaac Oliver.







Nicholas Hilliard et le portrait en miniature aux XVIe et XVIIe siècles
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à voir au Louvre, jusqu'au 15 décembre 2008

mardi 9 octobre 2007

Dans une coquille de noix

Que peut-on loger dans une coquille de noix ?




Des têtes de bébé



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Dessin de Julie Morstad





Une toute petite fille



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Illustration de William Heath Robinson

"« Quelle jolie fleur ! » dit la femme en déposant un baiser sur ces feuilles rouges et jaunes ; et au même instant la fleur s’ouvrit avec un grand bruit. On voyait maintenant que c’était une vraie tulipe ; mais dans l’intérieur, sur le fond vert, était assise une toute petite fille, fine et charmante, haute d’un pouce tout au plus. Aussi on l’appela la petite Poucette.

Elle reçut pour berceau une coque de noix bien vernie ; pour matelas des feuilles de violette ; et pour couverture une feuille de rose. Elle y dormait pendant la nuit ; mais le jour elle jouait sur la table, où la femme plaçait une assiette remplie d’eau entourée d’une guirlande de fleurs."


HC. Andersen. Poucette.





Des robes




Dans la version de Peau d'Ane par les frères Grimm, l'héroïne, grâce à sa fée marraine, peut garder  ses robes  dans une petite coquille de noix, qui lui fait office de coffre. Je verrais volontiers une prolongation de ce geste dans la scène de Fenêtres sur Cour  où Grace Kelly fait sortir un superbe deshabillé d'une minuscule valise.


"Voyant qu’il n’y avait pas moyen de changer le cœur de son père, la pauvre fille résolut de s’enfuir. Durant la nuit, quand tout dormait, elle se leva et s’en fut à l’endroit où étaient enfermés ses bijoux ; elle en prit trois : une bague d’or, un rouet d’argent et un petit dévidoir en or. Les trois robes couleur de soleil, de lune et d’étoiles, elle les serra dans une coquille de noix ;  elle revêtit le manteau de mille fourrures et se noircit la figure et les mains avec de la suie. Alors elle se recommanda à Dieu et partit. Elle marcha toute la nuit, jusqu’à ce qu’elle rencontrât une grande forêt. Comme elle était exténuée de fatigue, elle se blottit dans un arbre creux et s’y endormit."

Frères Grimm.  Peau de mille bêtesAllerleirauh.

Als nun die Königstochter sah, dass keine Hoffnung mehr war, ihres Vaters Herz   umzuwenden, so fasste sie den Entschluss zu entfliehen. In der Nacht, während alles   schlief, stand sie auf und nahm von ihren Kostbarkeiten dreierlei, einen goldenen Ring,   ein goldenes Spinnrädchen und ein goldenes Haspelchen; die drei Kleider von Sonne, Mond   und Sternen tat sie in eine Nussschale, zog den Mantel von allerlei Rauhwerk an und machte   sich Gesicht und Hände mit Russ schwarz. Dann befahl sie sich Gott und ging fort, und   ging die ganze Nacht, bis sie in einen grossen Wald kam. Und weil sie müde war, setzte   sie sich in einen hohlen Baum und schlief ein.

Voir l'excellent Maerchenlexikon et son index thématique.



L'univers tout entier






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vendredi 28 septembre 2007

Meurtre en miniature

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Dans Meurtre en miniature, de Floc'h et Rivière,  deux petites filles, princesses de leur état, Elizabeth et Margaret, font vivre  une histoire policière écrite pour elles dans un livre minuscule, qui peut se loger dans la bibliothèque miniature de leur maison de poupées.

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Cette maison de poupée n'est autre que celle offerte à la reine Mary, à l'initiative de la cousine de son mari George V :  élaborée avec la plus grande minutie par le célèbre architecte Edwin Lutyens, elle réclama l'aide de mille cinq cents des meilleurs artisans du royaume. La Queen Mary's Dolls' House est aujourd'hui exposée au château de Windsor.


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The Royal Collection. c  Her Majesty Queen Elizabeth II

Dans la bibliothèque, des ouvrages de Thomas Hardy, JM Barrie, GK Chesterton, Rudyard Kipling,  Robert Bridges ou Hilaire Belloc.
Chaque livre est un véritable livre miniature, certains ont même été manuscrits par leur auteur.




L'obsession reconstitutive à l'origine  des maisons de poupées a partie liée avec le travail policier et sa quête de l'infime détail. La maison de poupée fut d'ailleurs  utilisée comme instrument opératoire de recherche criminologique par la merveilleuse Frances Glessner Lee (1872-1962). Américaine de la bonne société entravée dans ses études par son père, confinée dans le rôle de maîtresse de maison,  fascinée par un camarade de son frère, célèbre criminologue, elle se lança à cinquante ans passés dans sa passion, la médecine légale, en la conciliant avec le monde domestique qui était son univers : elle se fit une spécialité de la reconstitution de crimes à l'échelle de pièces miniatures, études rassemblées sous le titre de Nutshell Studies of Unexplained Death dont l'efficacité fit l'admiration de tous les professionnels. Ses dioramas ont été  photographiés par Corinne May Botz.
(Merci à La main gauche pour cette déccouverte).

 

 

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Courtesy Corinne May Botz


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mardi 27 février 2007

Grains de beauté

Plus que quelques jours avant de pouvoir ouvrir  Grains de beautés et autres minuties d'un collectionneur de mouches de Frédéric Clément.

Le 2 mars, nous aurons  entre les mains  de quoi colorer nos joues d'un joli "rose cuisse-de-nymphe".



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Pour en avoir un avant-goût :

" En cet an de grâce 1764, la marquise Adélaïde des Ailleurs, jeune veuve moyennement éplorée, a mandé en son château de Chamarande le peintre miniaturiste itinérant, Zérène, célèbre pour ses minuscules portraits sur ivoire, afin qu’il mette au service de sa noble lignée l’art  réputé qui est le sien. Le peintre s’éprend de la marquise, laquelle ne succombera, déclare-t-elle, à ses ardeurs que s’il lui rapporte, de l’Orient lointain qui la fascine tant, des trésors en forme de traces, de grains de beautés, aussi impondérables qu’indubitables preuves de ces secrets d’amour qui se murmurent derrière les paravents, entre deux soupirs d’éventails…– le  tout devant entrer dans cette boîte à mouches, précise, en la lui remettant, la Marquise.…

Zérène accepte le défi et cingle vers les pays du Soleil levant… A bord de la jonque du mystérieux capitaine Tuan, la quête alors commence …
Minuscule cabinet de curiosités d’une délicate sensualité, d’un érotisme piquant qui se pare de sulfureuses féeries, fantasque voyage  en une mer de Chine baroque, auquel sont promis deux retours...
Grains de beautés est aussi le récit d’une métamorphose merveilleuse : celle où le trait du peintre se fait écriture, le mot dessin et la phrase couleur"

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dimanche 24 décembre 2006

Stupire !

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Au XVIIe siècle, mais surtout au XVIIIe siècle, à Naples, l'aristocratie et la bourgeoisie furent saisies d'une véritable manie des crèches. Elles rivalisèrent dans les décorations, qui devaient chaque année être plus belles, plus riches et plus enviées jusqu'à faire de la Nativité une scène à peine distincte de scènes tout aussi canoniques que l'Auberge, le Marché, l'Annonciation, le Berger endormi, la Fanfare à la turque, le Cortège des rois mages.  La religion était presque un prétexte à un fourmillement de scènes simultanées, tout en récit et bavardage, mi-sacré, mi-profane, entre rite et fête, où l'on discernait avec peine Jésus parmi une profusion de chèvres, de moutons, de poulets, de petits oiseaux, de chameaux, de jambons, de paniers de fruits et légumes, sans compter des centaines et des centaines de personnages dans une densité approchant celle de la ville elle-même. 

Aucune ne nous est parvenue intacte  mais certaines étaient si grandes qu'elles envahissaient des maisons entières. Les sculpteurs étaient les premiers à être mis à contribution pour les figures, très expressives, parfois caricaturales, des différents personnages, dont le corps était fait d'étoupe et de fil de fer, puis habillé, parfois de vêtements brodés de pierres précieuses. Mais c'étaient de véritables régisseurs qui étaient engagés par de riches familles pour chaque année créer de nouvelles scénographies. Les variations dans la composition étaient continuelles, les assemblages sujets à des transformations incessantes : on montait et démontait sans jamais recomposer un ensemble antérieur. Les attitudes des personnages, leurs accessoires mêmes étaient modifiés.   Le scénario s'inspirait en toute liberté de textes sacrés. Archéologie (notamment la découverte de Pompéi), ethnographie (recherches sur les costumes régionaux) et théâtre, cultivé comme populaire, spectacle religieux et spectacle de rue convergeaient vers ce qui était désormais un " hobby".

Dilettantisme et collectionnisme sont les deux racines passionnelles dans lesquelles la crèche puise les raisons de son succès et de sa popularité. C'était devenu un divertissement grâce auquel montrer sa culture, son esprit, son goût du déguisement et accessoirement sa piété.  Le roi Charles lui-même s'amusait pendant certaines heures du soir et de la journée, à pétrir de ses royales mains des briques pour façonner cabanes et fonds rocheux afin d'y disposer des pastori, tandis que la reine Amalia s'affairait à leur coudre des petits habits.

Rêvons de voir une crèche immense à la lumière des chandelles où nous nous amuserions à chercher Jésus.

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vendredi 1 décembre 2006

Fioles à merveilles

Quelle délicieuse idée que celle d' Elaine Seamans   d'avoir emprisonné fées,  anges, princes  dans de minuscules flacons du temps jadis.  Qu'advient-il  lorsqu'on les ouvre ?

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lundi 27 novembre 2006

Oeil en miniature

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En mars 1784, peu après sa première rencontre  à l'opéra avec une jeune veuve, Mrs Maria Fitzherbert, le Prince de Galles, âgé de vingt et un ans, déclara vouloir l'épouser. Malheureusement pour lui le Royal Marriage Act stipulait qu'avant l'âge de vingt-cinq ans, il ne pouvait se marier sans le consentement paternel.  La probabilité de voir George III accepter une telle alliance avec une veuve catholique étant nulle, il se poignarda pour forcer Maria à se marier avec lui.  Dans un premier temps, elle fléchit et accepta puis, reprenant ses esprits, partit pour le Continent où elle resta plus d'un an. Le prince ne lâcha pas prise et lui adressa une lettre en novembre 1785 pour la presser de revenir en Angleterre. En lieu et place d'un bijou, il lui envoya un "oeil" : "Je vous envoie un oeil dont la ressemblance avec le modèle, si vous ne l'avez pas oublié, vous frappera". Il s'agissait d' une miniature de son oeil droit de la main de son ami Richard Cosway. L'histoire ne dit pas ce qui décida Mrs Fitzherbert, mais elle revint en Angleterre et se maria clandestinement avec le prince le 15 décembre 1785.  Peu de temps après, Cosway peignit l'oeil de Mrs Fitzherbert qui en fit don au prince. 

Cet échange romantique fit bientôt naître une mode qui se répandit dans l'aristocratie anglaise puis à travers l'Europe pour atteindre un sommet dans les premières décennies du XIXe siècle : aquarelles sur ivoire ou gouaches sur carton étaient montées sur épingles, sur broches,  entourées de demi-perles, de brillants, de pierres précieuses,  enchâssées dans des bagues, des fermoirs de bracelets, ou encadrées dans des boîtes à tablac, des couvertures de livres, parfois accompagnées de mèches de cheveux au revers du bijou-portrait.  Amants, amis et parents se les échangaient, accompagnant leur don de petites inscriptions au revers. Des familles entières se firent ainsi portraiturées. La reine Louise de Prusse alla même jusqu'à offrir à son mari pour son anniversaire un portrait de famille oculaire composé de son oeil et de quatre yeux de ses enfants. Mais la vogue de ces miniatures fut de courte durée.  A la notable exception de la reine  Victoria qui conçut une passion pour les bijoux de deuil démodés, presque plus personne n'en portait dans les années 1830.  Dans Dombey et fils, de 1848,  Dickens parle du "old fishy eye" porté par Miss  Lucretia Tox, vieille fille "délavée".

Dans son article Treasuring the gaze : eye miniature portraits and the intimacy of vision (Art Bulletin, septembre 2006),  Hanneke Grootenboer défend la thèse qu'il ne s'agirait d'une simple image d'oeil mais d'un véritable portrait de regard, dont le statut diffère totalement des portraits miniatures, qui valaient par métonymie pour toute la personne, précieusement conservés dans des secrétaires,  des écritoires ou à même le corps et parfois couverts de baisers. Cet oeil, non seulement nous pouvons le regarder, mais il nous engage à la réciprocité, par-delà la mort même, car le regard réside en dehors du corps. Ni vue sur le monde, ni fenêtre de l'âme, ces miniatures préfigurent un nouveau régime de vision, d'un type  pré-photographique, qui n'a plus rien d'albertien.


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Ces trois miniatures, difficilement datables, proviennent des collections
du Victoria and Albert Museum

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