lundi 2 novembre 2009
Armand, Irène, Hortense, Marcel et les autres



Deux prénoms, une petite phrase aigre-douce, des photos repeintes, quelques traits au crayon de couleur suffisent à Mélanie Rutten pour mettre en scène le désordre amoureux. Un exercice d'équilibriste des mots et des images qui vous laisse sous le charme longtemps, très longtemps.
Pour prolonger le plaisir, ne manquez pas de feuilleter son portfolio ici.

Jusqu'au 29 novembre, à la galerie Image au carré à Bruxelles
jeudi 28 mai 2009
Bleu nuit




Illustrations de Al Parker pour diverses revues féminines américaines des années 50
Ladies Home Journal, Cosmopolitan, Good Housekeeping, Mac Call Magazine.
Issues de la série collectée par leifpeng sur flickr
lundi 23 mars 2009
Tombé du ciel

Comment l'ange apparut à Simon ?
Ce pourrait être le sous-titre de L'Angelo delle scarpe, album hors normes de quatre vingts pages où s'entrelacent la prose poétique de Giovanna Zoboli et les dessins en apesanteur de Joanna Concejo. Le lire, le regarder, exige un état d'esprit particulier, car il s'agit ni plus ni moins d'accueillir le merveilleux et de faire place au mystère. Tout comme Simon.
Petit garçon triste, enfermé dans un palais dédié au culte commercial de la chaussure, il sait un jour voir un homme qui brille sa fenêtre : un ange. Il sait faire venir son père obnubilé par son travail : "Papa, regarde c'est une ange". Il sait, contre son père incapable d'écouter les pensées des autres, imposer le silence.
Après avoir refermé l'album, vous ressentez, tout interdit, la curieuse impression de ne l'avoir pas vraiment lu, pas vraiment vu. Vous attendez quelques heures, quelques jours pour y revenir. Et chaque fois, vous sentez l'ange un peu plus proche de vous.
Era come quand in una siepe
non si vedono
che rami fra i rami
foglie fra le foglie
e poi qualcuno
- qualcuno con un occhio molto acuto,
qualcuno bene allenato a guardare -
improvvisaimente, dice :
"Ehi, guarda, un nido !"
E tu guardi et devi
prima i rami,
poi le foglie,
infine il nido e,
dentro,
qualcosa di bianco
e perfettamento ovale.
C'était comme quand dans une haie,
on ne voit que des branches entremêlées
des feuilles entrelacées,
et puis quand quelqu'un
- quelqu'un de très observateur,
quelqu'un de très entraîné
à regarder -
dit d'un seul coup :
" Eh, regarde un nid !"
et qu'on regarde et que l'on voit
d'abord les branches,
puis les feuilles,
et enfin le nid
et à l'intérieur
quelque chose de blanc
et parfaitement ovale.
(traducteur inconnu)


Joanna Concejo réussit encore une fois un tour de force : suggérer le fourmillement des pensées

effets de transparence où affleurent feuilles de papier quadrillé, calculs et factures, les figures du père

Un nouveau miracle accompli par les éditions Topipittori.
Que grâce soit rendue à Paolo Canton.
Espérons que la foire de Bologne soit l'occasion de voir ce livre édité en français.
Nous attendons avec impatience les impressions d'Anna.
samedi 18 octobre 2008
Nuages, maison et goutte de pluie

Anna nous annonce une belle nouvelle : Beatrice Alemagna vient d'ouvrir son site !

Un lion à Paris. Autrement jeunesse, 2006

Omega et l'ourse. Editions du Panama , 2008
Pour la papeterie japonaise avec ses dessins, rendez-vous sur Skyfish Grafix
et bientôt sur leur stand au festival du livre de jeunesse de Montreuil
mercredi 14 mai 2008
Monsieur Personne

Quelques pages de Monsieur Personne, premier album et chef d'œuvre de l'illustratrice polonaise Joanna Concejo, traduit aux éditions du Rouergue après avoir été publié l'année dernière par le découvreur de talents Topipittori.

Quelques images de son exposition "Attorno al giardino" à Bologne, ici
Un autre livre, Grand et Petit, vient de paraître à l'Atelier du poisson soluble.
Ses dessins pour Lignes nues et Transparences de Rafaël Concejo, là.
Merci à Anna
mercredi 6 février 2008
Les chemins d'Anna

La collection "Coup de génie" du Seuil Jeunesse réserve décidément bien d'agréables surprises. Après Darwin, ainsi va la vie illustré par Gérard DuBois, Hippocrate, médecin de l'île aux jasmins, permet au public français de découvrir Anna Castagnoli, déjà abondamment éditée en Espagne, chez OQO.
On croit rêver quand on lit qu'elle ne se consacre à l'illustration que depuis quatre ans tant son art est virtuose. Mais on ne s'étonne nullement d'apprendre qu'elle a une formation de philosophe. Elle fait partie de ces illustrateurs pour qui penser et dessiner font tout un, loin de la joliesse et du souci décoratif ; pour qui, même, la lecture des grands textes est un préalable indispensable à la maîtrise de l'espace de l'image et à la composition d'un monde propre. De fait, chacun de ses dessins est fondé sur une structure extrêmement lisible, où les détails s'intègrent au tout en une harmonieuse évidence. Son traitement elliptique de la couleur et la variété des points de vue participent de cette même exigence. Nous voici bien devant une beauté qui éclaire et apaise.



Mais Anna Castagnoli est aussi une merveilleuse conteuse-poètesse. Quelques phrases empruntées à son Caminos sine nombre suffiront à vous en convaincre.
"Dans le silence de ta chambre, où tu boudes, si tu avais des oreilles de chauve-souris, tu entendrais les ondes qui traversent les murs et la nuit pour t'apporter la musique du monde
...

Mais toi, tu n'as pas les oreilles d'une chauve-souris. Tu as les oreilles sous-marines pour entendre les algues se lover entre les coraux. Tu as les oreilles coquillage pour entendre la pluie tomber sur les bambous. Toi, tu dis : étoile de mer. Tes mots sont petits comme des nids de colibri."
Enfin, elle a ouvert depuis peu un site consacré au livre illustré : Le figure dei libri.
L'illustration comme l'un des beaux-arts, ses codes, sa syntaxe, sa structure. Le Hänsel et Gretel illustré par Susanne Janssen paru aux éditions Etre ouvre le bal en tant que parangon de l'album illustré pour enfants. Chaque planche y est magistralement analysée, insérée dans le fourmillement vivant de l'histoire de l'art. Même sans parler italien, on se sent mis en appétit devant tant d'intelligence de l'oeil et de l'esprit.
Illustrations issues de Caminos sin nombre et
El caballero Peppino, tous deux chez OQO Editora.
mercredi 12 décembre 2007
Kodomo



Illustrations de Okamato Kiichi (1929) Hatsuyam Shigeru (1932), Takei Takeo (1929)
issues de la revue Kodomo no kuni, publiée de 1922 à 1949.
Quand Envol de Papillons a consacré un billet à la revue enfantine japonaise Kodomo no kuni ce fut pour moi la découverte d'un monde jusque-là totalement ignoré. Certes, on peut se figurer le Japon des années 20 déjà très urbain et moderne, imprégné par de déjà longues années de relations économiques avec l'Occident, mais je n'imaginais pas un instant qu'une telle place était déjà accordée aux enfants japonais. J'ai ainsi appris que dès années 10 leur était destinée une myriade de publications inspirées des périodiques anglo-saxons : des magazines très distincts pour les filles et pour les garçons ( Le Monde des filles, Le Club des garçons [Shonen Kurabu], ...). Les magazines féminins, en plein essor, comptaient de nombreuses pages ou suppléments spécifiquement consacrés à des histoires ou des images pour enfants. Comme on peut le constater dans le passionnant site de l'institut international de la litterature de jeunesse d'Osaka, 100 livres japonais pour les enfants (1868-1945), l'offre éditoriale était très diversifiée, même si une tendance lourde prédestinait les filles aux histoires sentimentales très tristes et les garçons aux romans patriotiques, voire militaristes. Ajoutons que les plus grands journaux comme l'Asahi Shinbun consacrèrent très tôt des espaces aux emonogatari (où les mots sont ajoutés aux images dans un cartel à part) et aux mangas (dans lesquels les mots sont intégrés dans une bulle).
Les formes étaient très variées : de l'illustration la plus traditionnelle aux livres d'artiste les plus audacieux. Et le repertoire narratif était déjà très large. En effet, dès l'ère Meiji, aux contes traditionnels de l'ère Edo s'étaient ajoutés les contes occidentaux. En 1874 fut ainsi traduite une anthologie américaine de contes de fées. A à la fin du siècle, les romans de Jules Verne furent édités en même temps que les contes d'Andersen ("Adâsen"). Dans le même temps, s'était développée une littérature proprement destinée aux enfants dont le premier exemple remonte à 1891 avec un roman écrit autour du personnage de chien, Koganemaru. Des collections enfantines furent créées dans les années 20 ainsi que des petites pièces de théâtre à jouer à la maison. Kawabata lui-même écrivit des histoires pour les enfants à la fin des années 30 (qu'il se montra par la suite réticent à voir republiées).
Dans ce fourmillement, Kodomo no kuni semble toutefois tenir une place à part. Il n'était destiné ni aux filles ni aux garçons en particulier et son accent sur l'art le mettait à l'avant-garde de l'illustration, avec un curieux mélange d'influences occidentales venues aussi bien du Bauhaus que d' Elsa Beskow ou Boutet de Montvel. Contempler les doubles pages de ses différents numéros procure un rare plaisir visuel, pour lequel je remercierai encore le joli papillon avant qu'il ne s'envole vers d'autres contrées.

Songe d'une nuit d'hiver de Koga Arue (1931)
mercredi 24 octobre 2007
Ne joue pas avec les allumettes !

Pierre l'ébouriffé (Struwwelpeter), un des plus grands classiques de la littérature enfantine allemande, a traumatisé des générations de petits germanophones avec ses histoires d'enfants désobéissants promis à d'abominables châtiments, voire à la mort. Le docteur Heinrich Hoffmann, qui l'avait initialement écrit et dessiné pour son petit garçon de trois ans en guise de cadeau de Noël, le publia en 1845 grâce à un ami éditeur et l'ouvrage connut bientôt un succès immense. Les spécialistes ne sont pas tout à fait d'accord sur le degré de sérieux avec lequel l'auteur prenait ses histoires : pure manifestation de l'éducation à la prussienne ou jeu absurde avec les normes.
Toujours est-il qu'enfant - était-ce la traduction de Cavanna ? - , je me délectais de son humour noir, avec juste ce qu'il fallait de circonspection. Il faut dire que ses vignettes sont de véritables chefs d'œuvre, alliées à un texte d'une grande efficacité. Figurez-vous les recommandations quotidiennes faites aux enfants poussées à leur extrême.
Première vignette : "Gaspard, mange ta soupe", le replet petit garçon refuse jusqu'à devenir maigre comme un clou.
Dernière vignette : tombe de Gaspard.
Mais la palme revient à l'histoire de la petite fille qui joue avec les allumettes (les garçons préféreront peut-être le tailleur coupeur de pouce sucé). L'image des petits chats pleurant sur le tas de cendres fumant est restée à jamais imprimée dans mes rétines. Je vous laisse juger.


Notre grand-mère nous offrit un Anti-Struwwelpeter, d'inspiration libertaire (ce qui ne lui correspondait pas vraiment), pour conjurer ses propres peurs d'enfance . Je n'en ai pas grand souvenir à part une image d'enfants nus dansant autour d'un policier, l'original étant bien plus réjouissant que la parodie.
La plus belle prolongation qu'il m'ait été donné de voir est le junk opera Shockheadedpeter, écrit par les Tiger Lillies et scénographié par Improbable, duo magique de metteurs en scène anglais. Sur un théâtre de carton géant, les comédiens s'emparaient à corps perdu des historiettes, dans la grande tradition de la pantomime anglaise, au son d'une musique grinçante à souhait. Extraordinaire : comme si le papier devenait vivant. Admirez plutôt la petite Pauline en train de s'enflammer.


"Et bientôt son corps tout entier
Est brûlé comme du papier.
Et de Pauline, ô sort funeste !
Deux souliers, voilà ce qui reste.
Et près des cendres de l' enfant
Les chats s' asseyent en pleurant,
Avec un crêpe par derrière !
Miau ! les pauvres père et mère !
Et des ruisseaux de pleurs coulaient
De leurs gros yeux qu'ils essuyaient. "
Pour M.
mardi 8 mai 2007
Ragazzi
Voici le palmarès du prestigieux Bologna Ragazzi Award (BRAW, prix de la foire internationale du livre de jeunesse) pour 2007.
Section "fiction"
- Le grand prix revient au norvégien Stian Hole pour le texte et les illustrations de Garmanns Sommer , aux éditions Cappelen.
- mention spéciale à Shaun Tan pour The Arrival, déjà évoqué dans ces pages.
- mentions pour :
- I Promessi Sposi [ Les Fiancés de Manzoni] aux éditions Piemme, illustré par Federico Maggioni
- Un lion à Paris de notre chère Beatrice Alemagna, aux éditions Autrement.
Section "non-fiction"
- le grand prix revient à L'Encyclopédie des cancres, rebelles et autres génies, par Jean-Bernard Pouy et Serge Bloch, aux éditions Gallimard.
- des mentions sont attribuées à :
- Hör zu, es ist kein Tier so klein, das nicht von dir ein Bruder könnte sein
avec un texte d'Armin Abmeier et des illustrations de divers auteurs, aux éditions Carlsen. Notons la présence parmi eux de Michaël Sowa.
- Une cuisine tout en chocolat, avec les textes d'Alain Serres et les illustrations de Nathalie Novi, aux éditions Rue du monde.
- Gravures de bêtes, d'Olivier Besson, aux éditions Thierry Magnier, qui mêle magnifiquement diverses techniques de gravure.



mardi 1 mai 2007
Pou-de-soie
Dans The Tailor of Gloucester (1903), Beatrix Potter atteint peut-être l'un des sommets de son art. C'est du reste son favori parmi la série de ses petits livres. Les gilets sont inspirés des modèles conservés au Victoria and Albert Museum, où elle a passé des journées à les étudier (merci à Laura d'avoir attiré mon attention sur ce point).


In the time of swords and periwigs and full-skirted coats with flowered lappets
--when gentlemen wore ruffles, and gold-laced waistcoats of paduasoy and taffeta--
there lived a tailor in Gloucester.










