jeudi 19 mars 2009
Jardin anglais


The Langage of Flowers, Magic Bloom, Roses in The Garden, In The Countryside, The Book of Wild Flowers, Butterflies : des volumes aux couleurs tendres et couvertures fanées d'une bibliothèque de maison de campagne anglaise ?
Mais voici qu'une petite dame apparaît : fée ou Alice égarée au pays des merveilles ?
Elle est bientôt suivie d'une myriade de jeunes filles botticelliennes, de soies vaporeuses vêtues.
Puis elle reste seule, seule parmi les livres. Un papillon blanc vient voleter au dessus de sa tête. Et tout se met en mouvement : la nature contenue dans les livres s'anime, les feuilles et les fleurs se déplient comme dans un pop-up book victorien géant.
Tout cela n'est pas un rêve mais la mise en scène inventée par Antonio Marras pour la présentation de la collection Kenzo printemps-été 2009 en octobre dernier.
Découvrez cette féerie ici (sélectionnez "Femme Printemps Eté", puis "défilé")



Inspiré par Su Blackwell ?
D'autres exemples de l'inventivité scénographique d'Antonio Marras sur son site personnel et là.
Réalisation du film d'animation par evostruct studio
lundi 9 février 2009
Vol 295 pour Johannesburg

Quelque vingt ans après, d'une tragédie personnelle, Lyndi Sales a fait une œuvre polyphonique et poétique d'une grande puissance construite autour de la catastrophe aérienne du Helderberg : parti de Taïwan avec 140 passagers, dont son père, et 19 membres d'équipage, le vol 295 de la South African Airlines s'abîma au fond de l'océan Indien, non loin de Maurice, le 27 novembre 1987, dans des circonstances hautement controversées (selon certaines hypothèses, l'avion transportait des matières inflammables, en toute illégalité, compte tenu des sanctions internationales anti-apartheid). Aucun corps ne fut retrouvé.
Autour d'un matériau, le papier, et d'une technique de prédilection, le découpage et le collage, elle a construit des variations subtiles dans la répétition, qui déplacent le point de vue dans une discontinuité voulue.
C'est d'abord sous le signe du hasard, du destin, de la probabilité que Lyndi Salles a voulu placer son œuvre, établissant un parallèle entre les chances au jeu d'argent, les techniques de voyance et les risques de mort. D'où l'utilisation de deux corpus de papiers : l'un ramenant à la catastrophe elle-même ( coupures de presse, cartes géographiques, consignes de sécurité, cartes d'embarquement), l'autre au jeu ( billets de loterie, cartes à jouer, billets de banque).

Tous ces papiers ou presque, passés au découpage laser, sont nervurés, voire légèrement brûlés, comme soumis à une corrosion ultime. La métaphore du réseau est omniprésente et résonne d'accents lugubres.
Vaisseaux sanguins et capillaires pulmonaires des cadavres font douloureusement écho aux algues et coraux.

Ailleurs, les cartes d'embarquement ciselées dessinent les routes aériennes comme autant de chemins de vie entre un point de départ, la naissance, et un point d'arrivée, la mort.


Seules deux œuvres, peut-être les plus réussies, sont exemptes de nervures.
La première est un assemblage de 159 cerfs-volants (un pour chaque mort), recouverts d'images pieuses et votives variant au gré des origines des passagers, retenus par des ficelles rouges. C'est une référence directe à la tradition chinoise selon laquelle le chagrin de la personne endeuillée peut s'envoler dans le ciel pour laisser place à d'heureuses pensées.


La seconde, d'apparence très naïve, est une série de découpages colorés recréant des fonds sous-marins comme s'ils avaient été vus de l'intérieur de l'avion, à travers un hublot. Une manière pour Lyndi Sales de susciter l'image de son père vivant en même temps que de lui construire un tombeau ?


Photos issues du site de la Bell-Roberts Gallery
et de la Galerie Maria Lund
où les œuvres de Lyndi Salles sont exposées jusqu'au 8 mars
48 rue de Turenne, Paris IV
jeudi 16 octobre 2008
Suif et dentelles
Le petit ramoneur, court-métrage d'animation de 1935 de Lotte Reiniger
dimanche 12 octobre 2008
Je préfère des roses sur ma table à des diamants autour du cou

"I’d rather have roses on my table than diamonds on my neck" : c'était le nom de la collection que la jeune Alithia Spuri-Zampetti a présentée pour son diplôme de fin d'année à la Central Saint Martins College of Arts and Design et qui lui a valu de remporter le prix de son école ainsi que le Maria Luisa Award en mai dernier.
Ses créations sont une très subtile déconstruction des kimonos furoside , comme elle l'explique dans une interview pour lo spremi agrumi. Elle a d'abord dissocié leurs deux principes structurants : une alternance entre le plein et le vide, avec une opposition entre une majeure partie monochrome et une concentration de fleurs à la distribution irrégulière sur une petite partie. Puis a procédé par collage. Pour la partie pleine, elle s'est servie de mousse pour élaborer de très grands découpages de motifs floraux stylisés, à la manière des pochoirs japonais, les katagami. Pour le vide monochrome, elle s'est inspirée de silhouettes des années cinquante : robes crayons, drapés, manches bouffantes, coupe dans le biais. En sont nées des robes spectaculaires, dont cette mémorable robe vase.


Une découverte faite grâce au Monde 2 de ce weed-end consacrée à la mode italienne où l'on peut lire par ailleurs un article très drôle de Sandro Veronesi, "La cuisine des illusions", sur la disparition du paysage gastronomique italien de la cuisine copieuse, toxique et bon marché des rosticcerie, autrement dit des "grosses demi-portions assaisonnées au crachat de serveur", au profit d'une cuisine rachitique et chère.
lundi 22 septembre 2008
Mutilation

Kitakyushu Municipal Museum
En 1869, Degas peint le portrait de son ami Manet et de sa femme Suzanne au piano. Le tableau fini, Manet ne décolère pas : selon lui, Degas a déformé sciemment le visage de son épouse. Il déchire un tiers de la toile et fait disparaître ses traits, ses mains, ses bras, ses jambes. Quand Degas, invité chez eux, découvre cet acte de vandalisme, il reprend son tableau sous le bras sans même dire au revoir. Rentré chez lui, il applique un nouveau morceau de toile afin de refaire le portrait de Suzanne. Un projet qu'il ne mena jamais à bien.
L'ironie veut que quelque trente ans plus tard, Léon Leenhoff, le fils de Suzanne, mit en pièces L'éxécution de Maximilien afin de mieux vendre la toile de son beau-père. Degas, en véritable Isis, décida alors d'en rassembler les fragments pour reconstituer l'œuvre de celui qui fut son ami.
Voir l'article de Jeffrey Meyers, "Degas and Manet : A Study in Friendship"
Apollo, février 2005
jeudi 5 juin 2008
Quelque chose d'organique

Self- Destructive Tendencies, 2007

Dream Sequences, 2003
Aux dires mêmes de Hope Kroll, de son scalpel et de ses ciseaux naissent des mondes de cauchemar inspirés de Bosch, Bruegel, Henry Darger, Joseph Cornell et Terry Gilliam. Dans cette vidéo, on la voit manipuler, à une épaisseur de cheveu près, les matériaux de son imaginaire.

Defending Cells, 2006
via le lumineux studioblog de Jen Bradford
mardi 16 janvier 2007
Katagami
Sur les conseils de Rivière des parfums, je suis allée à la Maison de la culture du Japon pour voir l'exposition Katagami, l'art du pochoir japonais et son influence sur le japonisme. Ces pochoirs de papier de mûrier sont utilisés depuis le XIIIe siècle pour la teinture des textiles, principalement du coton : kimonos féminins, tenues de samouraïs, costumes de Nô, costumes traditionnels d'Okinawa. Leur confection réclame une extrême minutie, qui paraît presque surhumaine. Ajourés à l'aide d'un poinçon, d'un emporte pièce ou d'un canif, les motifs , d'un très grand raffinement en même temps que d'une grande stabilité qui empêche souvent leur datation précise, se répartissent en deux grands types : chugâta (moyens) ou komon (répétition de minuscules figures géométriques aux noms souvent très poétiques, tels "ailes de grue").
Banals outils de la production textile, ils passent à la fin du XIXe siècle au rang d'oeuvres d'art, par l'appropriation qu'en font les créateurs européens, dans la mouvance tardive du japonisme, au moment même où l'industrie japonaise, en pleine mutation, commence à s'en désintéresser. L'exposition se propose de mettre au jour les différentes médiations qui ont conduit à en faire des sources d'inspiration à Vienne, Bruxelles, Paris ou Londres. Elles sont parfois très bien établies : ainsi l'architecte Josef Hoffmann, des Wiener Werkstätte, utilisait-il pour ses cours à l'Ecole d'arts appliqués des pochoirs empruntés à la riche collection du Museum für angewandte Kunst ; Henry van de Velde, quant à lui, dans sa maison bruxelloise, en avait plusieurs en sa possession. Mais elles sont plus ténues s'agissant de la France et des Arts and Crafts anglais. Toujours est-il que les diverses oeuvres présentées (bijoux, meubles, reliures, tissus, tableaux, gravures, vêtements, vases, céramiques ) percent toutes la pénombre des lieux d'un éclat particulier.


Katagami prunier et pin
Bingata, textile teint au pochoir dans la région d'Okinawa
Suntory Museum of Art
Koloman Moser. Frau Nolda. Victoria and Albert Museum
Dessin de Josef Hoffmann
Une couverture de l'américain William Bradley
William Morris, tissu aux iris
Peigne de Lalique
Musée des arts décoratifs, Paris
Felix Valloton : La paresse
Le mensonge
Chaise d'Emile Gallé
Musée des arts décoratifs, Paris
vendredi 17 novembre 2006
Papillons tentant d'échapper à leur ombre
Peter Callesen s'émerveille encore du processus magique qui préside à la transformation d'une surface à deux dimensions en une forme en trois dimensions. Jeune artiste danois, naviguant entre son pays natal et l'Angleterre, il joue avec un humour raffiné de l'art du découpage en laissant coexister le plan et le relief. Il introduit ainsi une forte dimension temporelle dans ses oeuvres, qui, selon ses mots, sont comme "collées à leur origine". Le titre de l'une d'elles résume d'ailleurs à merveille sa démarche : " Papillons tentant d'échapper à leur ombre".





lundi 13 novembre 2006
Reine des neiges
Le néerlandais Tord Boontje vient de créer pour la Crystal Gallery Swarovski à Innsbruck une vitrine de Noël "Winterwonderland".
vendredi 10 novembre 2006
Hotte allemande
Tous les vendredis de novembre, je contribuerai à remplir les entrepôts du Père Noël de nouveaux jouets et objets.
Aujourd'hui, quelques petites choses d'Allemagne, auxquelles viendront peut-être s'ajouter d'autres plus tard.
Des livres illustrés par Fritz Baumgarten



Des lutins Nanchen dans la tradition du mouvement Waldorf,
entièrement faits à la main par un couple germano-japonais. 
Des cartes de Silke Leffler

Des objets en feutrine de l'atelier verflizt und zugenäht.


Figurines de la Erzgerbirge Wendt und Kuhn
photos issues du livre de contes en photos d'Else Seifert Alle Dinge haben Sprache. 1930
Une scherenschnitte de Karin Dickel-Jonasch


















