mardi 15 septembre 2009
Essais

Essais menés en 1773 par Josiah Wedgwood pour la mise au point d'une nouveau type de céramique, le jasper ware, le jaspe, grès fin coloré très dur, fruit de ses expérimentations incessantes mêlant géologie et chimie, entre deux réunions de nuit de pleine de lune avec ses amis de la Lunar Society.

via design sponge
mardi 30 juin 2009
Chagrins et nerfs





En 2006, la photographe Veronica Bailey a été invitée à explorer la bibliothèque rassemblée au milieu du XIXe siècle par la richissime héritière et philanthrope Angela Burdett-Coutts pour parfaire l'éducation du personnel de Coutts & Co, l'une des plus anciennes banques londoniennes.
De ces heures de lecture et de manipulation sont issues deux magnifiques séries de grands formats : Hours of Devotion, portraits individuels entrant dans l'intimité des pages feuilletées par des centaines et des centaines de mains, et Shelf Life, où les volumes "anonymisés" (les titres ont été effacés digitalement) sont réduits à une alternance de bandes de couleurs, hommage aux Cantos de Barnett Newman , afin de mieux révéler les marques de l'usure et de l'usage.

via Indigoalison
mardi 19 mai 2009
Blitz


Quiconque marche quelque temps dans l'Est de Londres peut ressentir dans les discontinuités et les trous du tissu urbain les traces des bombardements allemands. En cherchant une carte des dégâts causés par le Blitz, j'imaginais trouver de vastes zones blanches comme autant de morceaux arrachés à la ville, "rayés de la carte", comme on dit. En découvrant les Bomb damage maps éditées par le London County Council juste après la guerre, j'ai été naïvement étonnée de constater que les destructions étaient représentées non par impact mais maison par maison, par un dégradé subtil de couleurs, allant du noir pour la destruction totale au vert clair pour les démolitions légères, selon un procédé en tous points semblable aux fameuses cartes de la pauvreté établies par Charles Booth, un demi-siècle plus tôt.
Ces cartes figurent non pas le vide, le néant, malgré le paysage de désolation de la ville, mais des creux à remplir : non la destruction mais la reconstruction en marche. Quelle nation prendrait le risque de se représenter détruite ? La destruction, ce sont ceux qui l'infligent qui la représentent.
Détail de la carte des destructions à Whitechapel
photo de William Vandivert pour Life, septembre 1940
mardi 3 mars 2009
Couleurs en poudre



Les pastels Roché, les pastels de Degas

samedi 31 janvier 2009
Archéologie du futur
"Archéologie du futur", c'est le titre qu'a choisi Li Edelkoort pour présenter à l'Institut néerlandais vingt années de travail, vingt années où elle a contribué à structurer l'activité de chasseuse de tendances, en quête des indices du futur dans le présent. L'ancienne étudiante des beaux-arts d'Arnhem est devenue une redoutable femme d'affaires, ayant transformé son flair et son goût très sûr en empire au service de l'industrie et des services, à travers la vente de cahiers de tendances, de consultations, d'expertises, de conférences et de séminaires mais aussi de revues aussi splendides que ruineuses comme Bloom ou View on Colour.


Cahier de tendances d'Imke Klee , collaboratrice de Trendunion
Bien sûr, il ne faut pas espérer avoir des précisions sur ses méthodes de travail. L'exposition est construite autour de douze thèmes (flore/ faune, rural/ urbain, âme/ corps, local/global, tribal, narration, alchimie, armure, amour, rose , robe, teddy bear mania) représentatifs des tendances lourdes des deux décennies passées, accompagnés de textes d'un tel niveau de généralité qu'ils tournent parfois à la prophétie pompeuse.

Des analyses élaborées dans le secret de son studio parisien, boulevard saint jacques, on ne saura rien. Les interviews et les textes de Li Edelkoort laissent deviner une observation fine du quotidien alliée à un décorticage conceptuel poussé. Le postulat de départ est que des domaines que nous avons tendance à considérer comme séparés doivent être pensés comme étant au contraire fortement intégrés : architecture, nouvelles technologies, urbanisme, mode, tourisme, alimentation, décoration, loisirs. Ainsi lui est-il possible de bâtir des prévisions autour des notions d'encapuchonnement (hooded) ou de sans fil (unplugged).
Dans de petites pièces ou de plus grands espaces, sont mis en scène pièces de design (avec une prédilection pour les créateurs hollandais, cela va sans dire), vêtements, livres, photographies, objets de la vie quotidienne, sculptures tels ces superbes pains, hommage de Marcia Nolte à la Venus de Willendorf ,ou les tapis aux motifs surdimensionnés de la facétieuse Kiki van Eijk.

Mais l'aspect le plus fascinant de son travail réside sans doute dans ses vidéos de présentation des tendances, diffusées sur de discrets écrans. Deux images mises côte à côte défilent sur fond musical : le regard est aimanté. Entourée des meilleurs photographes et des meilleurs graphistes, comme Anthon Beeke, elle a su, semble-t-il, tirer l'essentiel de sa force de la mise en scène de l'image.

Une double page de la revue Bloom. Photo : Philippe Munda / stylisme : Nelson Sepulveda
Romain Lienhardt. Bloom #12
jusqu'au 8 mars, à l'Institut néerlandais, 121 rue de Lille, Paris VIIe
pendant la durée de l'exposition, les numéros de Bloom anciens et nouveaux sont vendus pour la modique somme de 35 euros au lieu de 75 !
lundi 26 janvier 2009
Paris en ballon


Difficile de résister à l'envie de s'arrêter sur chaque plan du Ballon Rouge : Albert Lamorisse fait éclater les couleurs du Paris des années cinquante sur fond de grisaille bleutée, des recoins labyrinthiques de Menilmontant aux larges carrefours haussmanniens. Cinquante ans après sa consécration au Festival de Cannes, le film, de gentille histoire d' amitié entre un petit garçon et un ballon de baudruche, s' est presque mué en documentaire historico-esthétique sur la capitale. Forme des plaques de rue, allure des passants, étals des boutiques, serpillières des caniveaux, alignement des rues, noms des commerces, affiches, murs lépreux, couleurs des immeubles, tout semble faire partie d'une ville désormais engloutie, étonnamment proche des photos en couleur prises à la même époque par Ihei Kimura. Etait-ce déjà un Paris désuet, dont les habitants pressentaient l'imminente disparition ? Un Paris qui avait moins changé en cent ans qu'il ne changerait en deux décennies.






Pour une confrontation saisissante entre le Paris d'avant et d'après les rénovations de Malraux et l'urbanisme pompidolien,
voir la galerie où Piet Schreuders retrace ses promenades sur les pas du garçonnet en 1988 et 1998
Se souvenir que Perec passa et repassa dans ce même quartier pour son projet commun avec Robert Bober,
En remontant la rue Vilin,sur les lieux de son enfance
mercredi 7 janvier 2009
bleu hivernal tendre et cravates américaines

"Voilà par exemple un film en Cinémascope et Technicolor qui développe une véritable phobie de l’espace et de la polychromie. Sans cesse des panneaux coulissants rétrécissent le cadre et la couleur est interrompue par des filtres qui imposent une série de dominantes : rouge, doré, bleu… Truffaut l’avait vu parce que cela crève les yeux : l’histoire «vraie» de Lola Montès, aventurière qui finira sa vie en racontant son destin «fabuleux» dans un cirque américain, est constamment empêchée. Par des tulles, des voiles, des mousselines, des dentelles, des paravents, des grilles et même, plan suprême dans la roulotte-mobil home de Lola, par le tuyau d’un poêle qui tranche l’image en deux. C’est une scène sidérante où pendant le long dialogue entre Lola et un de ses amants, le visage de l’actrice (Martine Carol) est littéralement barré. De même pour les dialogues parasités par d’autres paroles, d’autres sons et bruits, au point qu’ils sont parfois inaudibles. Ophuls, à cet égard, faisait phosphorer la stéréophonie alors naissante, lui donnant un quasi-relief en 3D. A l’horizon de son projet, Lola Montès pourrait être un film tourné derrière un mur, un film qui se contenterait de deviner l’action et de tendre l’oreille à sa rumeur. Comme Bresson qui voulait filmer le déluge biblique du point de vue des empreintes laissées dans la boue par les animaux de l’Arche."
Extrait du bel article de Gérard Lefort , "Lola de l'au-delà" ( Libération, 3 décembre 2008 ) paru à l'occasion de la sortie en salle de la version restaurée de Lola Montès, éblouissement de tous les instants.

Encore dans quelques salles à Paris et en province
Indications chromatiques du scénario de Max Ophuls
jeudi 20 novembre 2008
Une table

Cette savante composition a servi en 1869 à Charles Cros de test pour son procédé de tirage en trichromie, superposition de trois matrices jaune, bleue et rouge. Par une extraordinaire coïncidence, un autre homme dont il ignorait l'existence, Ducos du Hauron, mit au point un procédé en tous points identique en ces mêmes années. Les deux inventeurs présentèrent le même jour, le 7 mai 1869, le résultat de leurs recherches parallèles à la Société française de photographie.
"Sans nous connaître et à deux cents lieues de distance l'un de l'autre,
une même inspiration nous est venue à peu près à la même heure", écrivait Charles Cros à son confrère.
Un joyau de la collection Marie Thérèse et André Jammes
présenté lors de la vente organisée par Sotheby's à Paris, le 15 novembre dernier
lundi 17 novembre 2008
Couleurs empoisonnées

"Cette indication de passer la langue sur une tablette de couleur , comme l'habitude qu'ont plusieurs aquarellistes de modifier la forme et la quantité de couleur de leur pinceau avec la bouche, soulève bien souvent la question de savoir si l'on ne court pas le risque de s'empoisonner en agissant ainsi.
Nous y répondrons que nous ne connaissons que deux couleurs capables, l'une de tuer, l'autre de purger : le vert Véronèse (Emerald Green) composé de cuivre, éminemment toxique, et la gomme gutte (Cambodge)".
Jean-Joseph Bonaventure Laurens, Instructions sur le procédé de peinture appelé aquarelle. Paris, Deslosges, 1861.

Boîtes d'aquarelle
en vente chez Green & Stone of Chelsea
une adresse de Feltbug
lundi 3 novembre 2008
La couleur en négatif
Le musée du quai Branly a choisi pour thème de sa première grande exposition consacrée aux textiles, intitulée Chemins de couleurs, la teinture à réserve par ligature (tie and dye). Choix judicieux s'il en est, car cette technique, à laquelle on ne peut assigner d'origine géographique précise, est universellement répandue et a donné lieu à une très grande variété de formes et de couleurs : du shibori du Japon à la teinture indigo de l'Afrique de l'Ouest, des motifs circulaires des nappes des Aurès algériens aux diagonales des turbans du Rajahstan .
Dans un premier temps, il s'agit de transformer un objet bidimensionnel, le tissu, en objet tridimensionnel doté d'un relief. Avec un fil et une aiguille, parfois avec un onglet, l'on préserve une petite partie du tissu de la morsure des pigments de la teinture en la cachant soit par ligature (nouage, tressage, fronçage), soit par couture.
Dans un deuxième temps, opération magique parfois laissée au soin de l'acheteur comme dans les bazars indiens, on enlève les fils, déplie le tissu : le motif apparaît en négatif, la couleur alentour se révèle.
Merci à Delphine d'avoir montré la voie vers les
Chemins de couleurs, au musée du Quai Branly,
jusqu'au 4 janvier 2009
Signalons le remarquable catalogue des objets en ligne,
avec notices très complètes et photos à agrandir


















