jeudi 22 octobre 2009
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Cheminer par monts et par vaux sur la carte de Cassini
via la Datcha de Louise
jeudi 5 mars 2009
Dîners, soupers et médianoches



Pages issues du Recueil des voyages du roi au château de Choisy, avec les logements de la cour et les menus de la table de sa majesté par Brain de Sainte Marie, condamné à orner chaque fois différemment les menus des repas de Louis XV à Choisy.

Voir aussi l'amusant site Menus d'hier
Manuscrit conservé au château de Versailles, source : RMN
lundi 16 février 2009
Une vieille robe de chambre

" Pourquoi ne l'avoir pas gardée ? Elle était faite à moi ; j'étais fait à elle. Elle moulait tous les plis de mon corps sans le gêner ; j'étais pittoresque et beau. L'autre, raide, empesée, me mannequine. Il n'y avait aucun besoin auquel sa complaisance ne se prêtât ; car l'indigence est presque toujours officieuse. Un livre était-il couvert de poussière, un de ses pans s'offrait à l'essuyer. L'encre épaissie refusait-elle de couler de ma plume, elle présentait le flanc. On y voyait tracés en longues raies noires les fréquents services qu'elle m'avait rendus. Ces longues raies annonçaient le littérateur, l'écrivain, l'homme qui travaille. A présent, j'ai l'air d'un riche fainéant ; on ne sait qui je suis.
Sous son abri, je ne redoutais ni la maladresse d'un valet, ni la mienne, ni les éclats du feu, ni la chute de l'eau. J'étais le maître absolu de ma vieille robe de chambre ; je suis devenu l'esclave de la nouvelle.
Le dragon qui surveillait la toison d'or ne fut pas plus inquiet que moi. Le souci m'enveloppe.
Le vieillard passionné qui s'est livré, pieds et poings liés, aux caprices, à la merci d'une jeune folle, dit depuis le matin jusqu'au soir : Où est ma bonne, ma vieille gouvernante ? Quel démon m'obsédait le jour que je la chassai pour celle-ci ! Puis il pleure, il soupire.
Je ne pleure pas, je ne soupire pas ; mais à chaque instant je dis : Maudit soit celui qui inventa l'art de donner du prix à l'étoffe commune en la teignant en écarlate ! Maudit soit le précieux vêtement que je révère ! Où est mon ancien, mon humble, mon commode lambeau de calemande ?
Mes amis, gardez vos vieux amis. Mes amis, craignez l'atteinte de la richesse. Que mon exemple vous instruise. La pauvreté a ses franchises ; l'opulence à sa gêne.
O Diogène ! si tu voyais ton disciple sous le fastueux manteau d'Aristippe, comme tu rirais ! O Aristippe, ce manteau fastueux fut payé par bien des bassesses. Quelle comparaison de ta vie molle, rampante, efféminée, et de la vie libre et ferme du cynique déguenillé ! J'ai quitté le tonneau où je régnais, pour servir sous un tyran.
Ce n'est pas tout, mon ami. Écoutez les ravages du luxe, les suites d'un luxe conséquent.
Ma vieille robe de chambre était une avec les autres guenilles qui m'environnaient. Une chaise de paille, une table de bois, une tapisserie de Bergame, une planche de sapin qui soutenait quelques livres, quelques estampes enfumées, sans bordure, clouées par les angles sur cette tapisserie ; entre ces estampes trois ou quatre plâtres suspendus formaient avec ma vieille robe de chambre l'indigence la plus harmonieuse.
Tout est désaccordé. Plus d'ensemble, plus d'unité, plus de beauté."
Extrait des Regrets sur ma vieille robe de chambre ou avis à ceux qui ont plus de goût que de fortune
de Diderot (1772)
PL. XIV du volume 38 de l'Encyclopédie, "Arts de l'habillement"
vendredi 25 janvier 2008
Un album de M. de Saint-Aubin
[Assemblage de fantaisie ne correspondant pas à l'ordre du carnet]
Quelques pages du fascinant carnet d'esquisses de Gabriel de Saint-Aubin (1724-1780) que je laisserai aux frères Goncourt le soin de croquer, dans leur langue profuse et charmeresse.
Le carnet sera présenté dans son intégralité, mercredi 13 février, à 12h30, à l'auditorium du Louvre par Christophe Leribault, commissaire de l'exposition qui s'y tiendra du 28 fevrier au 26 mai.
jeudi 29 novembre 2007
Dessous


photos G. Blot
Bergère en cabriolet estampillée Georges Jacob et
chaise à entretoise est. JB. Boulard portant la marque au fer de Versailles
lundi 30 avril 2007
Jardin d'amour
Déception au musée du quai Branly devant Jardin d'amour, l'installation de Yinka Shonibare. Nous l'imaginions, certes naïvement, en plein air : elle est plongée dans un clair-obscur aux néons au rez-de-chaussée du musée. D'interminables haies de plastique, ne formant pas même un labyrinthe, mènent à trois petits groupes, inspirés de la série Les progrès de l'amour de Fragonard. Le wax est toujours là, dans sa splendeur, avec ses effets de motifs et ses alliances de couleurs virtuoses mais cela a beau être une création, Shonibare semble se répéter, jusqu'aux explications qu'il donne dans le mince catalogue à propos de l'utilisation des tissus. Il indique également que, référence au sort de l'aristocratie sous la Révolution, les têtes ont été ôtées ( mais c'est le cas de la plupart de ses oeuvres précédentes ) pour suggérer de manière "plus subtile" (sic) que derrière les bonnes choses du jardin, " il y a un problème". Il s'agit pour lui d'amener le public à réfléchir afin de lui "faire comprendre qu'il y a toujours un prix à payer pour le plaisir" et de l'inciter à cesser de "jouer de la lyre pendant que Rome brûle". Au cas où vous n'auriez pas compris : passez vite les grilles du jardin et foncez voir les masques de Nouvelle-Irlande.
Fragonard. Le couronnement de l'amour. Frick Collection, New York.
mardi 27 février 2007
Papillonneries humaines
Quelques planches issues de l'Essai de papillonneries humaines (1756) de Charles Germain de Saint Aubin auquel Patrick Mauriès a consacré un opuscule au sein de sa délicieuse collection Le Cabinet des Lettrés.






La table de toilette
Charles Germain de Saint Aubin. La Toilette. c. 1756. National Gallery of Art. Washington.
La toilette est d'abord un morceau d'étoffe, "qu'on étend sur la table pour s'habiller le matin et se déshabiller le soir" , indique Furetière, dans son Dictionnaire universel (1690) : "Le quarré où sont les fards, pommades, essences, mouches, etc, la pelote où l'on met les épingles dessus et les pierreries dedans, la boîte à poudre, les vergettes , etc, sont des parties de la toilette". Mais bientôt, la toilette va désigner le "tout ensemble" : mobilier, coffre, miroir, accessoires. Au XVIIIe siècle, faire sa toilette n'est pas seulement un moment intime et secret, car aux soins hygiéniques et aux menues réparations, à huis clos, succède une seconde toilette, mondaine celle-là, ouverte aux visiteurs, masculins comme féminins. Elle est fortement théâtralisée, enchâssée dans des codes de civilité où se mêlent sphère publique et sphère privée, scène d'intenses échanges entre les sexes.
La table de toilette est le lieu symbolique où convergent ces deux rituels successifs. Un miroir en son centre, drapé de mousseline, entouré de flacons de senteurs, de pots à fards, de boîtes à racines pour se frotter les dents, de boîtes à peigne ou à brosse, de boîtes à poudres, à mouches, de coffres à bijoux, de pelotes d'épingles. "Eaux, poudres, fards, pâtes, mouches, odeurs, vermillons, rubans, tresses, aigrettes, perles, diamants, colliers, boucles d'oreille, bracelets, fleurs : quel attirail !" s'écrie L.A. de Caracciolli dans sa Critique des dames et des messieurs à leur toilette (1771). Selon le même marquis "on peut dire qu'une toilette est une résurrection qui ranime les squelettes, qui embellit les cadavres, et qui leur donne un éclat surprenant : des dents y naissent, des yeux morts s'y réveillent, des haleines y prennent des odeurs de tubéreuse et de jasmin, des cheveux s'y colorent, des sourcils s'y noircissent, des fronts s'y dérident, des peaux s'y blanchissent". Le vrai visage est interdit, "une femme serait perdue si on la surprenait le matin avec le visage avec lequel elle s'est levée".
Une fois "remontée", elle peut recevoir son public et inventer toute une gestuelle autour de sa table en un spectacle savamment orchestré. Mais "le rôle d'une jolie femme est beaucoup plus grave qu'on ne le pense. Il n'y a rien de plus sérieux que ce qui se passe le matin à sa toilette. Un général d'armée n'emploie pas plus d'attention à placer sa droite ou son corps de réserve qu'elle n'en met à poster une mouche, dont elle espère ou prévoit le succès" raille Montesquieu dans ses Lettres persanes. Il s'agit de s'exposer tout en se dérobant, comme le veut l'essence de la coquetterie et du badinage. Se mélangent alors frivolité et pouvoir, futile et esprit de sérieux en une alchimie qui disparaîtra avec la privatisation de la toilette.
François Boucher. La toilette. 1752
Lafrensen
Van Loo


Détail du Mariage à la mode de Hogarth
voir Caroline Jacot-Grapa. La toilette au XVIIIe siècle : rituel et thématisation in Les espaces de la civilité
sous la direction d'Alain Montandon. Editions interuniversitaires, 1995.
Grains de beauté
Plus que quelques jours avant de pouvoir ouvrir Grains de beautés et autres minuties d'un collectionneur de mouches de Frédéric Clément.
Le 2 mars, nous aurons entre les mains de quoi colorer nos joues d'un joli "rose cuisse-de-nymphe".

Pour en avoir un avant-goût :
" En cet an de grâce 1764, la marquise Adélaïde des Ailleurs, jeune veuve moyennement éplorée, a mandé en son château de Chamarande le peintre miniaturiste itinérant, Zérène, célèbre pour ses minuscules portraits sur ivoire, afin qu’il mette au service de sa noble lignée l’art réputé qui est le sien. Le peintre s’éprend de la marquise, laquelle ne succombera, déclare-t-elle, à ses ardeurs que s’il lui rapporte, de l’Orient lointain qui la fascine tant, des trésors en forme de traces, de grains de beautés, aussi impondérables qu’indubitables preuves de ces secrets d’amour qui se murmurent derrière les paravents, entre deux soupirs d’éventails…– le tout devant entrer dans cette boîte à mouches, précise, en la lui remettant, la Marquise.…
Zérène accepte le défi et cingle vers les pays du
Soleil levant… A bord de la jonque du mystérieux capitaine Tuan, la
quête alors commence …
Minuscule cabinet de curiosités d’une
délicate sensualité, d’un érotisme piquant qui se pare de sulfureuses
féeries, fantasque voyage en une mer de Chine baroque, auquel sont
promis deux retours...
Grains de beautés est
aussi le récit d’une métamorphose merveilleuse : celle où le trait du
peintre se fait écriture, le mot dessin et la phrase couleur"
jeudi 7 décembre 2006
Tables princières
Au château de Chantilly se tient jusqu'au 8 janvier une exposition consacrée aux tables princières. Dans la galerie de Psyché, sont évoqués, à travers diverses tables dressées, les arts de la table depuis le XVIIe siècle – avec l’épisode demeuré fameux du suicide de Vatel, intendant du prince de Condé, qui se poignarda plutôt que de souffrir l'affront d'une marée trop peu abondante pour le souper du roi –, le service à la française, la naissance de la gastronomie française, l’apparition du champagne et les réceptions d’hôtes célèbres au XVIIIe siècle.
On peut y voir, après restauration, le Déjeuner d'huîtres de Jean-François de Troy, commandé en 1735 par Louis XV pour la salle à manger de ses petits appartements à Versailles, pièce relativement nouvelle après des siècles où les tables n'étaient que des plateaux posés sur des tréteaux amovibles. Un œil attentif y discernera un bouchon de champagne en train de sauter sous l'oeil étonné des convives masculins dans cette mise en scène où l'on sent que la pesanteur de l'étiquette de cour a laissé place à la légèreté, en ce siècle travaillé par les tensions de l'intimité.
Louis XV acquit Choisy en 1739 et chargea Gabriel de construire vers 1756 le Petit-Château, un pavillon à l'écart du bâtiment principal, pour y retrouver Mme de Pompadour. Il commanda à l'ingénieur Guérin une table volante de forme ronde, à plateau amovible, prévue pour douze convives. Par un ingénieux système de poulies et de ressorts, entre chaque service, elle s'enfonçait dans le sol. Dans la pièce en dessous, les domestiques s'empressaient d'en faire disparaître les reliefs, changeaient les bougies, tandis que les queux déposaient les plats et assiettes du service suivant. "Par ce moyen, les convives sont débarrassés de la présence de la foule des domestiques qui n'apportent que la gêne et la contrainte". Dans un cadre plus intime encore, les libertins s'entouraient pour leurs soupers fins de '"serviteurs muets" et de "tables servantes" qui renfermaient quelques couverts, serviettes ou assiettes supplémentaires, aux côtés de rafraîchissoirs où étaient placés boissons et verres.
La domesticité est éloignée, chacun se place autour de la table selon ses affinités, le festin peut commencer, agrémenté ou non de mouches cantharides.
Menu du souper de Louis XV, le 17 août 1757 au château de Choisy
| PREMIER SERVICE 2 Oilles : une au coulis de lentilles, une à la paysanne. 2 potages : un aux laitues, une chiffonnade 8 Hors d'oeuvre : Une galantine d'oseille, d'haricots à la bretonne, d'harengs servis à la moutarde, de maquereaux à la maître d'hôtel, une omelette aux croûtons, de morue à la crème, d'harengs frais à la moutarde, de petits pâtés. |
DEUXIEME SERVICE 4 Grandes entrées : un brochet à la polonaise, une hure de saumon au four, une carpe au court bouillon, une truite à la Chambord 4 Moyennes : de soles aux fines herbes, de truites grillées sauce hachée, de perche à la hollandaise, de perches au blanc, de lotte à l'allemande, de raie au beurre noir, de saumon grillé, |
| TROISIEME SERVICE 8 plats de Rost : de soles, de filets de brochets frits, de limandes frites, de lottes frites, de truites, de carrelets au blanc, une queue de saumon, de soles. 4 salades |
QUATRIEME SERVICE : 8 entremets chauds : de choux fleurs au parmesan, de pain aux champignons, de rotties aux anchois, un ragoût mêlé, d'artichauts frits, d'haricots verts, de choux- raves, d'épinards. 4 froids : un buisson d'écrevisses, un gâteau à la Bavière, un poupelin, une brioche |

Le Souper Fin, gravure, 1781
Jean-Michel Moreau le Jeune,
The Metropolitan Museum of Art, New York




















