samedi 21 février 2009
Immeuble parisien : profondeur


"Ma femme ne m'attend pas. Va-t-elle être contente ? "
Mises en scène parues dans le numéro de décembre 1830 et janvier 1831 de l'hebdmodaire satirique La Caricature de Charles Philipon, plus connu pour les caricatures de Louis-Philippe en forme de poire par Daumier.


Cinquième étage : ménage parisien
(illustration de Menut)
Division des arts graphiques de l'université de Princeton
mardi 26 juin 2007
Empreintes



Victor Hugo commença de faire des empreintes de dentelles en 1855 et poursuivit son expérimentation jusqu'à l'été 1856, à Hauteville House, à Guernesey. Il semble qu'il ait utilisé un même fragment prélevé sur le voile de mariée de Léopoldine, morte tragiquement en 1843.

"Empreintes de doigts, frottage, silhouettes, « fumage », « gribouillage », test de Rorschach avant la lettre, taches d'encre retravaillées, retouchées, pliures démultipliées du papier, tout lui est bon. De ces recherches, Léon Daudet, en 1896, nous fait le récit : « Il possédait une méthode de travail unique, invraisemblable, et où chacun peut trouver un enseignement. Il projetait sur une feuille de papier, du vin, de l'encre, du jus de pruneau, quelquefois du sang, quand il se piquait une veine. Ensuite, il considérait longtemps le contour de ces éclaboussures, et comme il n'est aucun chaos que le regard n'humanise, il découvrait des châteaux forts et des fontaines, des lions combattant, des hydres, des forêts fantastiques, toute une architecture de rêve puissamment ombrée et éclairée. » Léon Daudet conclut : « L'épouvante est son domaine. »" Pierre Rosenberg, "Victor Hugo dessinateur", discours à l'Académie française, 28 février 2002.

Via Topinambours
et sa délicieuse collection de choses françaises
mardi 19 juin 2007
Calendrier magique

Calendrier magique pour l'année 1896 écrit par Austin de Croze (plus connu pour son œuvre gastronomique) et illustré par Manuel Orazi, grand affichiste. Un chef d'œuvre de l'occultisme tiré au nombre hautement symbolique de 777 exemplaires, dont les vénéneuses mises en page forcent l'admiration.
Vous trouverez bien d'autres enivrantes potions chez Musecrack
mercredi 23 mai 2007
Ponceau

"Ponceau" fait partie de ces mots que l'on croit connaître et qu'on ne prend jamais la peine de chercher dans le dictionnaire. J'aurais juré qu'il désignait une couleur entre le taupe et le vieux rose. Il n'en est rien. Je vous laisse lire ce texte et deviner à quelle nuance il correspond.
"La moitié du boudoir où se trouvait Henri décrivait une ligne circulaire mollement gracieuse, qui s'opposait à l'autre partie parfaitement carrée, au milieu de laquelle brillait une cheminée en marbre blanc et or. Il était entré par une porte latérale que cachait une riche portière en tapisserie, et qui faisait face à une fenêtre. Le fer-à-cheval était orné d'un véritable divan turc, c'est-à-dire un matelas posé par terre, mais un matelas large comme un lit, un divan de cinquante pieds de tour, en cachemire blanc, relevé par des bouffettes en soie noire et ponceau, disposées en losanges. Le dossier de cet immense lit s'élevait de plusieurs pouces au-dessus des nombreux coussins qui l'enrichissaient encore par le goût de leurs agréments. Ce boudoir était tendu d'une étoffe rouge, sur laquelle était posée une mousseline des Indes cannelée comme l'est une colonne corinthienne, par des tuyaux alternativement creux et ronds, arrêtés en haut et en bas dans une bande d'étoffe couleur ponceau sur laquelle étaient dessinées des arabesques noires. Sous la mousseline, le ponceau devenait rose, couleur amoureuse que répétaient les rideaux de la fenêtre qui étaient en mousseline des Indes doublée de taffetas rose, et ornés de franges ponceau mélangé de noir. Six bras en vermeil, supportant chacun deux bougies, étaient attachés sur la tenture à d'égales distances pour éclairer le divan. Le plafond, au milieu duquel pendait un lustre en vermeil mat, étincelait de blancheur, et la corniche était dorée. Le tapis ressemblait à un châle d'Orient, il en offrait les dessins et rappelait les poésies de la Perse, où des mains d'esclaves l'avaient travaillé. Les meubles étaient couverts en cachemire blanc, rehaussé par des agréments noirs et ponceau. La pendule, les candélabres, tout était en marbre blanc et or. La seule table qu'il y eût avait un cachemire pour tapis. D'élégantes jardinières contenaient des roses de toutes les espèces, des fleurs ou blanches ou rouges. Enfin le moindre détail semblait avoir été l'objet d'un soin pris avec amour. Jamais la richesse ne s'était plus coquettement cachée pour devenir de l'élégance, pour exprimer la grâce, pour inspirer la volupté. Là tout aurait réchauffé l'être le plus froid. Les chatoiements de la tenture, dont la couleur changeait suivant la direction du regard, en devenant ou toute blanche, ou toute rose, s'accordaient avec les effets de la lumière qui s'infusait dans les diaphanes tuyaux de la mousseline, en produisant de nuageuses apparences. L'âme a je ne sais quel attachement pour le blanc, l'amour se plaît dans le rouge, et l'or flatte les passions, il a la puissance de réaliser leurs fantaisies. Ainsi tout ce que l'homme a de vague et de mystérieux en lui-même, toutes ses affinités inexpliquées se trouvaient caressées dans leurs sympathies involontaires. Il y avait dans cette harmonie parfaite un concert de couleurs auquel l'âme répondait par des idées voluptueuses, indécises, flottantes."
Balzac. La Fille aux yeux d'or.
Détails du portrait de Madame Rivière d'Ingres
Merci à la fille aux yeux d'émeraude
mercredi 16 mai 2007
Tire la chevillette et la bobinette cherra

Quelle merveille d'inventivité que cette illustration où l'on voit la maison de la grand-mère en coupe, envahie par une végétation qui descend raréfiée jusqu'aux profondeurs des tombeaux ! On la doit au graveur Louis Marvy pour le recueil Les contes du temps passé publié en 1843 par le grand éditeur romantique Léon Curmer. De la mise en page à la typographie des titres, des illustrations aux culs-de-lampe, tout y est d'une rare beauté.

mardi 3 avril 2007
Les douze heures noires

Descente de police par Henri-Joseph Van Blarenberghe (1750-1826)
Le linge sèche aux fenêtres, dans l'obscurité presque totale. Le peintre a chassé de sa scène l'éclairage public pour concentrer le scintillement des chandelles domestiques et le halo des torches sur les infortunés, brutalement arrêtés. Ceux qui regardent sont sans doute ceux-là mêmes qui les ont dénoncés, quelques instants auparavant. Couvre-feu, martélement militaire du pavé , "Qui vive ? ", guet statique de la sentinelle, patrouille hésitante, mouchards et police occulte seront progressivement remplacés par une surveillance professionnalisée et plus ostensible, organisée sur le modèle du quadrillage, gouvernée par une arithmétique qu'on pense capable de soumettre l'ombre, comme le souligne Simone Delattre dans son magnifique ouvrage consacré à la nuit à Paris au XIXe siècle, Les Douze heures noires. Mais l'"ancien régime nocturne" perdure sous la Restauration. Les porte-falots (porteurs de lanternes) viennent encore trouer de leur flamme mobile la pénombre des rues faiblement éclairées à l'huile. "Les reverbères n'ont jamais répandu autour d'eux une lumière vive et franche ; leur flamme vacillante était souvent tourmentée par le vent, qui trouvait le moyen de pénétrer par des fentes entre les carreaux mal joints de la lanterne ; au-dessous du reverbère, une lumière rougeâtre attristait les objets sans permettre de bien les distinguer ; puis, à quelque pas, l'ombre était plus épaisse et ténébreuse encore", écrira Maxime Du Camp.
mercredi 14 février 2007
Les albums de jeunes filles comme ancêtres du blog
Au XIXe siècle, les jeunes filles de bonne famille aimaient à remplir de leur écriture appliquée des pages et des pages d'albums ou de cahiers, qu'elles ornaient souvent de photographies et de collages et qu'elles ouvraient librement à leurs amies. C'est d'ailleurs dans un semblable album, de facture anglaise ( Confessions, An Album to Record Thoughts, Feelings, &c) que le jeune Marcel Proust répondit à l'invitation de sa chère Antoinette Faure en rédigeant les réponses à ce qui allait devenir le fameux questionnaire.
André Gunthert, maître de conférences à l'Ecole des hautes études en sciences sociales et membre du Laboratoire d'histoire visuelle contemporaine, émet dans son passionnant blog dédié à "l'actualité de la recherche en histoire visuelle" la séduisante hypothèse selon laquelle l'on pourrait considérer ce mode d'expression chorale comme un ancêtre du blog.
Pour voir d'autres pages de l'album, rendez-vous ici.
mardi 30 janvier 2007
Fluides
"Dans les dernières décennies du XIXe siècle, l'occultisme est agité par un débat opposant les adeptes du spiritisme à ceux de l'animisme. Les premiers sont persuadés que les phénomènes occultes trouvent leur origine dans l'au-delà, tandis que les seconds considèrent qu'ils résultent du pouvoir des médiums. Cette opposition favorise l'émergence d'une deuxième catégorie iconographique, après celle des esprits : la photographie des fluides. Celle-ci consiste à fixer, sans appareil, sur la seule plaque sensible, les fluides émanant du médium : la force vitale, l'âme, mais aussi les pensées, les émotions, ou les rêves. S'il est possible de faire remonter ce type d'expériences au début des années 1860, c'est surtout au tournant du siècle que la photographie fluidique se développe en se revendiquant de la légitimité scientifique des recherches sur les rayonnements : la radioactivité et les rayons X. En France, certains opérateurs tentent ainsi de photographier leur énergie vitale ou leurs pensées en apposant simplement sur la plaque sensible leurs doigts ou leur front. Malgré les multiples réfutations d'experts, démontrant que les traces obtenues ainsi ne sont en fait que des artefacts photographiques dus aux conditions mêmes de l'expérience, ces tentatives pour enregistrer le fluide humain perdurent tout au long du XXe siècle. "
cf Le troisième œil, la photographie et l'occulte. Exposition à la Maison européenne de la photographie. novembre 2004-février 2005 et au Metropolitan Museum of Art.

Le médium Stanislawa P. face à un phénomène de
matérialisation, vers 1913
Institut für Grenzgebiete der Psychologie
und Psychohygiene e.V, Freiburg
© Albert von Schrenck-Notzing
Dans le même temps, au tournant du siècle, plus précisément entre 1899 et 1901, Etienne-Jules Marey lance avec une redoutable ingéniosité une série d'expériences scientifiques sur les volutes de fumée : traînes, sillages, expansions, danses changeantes rendent désormais perceptible, avec la capture du mouvement de l'air, un nouvel univers de formes. C'est ainsi qu'il peut saisir le fluide deplacé par un battement d'aile d'oiseau, après avoir fixé quelques années auparavant, grâce à son fusil photographique, le mouvement lui-même de l'aile.

Etienne-Jules Marey. Images obtenues grâce à une soufflerie aérodynamique. vers 1900
dimanche 10 décembre 2006
Jardin d'hiver
Dans le jardin de la maison d'Ary Scheffer, transformée en musée de la vie romantique,
16 rue Chaptal, à Paris
lundi 4 décembre 2006
Hiver russe
Cette "carte figurative des pertes successives en hommes de l'armée française pendant la campagne de Russie 1812-1813" que l'ingénieur des ponts et chaussées Charles Joseph Minard élabora en 1869 est l'un des graphiques les plus raffinés jamais élaboré avant l'informatique. Il synthétise pas moins de six données. Sur une carte de Russie, munie de repères chronologiques, la grande bande rose indique la taille de l'armée française, forte de422 000 hommes à l'origine et réduite à 100 000 hommes à son arrivée à Moscou. La bande noire inférieure figure les pertes successives lors de la retraite où l'armée finit à 10 000 hommes. Les lignes verticales renvoient à une échelle de températures avec les records de froid atteint pendant l'hiver (- 30 degrés le 6 Xbre). Une vertigineuse ingéniosité !
Cliquez pour agrandir
Extrait des papiers du Capitaine de la Grande Armée, Jean-Baptiste Villeminot :
Noms des villes
et des villages
où j’ai passé
à la retraite de Russie
- Le 18 octobre 1812, à 7 heures du matin, à la Saskowa, grand houra.
- Le 19 et le 20, à Wornowo et devant le château de M. Rotopschin, gouverneur de Moskou.
- Le 21, à Formineskoé, où j’ai appris par un officier italien la révolution qui avait eu lieu à Paris.
- Le 22, à Borovsk, sur la Protwa (rivière), ville aux oignons.
- Le 23 et 24, près de Malojaroslavetz. Grande bataille par le corps italien.
- Le 25, à 7 lieu[es] de Kaluka.
- Le 26, à Ouvarovskoé, en pleine retraite.
- Le 27, à Alferewa, petite ville qui a été entièrement brûlée. .
- Le 28, à Mitiaewa.
- Le 29, à Ouspeuskoué, où j’ai perdu mon dernier cheval.
- Le 30, à Prokorefo, Guillemot a eu son porte-manteau de volé.
- Le 31, à Giot, un très jolie ville (toute brûlé[e]).
- Le 1er novembre, à Velistschewo, (grand froid et grande neige).
- Le 2, à Foederowskoé, sans pain ni viande et couché en plaine.
- Le 3, à Wiasma, très jolie ville où il y avait de très jolis édifices, mais tout a été brûlé.
- Le 4, à Roulkeki. .
- Le 5 et 6, Jalkow, rien...
- Le 7, à Zazelé, dans les bois, je me suis couché dans mon manteau, à mon réveil j’avais au moins six pouces de neige sur moi et je ne me suis pas ressenti du froid.
- Le 8, à Stoboda.
- Le 9, dans les bois.
- Le 10, soi-disant à Doukovchtchina.
- Le 11, à Wolodemerowa où j’ai eu environ un quart de livre de pain pour 6 francs, que nous avons partagé à quatre personnes; il y a neuf jours que je n’en avais vu.
- Le 12 et 13, à Smolensk.
- Le 14, à Toubna, à 2 lieues de Smolensk.
- Le 15 et 16, à Krasnoé, grand houra. .
- Le 17, à Piadoui, dans la forêt.
- Le 18, à Doubrowna avec un colonel de lanciers, du pain pris des Juifs à force d’argent.
- Le 19, à Orcha.
- Le 20 et 21, à Kokhanowo, rien.
- Le 22, dans le bois où la 2e division de cuirassiers. Grand houra.
- Le 23, à Toloczin, rien.
- Le 24, à Bobr, forêt.
- Le 25, à Nalscha, près d’une chapelle dans la forêt.
- Le 26, à Nemonitza, nous avons trouvé à force de bras (car la terre était extrêmement gelée), quelques carottes dans la terre.
- Le 27, à Weselowo, près la Bérézina.
- Le 28, à Zembin. C’est le 28 que nous avons passé la Bérézina. C’est dans cet rivière où il a péris beaucoup de misérables qui se sont jetés dans la glace pour se sauver de l’ennemi.
- Le 29, à Kamen.
- Le 30, à Zowichino où nous avons trouvé le commencement des pommes de terre.
- Le 1er décembre, à Hia.
- Le 2, à Molodetschino, plus de misère.
- Le 3, à Markovo, chez les Juifs, pain, vin, etc.
- Le 4, à Smorgoni.
- Le 5, à Joupronoul, où le fils de M. le major Dubin est mort.
- Le 6, arrivé à Vilna, ayant fait 16 lieue[s].C’est le 5 et 6 décembre où il a fait les plus grands froids et où il a perri le plus de monde; il y avait 28 degrés de froid. (Un charnier de grognards a été retrouvé dans la banlieue nord de Vilnius, les fouilles, menées par le CNRS, ont permis de mettre au jour la présence de très jeunes adolescents et bien sûr de femmes parmi les soldats).
- Et le 7, 8 et 9 inclus, Villena.
- Le 10, à Evé, petit village dans les bois.
- Le 11, à Zismovi.
- Le 12, à Kowno. Ici finissent nos peines.

Aquarelle anonyme, Musée de l'armée, Paris.














