jeudi 12 novembre 2009
Cityscapes
"Je suis particulièrement fasciné par les rares moments de tranquillité de la ville, quand elle sombre dans le sommeil ou s'éveille pour affronter un nouveau jour. Elle est alors tout entière abstraction - formes indistinctes, lumière diffuse, ombres spectrales. Pendant cette éphémère période de repos, voilée de douceur, la beauté enveloppe les scènes de rue les plus banales".
Mark Yankus. The point of secret, 2008
lundi 9 novembre 2009
Wallpaper

Intérieur et petite fille à la fenêtre, Gee's Bend, Alabama, 1937, par Arthur Rothstein

Ben Shahn. Little Rock, 1935
"Pendant des années, je ne m'étais jamais demandé pourquoi les murs de la maison de Caroline étaient couverts de papier journal. Elle avait été notre blanchisseuse à une époque et je me souviens être allée plusieurs fois chez elle. Caroline était dehors, dans le jardin, juste un petit carré de terre dure. Avec une grande bassine en fer et un feu en dessous, fumant, où bouillait le linge blanc...
Elle était toujours gentille et m'invitait toujours à entrer. Elle ne s'est jamais excusée pour l'allure qu'avaient les choses. A l'époque, je me disais : comme c'est étrange que Caroline ait mis du papier journal sur ses murs. Je n'étais pas assez maligne à onze ou douze ans pour me dire : qu'est-ce que ce pays qui laisse vivre les gens dans des maisons comme ça et les oblige à utiliser le journal du dimanche comme papier peint ? J'ai honte de ne pas pouvoir vous dire : "Quand j'avais douze ans, j'ai été horrifiée la première fois que je suis entrée dans cette maison". J'ai été surprise, pas horrifiée". "
Témoignage de Diana Morgan dans Hard Times, histoires orales de la grande dépression de Studs Terkel aux éditions Amsterdam.
Ce que Diana Morgan, membre de la bonne bourgeoisie d'une petite ville de Caroline du Nord, décrit comme son aveuglement à la pauvreté extrême est aussi un signe de son aveuglement à la volonté de lutter contre la pauvreté extrême. De nombreux intérieurs pauvres américains étaient recouverts de papiers journaux, qui constituaient un bon isolant contre le vent et l'humidité. Mais il s'agissait aussi de décorer sa maison au lieu de se contenter du nécessaire en choisissant avec soin les plus jolies feuilles, celles avec des photographies ou des bandes dessinées. Le magnifique quilt sur lequel sont assises les femmes de l'ancienne plantation de Gee's Bend sur la première photo n'est pas discordant avec l'ordonnancement impeccable des feuilles derrière elles et le petit découpage imitant la dentelle au-dessus de la cheminée : du beau malgré tout.
Mettre une image - photographies d'êtres aimés, représentations pieuses, cartes postales - sur un mur pour transformer son logement, si précaire soit-il, en foyer, c'est une constante universelle, des favelas cariocas aux bidonvilles indiens.

Marion Post Wolcott. Intérieur de mineur. Pursglove, Virginie. 1938
Sources,
samedi 7 novembre 2009
Quinze façons de décrire la pluie


Un joyau de Lars Henkel et Anja Struck
via sam's notebook
samedi 24 octobre 2009
Le saut du loup

"Le loup se mit à courir de toute sa force par le chemin qui était le plus court, et la petite fille s’en alla par le chemin le plus long, s’amusant à cueillir des noisettes, à courir après des papillons, et à faire des bouquets des petites fleurs qu’elle rencontrait.
Le loup ne fut pas longtemps à arriver à la maison de la Mère-grand. "
Une photo de Jose Luis Rodriguez,
Wildlife Photographer of the Year, 2009
lundi 12 octobre 2009
Westerwald











Die Photographische Sammlung/SK Stiftung Kultur - August Sander Archiv, Cologne
August Sander. Hommes du XX e siècle, Paysans du Westerwald, séries de 1910 à 1930, où Edgar Reitz, pour Heimat, et Michael Haneke , pour le Ruban blanc ont puisé leur inspiration.
Exposition "August Sander. Voir, observer, penser" à la Fondation Cartier-Bresson, jusqu'au 20 décembre
samedi 10 octobre 2009
Versos



Après les tableaux noirs, une autre série de Philippe Gronon

Galerie Georges Verney-Carron, Lyon, jusqu'au 14 novembre
vendredi 2 octobre 2009
Un cabinet de sorcellerie

Il est des lieux insoupçonnables sinon secrets, tel le Comptoir général, dont l'entrée est invisible depuis le quai de Jemmapes et la superficie tout simplement inimaginable. Sis dans d'anciens locaux industriels, il abrite sur plus de six cents mètres carrés un espace de travail collectif pour les entrepreneurs sociaux. L'entrée vous indique bien vite que vous ne devez pas vous attendre à des salles de réunion aseptisées, éclairées au néon, avec tables disposées en U. Un vaste couloir empoussiéré, au sol et aux murs tendus de rouge, au bout duquel on discerne un comptoir gardé par une bête empaillée. Une atmosphère quasi lynchéenne. Il ne s'agit pas ici de se couler dans des formats imposés mais d'inventer une structure physique et poétique au service d'idées nouvelles.
Dans un coin de la principale salle de réunion, dont le parquet laisse apparaître ça et là des plantes sauvages - hommage à Tim Walker -, on se sent attiré par un plus petit espace, sorte de minuscule musée. Lorsque l'on s'approche, on découvre toute sorte d'objets, posés et suspendus: cadres, cages, crucifix, statues à clous, fioles multicolores, photographies tronquées et ficelées, mèches de cheveux enrubannées, animaux naturalisés, crucifix, ossements, cartes à jouer, scarabées, araignées et papillons, plumes, clés, clous, coquilles. Aucune étiquette, seulement d'énigmatiques phrases dactylographiées.

Il s'agit du passionnant cabinet de sorcellerie élaboré par Maïssa Toulet. Un changement d'échelle dans ses créations : des petites boîtes de verre, la voici passée à une collection d'espaces, un assemblage d'assemblages. Il lui a donc fallu créer chaque pièce mais aussi les mettre en place dans un ensemble qui fait sens.

Ce n'est pas le fantastique, l'ésotérisme et les mondes parallèles qui l'intéresse, mais l'ancrage de la sorcellerie dans la vie quotidienne et ses drames. Non pas le caché mais le montré, plus exactement la " mise en forme symbolique de ce dans quoi chacun se débat ordinairement en silence" pour reprendre les termes de l'ethnologue Jeanne Favret-Saada, auteur d'une étude fondatrice sur la sorcellerie, Les mots, la mort, les sorts. La sorcellerie dans le Bocage (Gallimard, 1977), ouvrage qui a guidé Maïssa dans sa démarche :
"Ce que j’ai retenu de cet essai, trop riche pour être résumé en quelques lignes (surtout que je ne n’en ai pas les compétences) c’est que la sorcellerie, loin d’être une lubie de demeurés , ou une croyance sans profondeur, n’est autre que la traduction, en actes et en paroles, de problématiques très complexes touchant à la vie des gens qui en font usage. Il s’agit de conflits familiaux, de problèmes de filiation, de place dans la société, de nœuds affectifs, de traumas profonds, de propriété, de transmission….
Là où d’aucuns utiliseraient la science, le droit, la
psychanalyse ou la littérature pour
surmonter (ou tenter de surmonter) ces conflits , d’autres utilisent la sorcellerie,
c'est-à-dire la métaphore, en actes ou en mots, de ce qui dans la vie ne
saurait trouver un nom simple.
Bien plus qu’une création, mon cabinet de sorcellerie se veut une sorte de compilation d’images et d’objets qui empruntent- s’ils ne reprennent pas directement- à ce que j’ai pu entrevoir d’objets rituels, de gris-gris, d’objets de culte…"

Le cabinet est donc avant tout un hommage plein d'empathie aux inventions et variations de ce langage multiforme, un catalogue irraisonné et jubilatoire, une ode à l' inquiétante étrangeté.
Et c'est avec effroi et avidité que le spectateur contemple ces artefacts, profondément affecté, par delà la paroi de verre, par ce qu'ils nous disent du malheur et de la souffrance mais aussi de la volonté d'y survivre.
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Vernissage de 18 h à 22 h, aujourd'hui 2 octobre, au comptoir général,
80 quai de Jemmapes, dans le 10 eme à Paris
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Vous pouvez sinon écrire à Maïssa Toulet ici
lundi 28 septembre 2009
Femme lisant

MM chez elle. Alfred Eisenstaedt pour Life. 1953

MM dans son petit appartement du Beverly Carlton Hotel.
Blonde de Joyce Carol Oates pourrait être sous-titré "portrait de Marilyn en lectrice". L'auteur, au plus près de ses gestes quotidiens et de ses ruminations intimes, imagine la jeune femme à la voracité d'autodidacte lire L'Origine des espèces de Darwin ou les Pensées de Pascal.

Eve Arnold. MM lisant l'Ulysse de Joyce. 1955
dimanche 27 septembre 2009
Thaumatropes
Générique de la Little Dorrit produite par la BBC par le Peter Anderson Studio
samedi 26 septembre 2009
Noir et blanc vesperal

"J'ai vécu l'Istanbul de mon enfance comme un lieu en deux teintes, à moitié obscur, couleur de plomb, dans le style des photographies en noir et blanc ; c'est ainsi qu'il m'en souvient. [...]
"En hiver, dans la pénombre du soir précoce, les teintes noir et blanc des gens qui rentrent chez eux à pas précipités me procurent le sentiment que j'appartiens à cette ville et que je partage quelque chose avec eux. Et j'ai l'impression que l'obscurité de la nuit va recouvrir le dénuement de la ville, des rues et des objets et que, en inspirant et en expirant à l'intérieur des maisons, dans les chambres et sur les lits, nous allons tous nous retrouver confrontés aux rêves et aux illusions issus de l'ancienne richesse d'Istanbul désormais bien lointaine et de ses bâtisseurs et légendes perdues."
Orhan Pamuk. Istanbul, souvenirs d'une ville. Ch. V, "Noir et blanc". Gallimard 2007


Exposition Ara Güler : Lost Istanbul, 1950-1960 (un peu maigrichonne eu égard aux immenses archives conservées au-dessus du Café Ara) à la Maison européenne de la photographie jusqu'au 11 octobre
Riche portfolio publié par Milliyet ici
Là pour feuilleter le livre d'Ara Güler et Orhan Pamuk publié aux éditions du Pacifique








