mardi 23 novembre 2010

Heinrich Kühn et la quête de la perfection


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Tout au long de sa vie, Heinrich Kühn (1866-1944) poursuivit  le rêve de la perfection formelle, métamorphosant son univers quotidien en tableaux, à travers pinceaux et pigments des tirages à la gomme bichromatée, lentilles floues, papiers texturés, couleurs des autochromes et cadrages audacieux. Il fit de ses quatre enfants, Hans, Walther, Edeltrude et Lotte, et  de leur gouvernante anglaise Mary Warner, qui fut aussi sa maîtresse,  les principaux motifs de ses photographies, les soumettant à d'interminables séances de pose,  vêtus d'habits spécialement taillés pour mieux capter la lumière, dans le style Biedermeier. 

Né dans une riche famille autrichienne, il abandonna ses études de médecine pour se consacrer à la maîtrise des différents procédés photographiques, chimiques et optiques, et devint un maître du pictorialisme, frayant avec le mouvement sécessionniste et les animateurs de Camera Work, Stieglitz au premier chef.
Son œuvre fut exposée à de multiples reprises entre 1895 et 1915 , jusqu'à New York, mais il se retira progressivement de la vie publique pour se fixer à la campagne, dans les  Alpes,  avec sa famille,  volontairement éloigné des nouveaux courants photographiques.

Deux expositions majeures, à l' Albertina de Vienne et au musée de l'Orangerie à Paris, ont contribué cette année à faire sortir ses photos du purgatoire.






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Au Musée de l'Orangerie, jusqu'au 24 janvier

Miss Mary et Lotte en haut de la colline, vers 1910, Metropolitan museum ;Miss Mary Warner, vers 1910, musée d'Orsay ; crépuscule, 1896, Albertina ; les enfants Kuhn, Tyrol, 1907, Lee Gallery ; nature morte, verres et carafe, musée d'Orsay



dimanche 21 novembre 2010

Awe



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Les Dix commandements de Cecil B. DeMille [ 1923 ] fut un projet proprement pharaonique qui réclama la construction du plus grand plateau de tournage de toute l'histoire du cinéma muet, dans les dunes du désert de Guadalupe en Californie :  2 500 figurants couverts de glycérine les lèvres fardées de noir, des centaines de techniciens  logeaient dans 550 tentes reliées  à la ville voisine  par le télégraphe et par une route spécialement destinée à l'acheminement des tonnes de matériel nécessaires à l'édification des constructions monumentales égyptiennes Art Déco imaginées par Paul Iribe.

Si la mise en scène  du passage de la Mer Rouge fut un morceau de bravoure technologique, la canalisation de l'énorme masse humaine que formaient figurants et acteurs exigea de DeMille des trésors d'ingéniosité psychologique.  Estimant que les figurants ne mettaient pas assez d'ardeur à exprimer la crainte révérencielle que devait leur inspirer Pharaon, il eut recours  à  un subterfuge machiavélique :  il réunit toute l'équipe pour lire un télégramme annonçant la mort de l'un des leurs - une pure invention - et demanda une minute de silence à la mémoire de cet homme qui laissait derrière lui  une femme et huit enfants ; pendant ce temps, les caméras tournaient en secret.

Aujourd'hui, le décor des Dix commandements,  dynamité à la fin du tournage,  git sous des mètres de sable. Depuis plusieurs années, il fait l'objet de recherches archéologiques orchestrées sous le nom de Lost City

Cecil B. DeMille  avait imaginé un autre scénario : des archéologues du troisième millénaire auraient découvert ce décor enfoui en faisant l'hypothèse que la civilisation égyptienne antique s'était étendue jusqu'en Amérique.




samedi 20 novembre 2010

Nuit indienne





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Cliquez sur la miniature et imaginez combien de sons s'en échappent

le crépitement du feu d'artifice,
le clapotis de la roue à eau
le bruissement du vent dans les stores de soie
le chant des oiseaux dans le jardin
les cliquetis des bracelets
les murmures des dames
un raga du soir sur une flûte bansuri
...


Et combien d'odeurs ?










Miniature du milieu du XVIIIe siècle. Rajasthan, école de Bundi.
David Collection, Copenhague.

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samedi 13 novembre 2010

Saul Leiter : un autre regard sur la couleur


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Deux ans après la fameuse exposition de la Fondation Cartier-Bresson, la galerie Camera Obscura expose pour la première fois en France les gouaches du grand photographe Saul Leiter, échos chromatiques des peintres qu'ils admirent, Bonnard et Vuillard, hommage au désordre et à l'inachevé, variations autour de la sensation d'être dans un monde enveloppé de couleurs.



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Galerie Camera Obscura,
268 boulevard Raspail,Paris 14e

jusqu'au 23 décembre



tous crédits, Howard Greenberg Gallery, New York

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vendredi 12 novembre 2010

Rêve de jour, rêve de nuit



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Joanna Concejo  a illustré quelques céramiques et textiles et mis en volume son univers à travers mobiles et petites sculptures narratives pour le Petit atelier de Paris, charmant atelier-boutique qui s'est fait une spécialité de pièces en porcelaine blanche poétiques et simples.

 




 

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Rappelons quelques titres de Joanna Concejo :

L'ange des chaussures, avec un texte de Giovanna Zoboli, aux éditions Notari ;

Au clair de la nuit poèmes de Janine Teisson, ed. Motus ;

Monsieur Personne et, tout récemment, Entrez aux éditions du Rouergue ;

et bientôt, Les cygnes sauvages, d'Andersen chez Topipittori et Notari



mercredi 10 novembre 2010

Vagabondiana


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Dans Vagabondiana; or, Anecdotes of Mendicant Wanderers through the Streets of London; with Portraits of the Most Remarkable, Drawn from the Life,  [1816] JohnThomas Smith, graveur et futur conservateur des dessins et estampes au British Museum, s'est plu non à dresser des types de mendiants et de petits métiers mais à rassembler une collection d'individualités rencontrées au fil de ses promenades dans  Londres :  Joseph Johnson, marin des Caraïbes, coiffé d'un modèle réduit du HMS Nelson ;Priscilla, occupée à la confection de quilts dans une rue de Clerkenwell ; M. Antonini, vendeur de fleurs artificielles en soie ornées d'oiseaux de cire et bien d'autres.  Ces "croquis biographiques " sont saisis dans un savoureux mélange d'abstraction et de luxe de détails, parfois dans un jeu d'interférences entre graffiti des murs et annotations du graveur.

-°- 0 -°-


J'ai eu le plaisir de faire cette  découverte grâce au superbe Spitalfields Life,  fondé sur exploration en profondeur la vie de ce quartier de l'Est de Londres soumis à d'intenses mutations, à travers une approche essentiellement biographique. Voir en particulier les  billets  consacrés à Paul Gardner, héritier d'un commerce de sacs en papier établi depuis quatre générations ou  Joseph Markovitch, vieux garçon de Hoxton , aux vues de rues de Londres de 1838 de John Tallis et tout récemment aux magnifiques dessins de l'East End de Lucinda Rogers.  On admirera également la bannière de ce blog, œuvre probable d'Angie Lewin.



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Grâce à la curiosité de Di Overton

mercredi 3 novembre 2010

Ovales



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samedi 30 octobre 2010

Se pâmer dans l'onde



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" 'La peinture est une île dont je n'ai fait que côtoyer les bords' proclamait Jean-Baptiste Chardin au soir de sa vie. Cette formule toute-puissante d'humilité, mais aussi de laborieuse obstination, illustre ici sur le mode retourné de l'écho, le sentiment dont est irrésistiblement saisi le visiteur de l'Orangerie des Tuileries dès lors qu'il pénètre dans les salles oblongues qui abritent les Grandes Décorations de Monet. Le format même de celles-ci proche d'une ellipse à double foyer, participe à produire  cette étrange sensation d'une précipitation au-delà d'une espace reconnu et repéré. Tout est ici ménagé  pour faire perdre au regard ses habitudes, jusqu'à cette façon qu'a le peintre de cadrer chacun de ses plans sans que rien ne les appuie, ni la moindre bordure, ni le moindre horizon. Si chaque panneau est l'expression extrême de l'idée de fragment, il est paradoxalement l'image accomplie d'une totalité et l'on ne peut l'aborder sans en être envahi, sans y être immergé - et brutalement. De fait, Monet ne nous laisse pas le choix : sa peinture nous déborde aussitôt qu'on y entre. Il y confond délibérément les images de reflets et de nuages, les chutes serpentines des saules avec les ondoiements de plantes aquatiques. Quelque chose est à l'œuvre dans ces décorations peintes qui mêle indistinctement l'ordre et le chaos, le nord et le sud, l'est et l'ouest, comme s'il s'agissait proprement de nous désorienter. [...] Les Nymphéas de l'Orangerie obligent à l'exercice d'un mouvement ininterrompu, une sorte de déambulation - voire de navigation - tant mentale que physique parce qu'ils sont le lieu d'une opération alchimique en perpétuelle action. à la surface de ses panneaux, Claude Monet a dressé la peinture comme on emplit un récipient jusqu'à ce que le contenant se substitue au contenu, l'envahisse dialectiquement pour ne plus rien laisser supposer de ce qui le supporte. Ce faisant, il y a chez Claude Monet une propension irrésistible à embrasser l'espace - au-dessus, en dessous, par devant, par derrière, bref en tout sens - de telle sorte que le corps regardant fasse partie intégrante de l'ensemble, qu'il y plonge, qu'il s'y noie, s'y confonde, s'y fonde enfin dans une sorte d'osmose.

De même que Baudelaire invite son lecteur à une Élévation :

Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées,
Des montagnes, des bois, des nuages, des mers,
Par delà le soleil, par delà les éthers,
Par delà les confins des sphères étoilées,

de même Claude Monet propose à son spectateur de "se pâmer dans l'onde,"de faire une plongée à proprement parler sublime - c'est-à-dire, étymologiquement, au delà de toute frontière - au cœur flamboyant de la couleur".



Philippe Piguet. Claude Monet prospectif, les Nymphéas, une oeuvre in situ. L'échoppe, 2010.


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Tanière



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La tanière cosy d'un renard du faubourg Saint-Honoré, telle que l'a imaginée Leila Menchari.
Pains d'épices, abricots secs, confiture de coings et sucre roux dans la vaisselle de François Houtin.



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mercredi 27 octobre 2010

High Street

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paxton



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Ces gravures d'Eric Ravilious sont issues de High Street, édité pour Country Life Books en 1938 ( Ancient Industries nous  en avait régalés tout l'été) . Elles entrent en résonance avec une terrible histoire,  The Last Shop, circulant dans les milieux évangélistes de l'Angleterre victorienne, destinée à l'édification des petites filles que je viens de lire dans l'ouvrage de Deborah Cohen, Household Gods, The British and their Possessions :  Rosy, fille d'une riche dame, se conduit si bien qu'un jour sa mère la récompense en l'emmenant faire des courses. Cette dernière pose cependant une condition : sa fille devra acheter une chose dans chacun des magasins. Le petite fille choisit des sucettes chez le confiseur, une paire de pantoufles rouges chez le tailleur, un bloc de papier chez le papetier et se dit prête à retourner à la maison pour profiter de ses achats. Pas encore, réplique sa mère. "Je crains, mon enfant, que tu n'aies oublié une boutique ". Et la mère conduit la petite Rosy chez l'entrepreneur de pompes funèbres pour  lui faire prendre ses mesures pour un cercueil.




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