vendredi 20 octobre 2006

Le territoire du crayon

Robert  Walser ( écrivain suisse allemand, né en 1878  et mort dans la neige le jour de Noël 1955 après avoir été interné pendant vingt-six ans ) connaît vers 1917 une très grave crise d'inspiration (Les enfants Tanner et l'Institut Benjamenta datent de 1907 et 1909). Terrassé par "une véritable faillite de la main", "une impuissance, une crampe, un étouffement", il ne peut plus tenir la plume avec laquelle il a coutume d'écrire. "Pour se libérer de ce dégoût de la plume", il se mit à "crayonner, à esquisser, à batifoler" : au crayon à papier il couvre n'importe quel support - marge de journal, vieille lettre, enveloppe, carte de visite - d'une écriture microscopique ne dépassant pas un millimètre de hauteur, sans aucune rature, avec des syllabes amalgamées dans des abréviations rappelant les signes sténographiques.  Ces "microgrammes" ont  longtemps été pris pour un langage secret. Un de ses amis voulut même les détruire mais l'avocat qui gérait la succession sut les préserver jusqu'à ce que l'on découvre qu'il s'agissait d'une forme miniaturisée à l'extrême de l'ancienne écriture allemande courante.

On pense que de 1918 à 1933, début de son silence littéraire, Robert Walser n'a rien écrit qui ne soit d'abord passé par ce filtre. Il a lui-même donné à l'ensemble du processus le titre magnifique de "territoire du crayon". Comme le dit Peter Utz dans sa postface au recueil publié aux éditions Zoé, en 2002, " c'est un espace privé qui s'ouvre, mi-vestiaire, mi-plateau de répétition caché derrière la scène sur laquelle l'écrivain se montre en public". Walser , selon divers processus de copies et recopies, en tire nouvelles, billets pour son feuilleton quasi- quotidien dans les journaux, voire  romans. Lui seul y a accès, il s'y essaie à un ton plus libre et plus radical, il peut s'y laisser aller,  "y chanter, gazouiller et gronder" tout en restant à l'intérieur de la contrainte du support.  Dans le microgramme «Esquisse au crayon», il remarque que le crayon lui permet de travailler «de  manière plus rêveuse, plus calme, plus lente, plus contemplative". Il ajoute : " je croyais pouvoir, littéralement, guérir grâce à la méthode de travail que j'ai décrite». L'acte d'écrire prend le dessus et devient son propre sujet.

Le décryptage des 526 feuillets, pures merveilles calligraphiques, ont réclamé une vingtaine d'années de travail à Werner Morlang et Bernhard Echte qui, armés de loupes à fort grossissement,  ont dû déchiffrer le texte mot à mot, voire syllabe par syllabe. L'édition intégrale allemande compte six volumes. Soixante microgrammes font l'objet aujourd'hui d'une exposition à la fondation Martin Bodmer, à Genève.

"Flocons de neige et feuilles se ressemblent".

microgramme5

walserzoom

walser_microgramme1

microgramme4

Posté par florizelle à 00:02 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , ,


jeudi 19 octobre 2006

Ron des fades

Une charmante fadette de notre connaissance revient d'un voyage où elle a découvert une fantaisie architecturale propre à réjouir le cœur de ses sœurs.  Une roche aux  fées ardéchoise où schiste, granit, lauzes ont servi à construire terrasses, pontet, calades, fours, ruches, sources voûtées, chapelle.  Il paraît même que sur les sentiers, on trouve des pétales roses en guimauve. Mais c'est peut-être une légende.


villaage_ard_chois_erable

ensemblevillage_ard_chois2

ron_des_fades_chatpont

ron_des_fadesVillpersp1

Posté par florizelle à 10:17 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

Racines et oiseaux

Claire Scully, jeune illustratrice anglaise,  lance sa révolution tranquille.  Nous passerons sur sa volonté d'"explorer les rapports entre l'environnement urbain et le monde naturel" pour ne retenir que son merveilleux travail sur les racines et les oiseaux, qui sont chez elle des motifs obsessionnels.  De la pointe arachnéenne de son stylo à encre de chine, elle tisse mille et une bifurcations pour dessiner des portraits de racines, élevées au rang de véritables individualités.  Rackham est tout près, mais elle nous invite dans un univers où la narration n'a pas sa place, sans dehors ni dedans.  Elle sait aussi saisir le flou d'un envol d'oiseaux et presque le bruit de leurs battements d'ailes, mais sont-ils vraiment dans les cieux.  Où est l'air, où est la terre ?

QR_racines


roots

birdflock

Posté par florizelle à 00:02 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , ,

mercredi 18 octobre 2006

Luminus Tour

carte_luminus3

Monsieur Luminus, alias Frédéric Tic Tic, a décidé de partir à la quête d'un cadeau pour les quinze ans de mademoiselle Alys. Accompagné de Nicéphore, il se met donc en route, croisant les fantômes et les chimères de Peter Pan, d'Alice ou encore de la jeune Dorothy du Pays d'Oz. Pour connaître  ses aventures, ouvrez le Luminus Tour, qui vient d'arriver chez Naïve et venez admirer à la galerie l'Art à la Page la lumineuse installation concoctée par Philippe Davaine pour  Frédéric Clément , l'organisateur de ce périple.

carte_luminus1

Luminus_merle

ecranperle


expoluminus


medium_clement_roulotte4

Posté par florizelle à 00:02 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

mardi 17 octobre 2006

50 Glebe Place, Chelsea, London

De la bourdonnante King's Road, on aperçoit  une demeure biscornue qui happe l'attention. C'est en longeant Glebe Place jusqu'à son coude qu'on parvient, au numéro 50,  à cette curieuse construction, comme faite de carton pâte, où ont été multipliés les caprices du commanditaire. Faux tableau Renaissance, vrai-faux médaillon XVIIIe, inscriptions de fantaisie sur les gouttières, têtes de loups et de lions : c'est sans nul doute l'ancienne demeure d'un artiste , venu à Chelsea à la fin du XIXe alors que le quartier commençait d'être investi par les acteurs du mouvement pré-raphaélite (Dante Gabriele Rossetti habitait non loin).  La tourelle-atelier est typique des garden-studios de cette période. Malheureusement, nous n'avons pu identifier le premier propriétaire de cette maison mais les renseignements donnés par le recensement de 1881 pour le numéro voisin donnent certainement une idée de la maisonnée. Aujourd'hui, on imagine volontiers que, la nuit, y entrent des personnages à la Eyes Wide Shut, que les paisibles mères de famille qui accompagnent leurs rejetons à la ravissante nursery voisine ne croiseront jamais. Mais qui sait ?

Dwelling: 48 Glebe Place
Census Place :  Chelsea, London , Middlesex, England
Source: FHL Film 1341017    PRO Ref RG11    Piece 0076    Folio 113    Page 19
                            Marr Age Sex Birthplace
James CHARLES        M 30  M    Warrington, Lancashire, England
Rel: Head
Occ: Artist (Painter)
Ellen CHARLES          M 36  F     Brompton, Middlesex, England
Rel: Wife
Henry E. CHARLES     U  5 M      Chelsea, Middlesex, England
Rel: Son
Ellen A. CHARLES       U  3  F       Chelsea, Middlesex, England
Rel: Daur
Richard C. CHARLES   U  2  M     Chelsea, Middlesex, England
Rel: Son
Kate M. CHARLES          1  F       Chelsea, Middlesex, England
Rel: Daur
Alice L. BENNETT        13  F      Dorset, England
Occ: General Serv (Domestic)
James H. THOMAS       28  M     Bristol St Michael
Rel: Visitor
Occ: Artist (Sculptor)


fa_adeloup_entr_erecoinmedaillonstatue_numeronursery


Posté par florizelle à 00:02 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , ,



lundi 16 octobre 2006

Bleu Tudor

Juste pour le bleu et l'orange  des portraits de  Master John


masterjohn_Mary

Pour faire apparaître Katherine Parr dans sa royale splendeur, cliquez sur l'image.

catherineparr


National Portrait Gallery, Londres

Posté par florizelle à 00:02 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

dimanche 15 octobre 2006

Entre chien et loup

Jeune photographe française installée à Londres, Chrystel Lebas voue l'essentiel de son travail à explorer la capacité de  la photographie à observer et enregistrer l'immatériel passage du temps. Temps de pose très longs, allant de deux à six heures, lents pivotements, angles panoramiques concourent à créer des paysages oniriques d'une grande force contemplative proche des visions du romantisme allemand. Dans son travail sur le sommeil, elle s'inspire des travaux du Docteur Baraduc, qui après avoir photographié les hystériques, s'était attaché à saisir l'aura du dormeur, aura du rêve, aura du cauchemar.  Il en ressort des images tantôt paisibles tantôt fantomatiques et tourbillonnantes où se trouble l'inconscient du rêveur. A voir dans son premier livre Espace temps (sur son site, en format pdf).

Dans son dernier livre, Between Dog and Wolf (Azure Publishing, Londres, 2006), elle se plonge dans lunivers de la forêt, saisie au crépuscule. Forêt noire allemande - Abyss -  ou bois du Wiltshire inondés de bluebells - Blue Hour- , la silhouette des arbres, les couleurs disparaissent progressivement pour laisser place à l'inquiétante profondeur de la nuit. Et c'est là que se déploie tout l'imaginaire des contes de fée et de l'enfance.  Une conclusion s'impose alors à l'observateur : Boucle d'or n'est jamais revenue sur ses pas, elle a choisi de s'enfoncer toujours plus loin dans les bois, jusqu'à s'y perdre à tout jamais. Pour tenter de saisir sa silhouette évanescente, il faut se rendre au Victoria and Albert Museum, à l'exposition Twilight, Photography in the Magic Hour.

christellebas1

chrystellebas2abyss

chrystellebas5abyss

chrystellebas3abyss

chrystellebas4abyss

Posté par florizelle à 14:10 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

samedi 14 octobre 2006

Où les entrants grattaient la boue de leurs semelles

Après Singuliers regards (CFC, 2000), consacré aux regards de chaussée,  et Puits, cachettes et passages (Ed. Syllepse, 2002), le poète  Werner Lambersy et le plasticien Didier Serplet  continuent leur quête urbaine dans Gratte-pieds de Bruxelles,  paru récemment chez les excellentes  éditions belges  CFC .

Brûle-parfums, bénitiers, troncs d'offrande publics, emblèmes de sectes, abreuvoirs pour oiseaux, pièges, niches pour rats, lampes de trottoir,  le mystère s'épaissit au fil de belles pages oblongues où sont portés à notre hauteur ces trous de façades, que d'autres auraient laissés inaperçus.  Voilà une manière enthousiasmante de " secouer la poussière du vieux manteau de cette habitude que nous avons de traverser la vie comme les villes sans rien voir de ce qu'on vient pourtant de regarder".  Un hommage secret à Ruavista. Une vision digne du héros du court roman de Walter de La Mare,  A première vue, qui, affigé de naissance d'un mal qui l'empêche de lever les yeux, se voit condamné à observer le monde réduit à moins de son tiers inférieur.
 

" Le gratte-pieds  interdit muré comme une crypte un sanctuaire une grotte ou la chambre mortuaire d'un pharaon et sur l'enduit perpétuant la tradition des pierres de rêves des miniatures orientales et des paysages perdus au fond des scènes bibliques d'un primitif flamand ou florentin un rivage mystérieusement apparu où l'on semble aborder non sans risque d'orage ou de tempête sur l'île des morts d'un Böcklin.      

Petite machinerie théâtrale du temps qui inscrit son passage dans l'art baroque des lèpres et de la pourriture pariétale.
 
Il faut pour s'en convaincre une âme de flaneur de promeneur sans but qui donne aux rues l'attention nécessaire à la lecture des signes voulus ou non laissés au pied de l'ambitieuse  architecture des villes"



gratte_pieds

Posté par florizelle à 00:02 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

vendredi 13 octobre 2006

Kuma Kuma et les autres

Des craies grasses, des pastels, des crayons de couleur, le trait est flou et les teintes, posées comme  sur un buvard, brillent d'un éclat poreux.  Depuis quelque temps, on discerne aisément un style japonais dans les rayonnages des livres pour enfants. Porté par de jeunes illustratrices telles que Keiko Maeo, Kazue Takahashi ou la très talentueuse Komako Sakai, il contraste avec les images de leurs prédécesseurs, aux contours plus acérés, à la pointe éprise de détails (je pense en particulier au grand Mitsumasa Anno).  Formées à l'illustration, mais aussi au design textile, elles partagent de nombreux points communs avec des stylistes de leur pays. Naomi Ito ne saurait mieux représenter cette confluence des surfaces, elle qui peint, dessine, imprime, fabrique  menus objets et robes d'enfants.


keiko_brancot_contents

Keiko Maeo

komakosakai2006

Komako Sakai

komako_planche

naomi_fleurs

Aquarelles de Naomi Ito

naomi_tissusacgyaza_op

Tissus et habits  de Naomi Ito

Posté par florizelle à 00:02 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , ,

jeudi 12 octobre 2006

Flûte enchantée

kentridge_negative

Sortis de la chambre noire de William Kentridge, contemplée à la galerie Marianne Goodman,  les  décors en clair-obscur de la Flûte enchantée se livreront à nouveau aux regards européens au mois de juin, après avoir fait les délices des New-Yorkais, pour dix représentations au  théâtre royal de la Monnaie, à Bruxelles.  (Réservations à partir du 28 avril 2007)

« J'ai choisi le début du XIXe siècle pour illustrer les ambiguïtés entre le clair et l'obscur  en utilisant la référence aux chambres noires des premiers appareils photographiques.  La Flûte  est une belle démonstration sur les limites des Lumières, le «siècle des Lumières» comme on l'appelle. Il montre comment l'homme se réalise finalement lui-même par sa propre vie, par son expérience. Pour moi, c'est Pamina qui est le centre de l'opéra, c'est elle qui évolue du début à la fin, déjouant les dangers, naviguant entre la lumière de Sarastro et la Reine de la nuit. »



kentridge_horus




kentridge_flute
 

kentridge_petite_reine kentridge_tamino

Posté par florizelle à 09:11 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , ,



« Début   106  107  108  109  110  111  112  113  114    Fin »