jeudi 5 novembre 2009
Papers
A Bruxelles vient d'ouvrir un lieu exceptionnel :
Grand merci à l'éditeur singulier
mercredi 28 octobre 2009
Valises, coffres et boîtes : vies de Frida Kahlo


En 2004, un couple d'antiquaires mexicains, Carlos et Leticia Noyola, achetèrent à un avocat vivant reclus dans sa demeure une série de cinq valises et coffres ayant appartenu à Frida Kahlo et contenant plus de 1200 pièces d'archives personnelles, qu'il tenait lui-même de l'encadreur de l'artiste, à qui elle aurait légué ses possessions. Lettres d'amour, journaux intimes, souvenirs d'enfance, dessins, photographies, tableaux, livres annotés, carnets de recettes, statues, oiseaux empaillés, bijoux, robes et blouses : un véritable trésor documentant sa vie de son adolescence jusqu'à sa mort en 1954.
Alors que les Noyola entreprenaient d'authentifier leur découverte, Barbara Levine, historienne de l'art installée au Mexique travaillait à son project b, recherche expérimentale sur les archives personnelles et les photos privées. Une amie mit en relation le couple et l'historienne et l'idée d'un livre naquit.
Finding Frida Kahlo, Diaries, Letters,Recipes, Notes, Sketches,Stuffed Birds and Other Newly Discovered Keepsakes, fut ainsi publié en septembre dernier chez le très raffiné Princeton Architectural Press.
Un livre merveilleux fondé sur l'exploration visuelle de chacun des coffres, chacune de boîtes et valises : le lecteur, tournant les pages, ouvre les couvercles, manipule les objets, les éparpille, feuillette livres et carnets, lit lettre après lettre.


Mais dès avant la publication, les journaux enflaient de rumeurs persistantes selon lesquelles il s'agirait d'une gigantesque forgerie. La polémique a désormais atteint une violence extrême et les experts de l'œuvre de Frida Kahlo s'accordent presque tous à dire qu'il ne s'agit que de faux comportant des erreurs grossières.


Je dois dire que cette idée est des plus réjouissantes et j'imagine que Barbara Levine, très prudente dans le livre pour ce qui est de l'authenticité des pièces, a dû elle même être fascinée par cette belle entreprise de fabrication d'archives personnelles, écho de ses recherches sur la façon dont une vie peut se résumer à des objets. Comment a procédé le faussaire ? Comment a-t-il produit des fragments et des bribes à partir d'un énorme corpus biographique ? Comment a-t-il fait en sorte de rester dans le vraisembable ? Quel a été son cahier des charges ? Tout cela devrait intéresser les historiens du mythe Frida Kahlo, devenue une véritable icône.
Jusqu'à nouvel ordre, le livre reste en vente, les éditeurs arguant du fait que les experts n'ont pu étayer leurs accusations en l'absence de contact direct avec l'objet du litige.
mardi 27 octobre 2009
La femme dans le coffre

Détail de la Venus d'Urbino du Titien
dimanche 25 octobre 2009
Lettres turques

A Lady Rich.
Pera, Constantinople, le 16 mars 1717
Je suis charmée, ma chère Lady, que vous ayez enfin trouvé une commission dont je puisse m'acquitter sans décevoir votre attente. Je dois vous dire que ce n'est pas si facile que peut-être vous le pensez et que, si ma curiosité n'avait pas été plus active que celle des autres étrangers, je me serais excusée pour toute réponse, comme j'étais forcée de le faire quand vous vouliez que je vous achète une esclave grecque. Je vous ai trouvé selon votre désir une lettre d'amour en turc que j'ai mise dans une petite boîte, et j'ai ordonné au capitaine du Smyrniote de vous la remettre avec cette lettre. La traduction qui suit est littérale. La première chose que vous tirerez de la bourse est une petite perle, appelée en turc ingi, et on doit comprendre de cette manière :
ingi, perle
O la plus belle des jeunes filles
caremfil, clou de girofle
Vous êtes aussi mince qu'un clou de girofle.
Ayez pitié de mon amour
Je vous aime depuis longtemps,
et vous n'avez pas voulu le savoir
pul, jonquille
Prends pitié de mes souffrances.
kihat, papier
Je languis à chaque instant.
ermut, poire
Donnez-moi un espoir.
sabun, du savon
je suis malade d'amour
chemur, du charbon,
Puissé-je mourir pour que mes années s'ajoutent aux vôtres !
gul, rose
Puissiez-vous être heureuse, et je prendrai vos peines en échange.
hazir, paille
Daignez faire de moi votre esclave
jo ha, du tissu
Vous n'avez pas de prix
tartsin, cannelle
Mes biens sont à vous
gira, alumette
Je brûle, je brûle, ma flamme me consume
sirma, fil d'or
Ne détournez pas le visage
satch, cheveu
Couronne de ma tête
uzum, raisin
Mes yeux
tel, ficelle d'or
je meurs, venez-vite
Et le post-scriptum :
biber, du poivre
Envoyez moi une réponse
Vous voyez que cette lettre est tout en vers, et je peux vous assurer qu'il entre beaucoup d'imagination dans leur choix, comme pour les expressions les plus recherchées de nos lettres ; il y a, je crois, un million de vers servant à cet usage. Il n'y a pas de couleur, de fleur, de plante, de fruit, d'herbe, de pierre, de plume qui n'ait son vers, et vous pouvez quereller, blâmer ou envoyer des lettres de passion, d'amitié ou de simple politesse, ou même donner des nouvelles sans tacher d'encre le bout de vos doigts.
[...]
Comme je préfère l'anglais à tout , je suis très mortifiée de son déclin quotidien dans ma tête, où il se réduit (je le dis à ma honte) à un petit nombre de mots. Je n'arrive pas à trouver une phrase qui me permette de terminer convenablement ma lettre, et suis forcée de dire gauchement à votre seigneurie que je suis sa fidèle et dévouée servante".
Lady Mary Wortley Montagu. Lettres turques.
Letter to Lady Rich, march 1716, in Letters and Works of Lady Montagu in two volumes, Galignani, 1836.
In L'islam au péril des femmes, une anglaise en Turquie au XVIIIe siècle, intr. et trad. par Anne-Marie Moulin et Pierre Chuvin. La Découverte, 2001. On peut aussi goûter au festin d'intelligence, d'humour et de curiosité que constitue cette correspondance dans un joli recueil, plus restreint, de la collection du Petit Mercure, au Mercure de France. Un autre recueil, rassemblant d'autres lettres, Lettres d'ailleurs, est disponible chez José Corti.
Aquarelle de Gabriel de Saint-Aubin.
mercredi 14 octobre 2009
La veste d'Agnes et autres récits écrits à l'aiguille


Détails de la veste d'Agnes Richter.
Agnes Richter, couturière autrichienne, fut internée contre son gré dans un hôpital psychiatrique de l'âge de quarante ans jusqu'à la fin de sa vie, vingt-six ans plus tard. Là, elle s'employa d'abord à défaire toutes les coutures de la veste de son uniforme de lin gris pour ensuite la remonter, en 1895, à sa propre manière, sans vraiment dehors ni dedans, après l'en avoir entièrement couverte en cinq couleurs différentes de phrases brodées, si denses et enchevêtrées qu'elles en étaient devenues par endroit illisibles, elle seule détenant le secret de cette seconde peau tatouée pourtant obstinément offerte à la vue de tous. Apparaissent les mots "je", "mon", "enfant","sœur", "cuisinière","à travers mes bas blancs","mon habit","frère liberté","né le 19 juin 1873", avec le numéro de la blanchisserie "583 Hubertusburg" rebrodé pour mieux s'intégrer au flux de son propre récit. Elle est aujourd'hui conservée, sous le numéro 793, à la fameuse collection Prinzhorn de l'université d'Heidelberg.
Elle a inspiré à Rosalind Wyatt le joli (un peu trop peut-être) projet The Stitch Lives of Others, à travers lequel elle a élaboré le récit de la vie des arrière arrière-grands parents de son mari, Daniel Tuke, médecin aliéniste, pionnier de la réforme de la psychiatrie, et Esther Strickley, amatrice des dernières modes, en brodant sur un corsage en soie trouvé dans les archives familiales des extraits de leurs correspondances respectives avec du fil ayant appartenu à son aïeule, retraçant une part de leurs voyages à travers les hôpitaux psychiatriques d'Europe .


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Sur la broderie comme cri silencieux, voir le désespoir brodé en lettres rouges d'Elizabeth Parker, institutrice dans un petit village du Sussex au XIXe siècle ou le grand rouleau de Lorina Bulwer, internée au Great Yarmouth Workhouse vers 1900.

Sur les écritures lingères et la mémoire, voir le beau travail de Marie-France Dubromel, mercière ambulante, sur les traces d'Yvonne Verdier.
jeudi 8 octobre 2009
Villa des mystères

Pour continuer à déambuler dans la maison d'Aurélie Alvarez, c'est ici
Pour s'émerveiller de ses créations, là
Je me demande encore si je n'ai pas rêvé ...
Photos de Joanna Mac Lennan
Merci à Poppytalk d' avoir fait part de cette découverte enthousiasmante de Keith Johnson
jeudi 24 septembre 2009
Crochetage


Verrou-serrure du XVe siècle.
Musée de Cluny.
Pour apprendre les rudiments de l'art du crochetage de serrure,
rendez-vous ici et régalez-vous de l'avertissement aux lecteurs.
lundi 14 septembre 2009
Hibernatus



Versions vendues par le site keepcalmandcarryon.com
En 2000, un couple de libraires du Northumberland trouva dans un carton de livres anciens achetés aux enchères une grande feuille soigneusement pliée. Quand ils l'ouvrirent, ils découvrirent une grande affiche rouge au graphisme sobre sur laquelle étaient imprimés une couronne et les mots "Keep Calm and Carry On" - restez calmes et continuez (à vivre comme si de rien n'était). Personne ne connaissait ce slogan manifestement destiné à la propagande de guerre. Renseignements pris, il s'avéra qu'il s'agissait de la troisième des séries d'affiches mises au point par le ministère de l'information britannique au début de la seconde guerre mondiale afin de maintenir le moral de la population. Elle ne fut jamais utilisée car il n'était prévu d'en couvrir les murs qu' en cas d'invasion.
Depuis un peu plus d'un an, l'affiche d'abord encadrée dans la boutique puis reproduite pour être vendue par les libraires suivis de divers commerçants (avec accusations de plagiat à la clef) connaît un immense succès, s'écoulant à des dizaines de milliers d'exemplaires. Le slogan est désormais décliné sur des mugs, des t-shirts, des paillassons, des tabliers et connaît de multiples détournements (Now Panic and Freak Out, Get Excited and Make Things, etc).
L'expérimentation est rarement possible s'agissant du passé mais nous tenons là une merveilleuse occasion d'observer un cas de congélation historique : garder intact le produit de circonstances particulières pour en analyser les effets soixante-dix ans plus tard. Un slogan inventé en 1939, en temps de guerre, fait mouche en 2009, dans une période de crise économique.
mercredi 8 juillet 2009
Ancien et nouveau mondes


Les objets précieux et les bijoux de De Vera
1 crosby street, New York
photos empty garden et Roland Bello



Les découpages et ephemera de John Derian
10 east second street, New York
photos de Martyn Thompson et Roland Bello






Les savants assemblages de chez Obsolete
222 main street, Venice
tableau de Lauren McInstosh
jeudi 4 juin 2009
Mémoire de bulles de savon

Bulles de savon en verre soufflé du maître verrier Louis Thompson,
châsses du temps sur le point de passer,
posées sur des chaises de la maison de Sir John Soane
à l'occasion de l'exposition Reflections organisée l'année dernière par le Royal College of Arts






