temps légal

 

 

La seule horloge exacte de Paris se trouve devant l'Observatoire de Paris, dans le XIVe arrondissement : elle indique le temps légal français.

Elle a de quoi nous réjouir car elle trouble l'évidence acquise par l'heure que l'on consulte à sa montre ou à son téléphone, qui semble être devenue une unité de temps naturelle rythmant nos jours ou nos nuits comme si elle existait réellement. Cette horloge nous remet en tête l'arbitraire attaché à ce découpage du temps.

L'explication succincte qui l'accompagne précise que ce temps légal est fabriqué : "élaboré", "réalisé", nous dit-on, par le laboratoire national de métrologie LNE-SYRTE de l'Observatoire de Paris. Défini par rapport au temps universel coordonné, l'UTC, il est obtenu grâce à la coordination d'horloges atomiques à jet de césium et sa précision avoisine le millionième de seconde, la seconde étant définie comme "9 192 631 770 périodes de la radiation correspondant à la transition entre deux niveaux hyperfins de l'état fondamental de l'atome de césium 133". Il est consultable au 3699, numéro  de l'horloge parlante, et il est disponible en ligne ici. L'Observatoire de Paris  détient aussi le pouvoir d'ajouter du temps au temps : ainsi dans la nuit du 30 juin au 1er juillet 2012, la minute entre 0h59 et 1h a compté une seconde de plus, pour tenir compte des effets du ralentissement de la rotation de la Terre. Et c'est un autre effet défamiliarisant que de s'imaginer que c'est à ce degré d'exactitude que se coordonnent de multiples activités scientifiques, techniques et commerciales quand pour nous, une seconde n'est presque rien.

Qui plus est, l'élaboration de ce temps légal repose sur une construction historique récente : il peut nous paraître évident d'avoir la même heure, que l'on soit à Charleville-Mézières ou à Perpignan, mais jusqu'a la fin du XIXe siècle prévalait une myriade d'heures locales. L'uniformisation, rendue nécessaire par la coordination des horaires de chemin de fer, a dépendu de moyens technologiques de pointe permettant de garder le temps et de le diffuser sans décalage. La loi du 14 mars 1891 a instauré une heure légale unique à l'échelle du territoire national, fixée sur l'heure de gare.

Enfin, cette notion de temps légal a le pouvoir de nous laisser rêver à un temps illégal, un temps de contrebande que l'on pourrait voler, dérégler à loisir, pour le gagner ou le perdre.