manuscrit MM en habit d'homme

 

vis à vis

 

droguets

 

 

Après bien des péripéties, le manuscrit d'Histoire de ma vie de Casanova a rejoint le bibliothèque nationale : 3700 feuillets d'un papier couleur crème sur lesquels court une belle écriture régulière sans presque de repentirs. Quand il rédige son oeuvre, en français, au château de Dux en Bohème, engagé par le comte Waldstein comme bibliothécaire, il a renoncé à sa vie d'aventurier et pour faire un nouveau "saut dans le bonheur" il trouve réconfort dans l'écriture, une écriture qu'il n'a jamais cessé de pratiquer. Dans ses malles, l'infatigable voyageur, outre une impressionnante garde-robe, transportait toujours avec lui un épais dossier rassemblant sa correspondance et ses "capitulaires", carnets de note où il consignait conversations et événements,  vivier propre à alimenter les récits dont il se plaisait à émailler ses conversations. L'écriture et la vie étaient  intimement mêlées.

Pour célébrer cette acquisition, permise grâce à un mécène souhaitant resté anonyme, la BNF a organisé une splendide exposition à la scénographie particulièrement ingénieuse :  le visiteur est convié à traverser la vie de  Casanova comme dans un carrosse au gré d'un parcours sinueux où un système de fenêtres laisse entrevoir juste ce qu'il faut d'une autre pièce pour être sans cesse aiguillonné par le désir de continuer, happé par l'éclat d'un détail : rubans d'une robe en gros de Tours, perspectives démultipliées d'une vue d'optique d'Engelbrecht, masques d'un petit Longhi, ciselures d'une tabatière en argent, reflets d'un ensemble d'alambics, pensées dans les cheveux d'une belle portraiturée par Nattier, papier rugueux de la  partition originale de Don Giovanni, joues roses des chanteuses aquarellées,  géométries d'un jeu de cartes. Et si vous ne résistez pas à la tentation de prendre un chemin de traverse, de petites portes latérales sont pratiquées pour mieux vous échapper. Dans cette invitation au mouvement, on suit un peu du rythme aléatoire que l'aventurier a voulu imprimer à sa vie  :  hasard des cheminements, plaisir des rencontres, accidents de parcours et retour à meilleure fortune, chances du moment.

Voici que nous est montré un XVIIIe dont les lumières ne devraient rien à la raison, mais tout à l'éclat d'un habit de velours pailleté d'or et d'une parure de diamants sur fond nocturne. Voici que nous est suggérée une liberté qui ne devrait rien à la conquête collective de nouveaux droits mais tout à l'invention libertine d'une vie dédiée à la quête du bonheur, sans attaches et sans liens. Casanova, qui consacra sa vie au jeu, revendique une irresponsabilité généralisée, sans culpabilité ni regrets, tout en légèreté : "On peut y lire, au lieu d'une solution de facilité, d'un immoralisme inversé, un signe d'allégeance à une éthique différente qui, excentrée des bornes de l'indivdu et de son pouvoir d'action, se soumet sans restriction aux aléas d'une combinatoire supérieure." nous dit Chantal Thomas dans son Casanova. Un voyage libertin.  Dans le beau hors-série de Télérama, elle nous explique encore l'horreur que lui inspiraient les valeurs de la Révolution, douloureusement ressentie comme la fin d'un monde : "Casanova est un homme de loisir. Il ne croit pas une seconde au mérite, mais il croit au charme, à la chance, à la grâce, à l'intelligence, à la rencontre, qui vont à l'encontre du mérite. Ce qu'il aime dans l'argent, c'est qu'il ne vaut rien. C'est pour cela qu'il aime celui du jeu ou celui qu'on donne. Mais le principe selon lequel à l'argent puisse correspondre un effort lui répugne".

 De Venise à Duchkov, en passant par Constantinople, Paris, Vienne, Londres et Moscou, laissez-vous embarquer dans ce festin de la vie.

 

 

 

 

"....dans la douce oiseveté qui, pour remplacer le rien faire, force le corps et l'âme à tout faire. On se trouve las de causer, d'insister, de raisonner, et même de rire : on se laisse aller, et on fait, parce que qu'on ne veut pas savoir ce qu'on fait. On y pense après, et on est bien aise que tout cela soit arrivé".

Histoire de ma vie. vol. 9, p. 19. Ed. Brockhaus-Plon

 

 

 

 

 

Casanova, la passion de la liberté, jusqu'au 19 février à la bibliothèque nationale.