samedi 12 février 2011

Oripeaux




carton


Manon Gignoux expose en ce moment ses sculptures textiles à Gentilly aux côtés de l'artiste coréenne Hye-Sook Yoo.  Elles ont choisi le superbe mot d'"Oripeaux" comme bannière pour réunir leurs œuvres. "Vieille étoffe, vieil habit dont l'or est usé" nous dit le Littré, du bas-latin, auripellun de aurum, or, et pellis, peau.

Or et peau : la gloire, le dénuement. Un mot qui parle des rois déchus et par extension  de ceux qui ont tout perdu, qui n'ont plus que leurs habits sur le dos, usés jusqu'à la trame, cent fois reprisés, troués, effilochés, déchirés,  ceux qui n'ont plus qu'une  fine couche de tissu entre eux et le monde, dernière dignité, ultime refuge, maison et vêtement tout à la fois.

Glaneuse de trésors textiles ramassés dans les rebuts des marchés aux puces, Manon  Gignoux a puisé dans sa riche collection de tissus, de fragments de vêtements, de manteaux, de vestes, de robes, de pantalons, de bas, de dentelles, de rubans, de boutons, de menus accessoires.


tiroir_chair

tiroir3

Deux tiroirs de l'atelier dont on peut voir la photo dans l'un des trois magnifiques books consultables à l'entrée de l'exposition



Chaque sculpture est  empreinte du désir d'épuiser  les ressources du tissu  en allant jusqu'au bout des  possibilités qu'il offre,  du  grand assemblage plat de manteaux cousus bord à bord comme des peaux  à la myriade de miettes accrochées aux basques d'une veste, en passant par le tressage, l'effilochage, la superposition, le froufoutement, la relâché, le retournement, le démontage. 



effilochures_grises

tressage

miettes

mati_res





Avide d'expérimenter les possibilités inverses, Manon met en scène l'envers des vêtements, faisant passer la doublure au premier plan, en un nouveau dialogue des apparences.  Elle joue aussi des contradictions, des oxymores en transformant les accrocs du vêtement en ornements : la reprise d'un bas sera brodée de sequins, une déchirure fournira le motif d'où surgira une arborescence de dentelle.



cintres

dentelles



Il ne s'agit pas bien sûr de simples variations formelles. Toutes ses pièces sont traversées par des interrogations sur l'expérience du corps. Les empreintes de gestes, les traces d'usure, les blessures du tissu, les cicatrices de la matière font signe vers la fragilité humaine mais aussi la capacité de chacun à traverser les épreuves, à rester soi-même, à persévérer, Il n'est qu'à se tenir devant ses bouleversantes poupées pour ressentir la puissance de cette exploration.


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Oripeaux. Jusqu'au 12 mars au service culturel municipal de Gentilly, 60 avenue  Raspail

Parcours conseillé pour ceux qui viennent de Paris : à l'aller, descendre à l'arrêt "Gentilly " du RER B et se laisser paresseusement rouler comme un caillou le long des pentes de la rue de la paix puis du souvenir ; au retour, remonter l'avenue raspail et l'avenue gallieni pour goûter au charme des limites, observer les imperceptibles modifications du tissu urbain, avoir le plaisir d'entrer dans Paris à pied et  s'arrêter prendre un verre au  bar-restaurant  "Au coucou des Peupliers".

Posté par florizelle à 00:02 - - Commentaires [20] - Permalien [#]
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Commentaires sur Oripeaux

    Merci.

    Posté par martine, samedi 12 février 2011 à 20:45 | | Répondre
  • I am going to be pinned to this post for days now ha ha.
    I just love Manon Gignoux.. everything about her work is so fresh and this collaboration looks amazing...I just need a fairy godmother to whisk me out of my dark uk to the soft glow of the exhibition......and thank you so much for featuring it xxx
    Hugs Lynn xxxxx

    Posté par lynn, samedi 12 février 2011 à 22:52 | | Répondre
  • Oripeaux! Métaphore de la langue que nous utilisons quotidiennement, dont les mots s'usent jusqu'à devenir vains, et qui pourtant, se tissent inlassablement de nouveautés.

    Posté par marie, samedi 12 février 2011 à 23:27 | | Répondre
  • So delicate and beautiful. I want to fly to Paris!

    Posté par Takako, dimanche 13 février 2011 à 04:55 | | Répondre
  • J'y cours, J'y vole. Mon esprit s' y trouve déjà...j'aime aussi bcp votre petit "comment s'y rendre" .

    Posté par Anne, dimanche 13 février 2011 à 08:04 | | Répondre
  • Oh ! Florizelle, c'est mon rêve le plus fou de travailler, à ma façon, des tissus, des matières, pour les transformer, leur donner une autre vie en les transformant en oeuvre d'art.
    J'envie réellement celles qui y arrivent comme cette Manon (j'adore ce prénom).
    Je suis bloquée dans un sas paralysant, il s'ouvrira bientôt pour que je puisse exprimer ce qui bouillonne en moi. En attendant je savoure et j'apprends chaque jour, je m'entraine pour le jour de l'ouverture...
    Merci beaucoup d'entretenir l'espoir que c'est possible.

    Posté par Fine Bessot, dimanche 13 février 2011 à 09:22 | | Répondre
  • Formidablement intéressant

    Je connaissais son univers, son site, j'avais lu des articles sur elle./ J'adore, merci de montrer ses nouveaux trésors!!Anne

    Posté par anne, dimanche 13 février 2011 à 11:32 | | Répondre
  • Quel texte!

    Ps, je ne saispas si le texte est celui de l'expo ou de toi,mais je le trouve extra!!! Le genre qui me plaît!(étymologie de "oripeaux", façon de travailler, sens du travail.............

    Posté par anne, dimanche 13 février 2011 à 11:35 | | Répondre
  • sublime...
    kisses
    Ulla

    Posté par Ulla, dimanche 13 février 2011 à 18:09 | | Répondre
  • Ce travail est très beau et lourd de sens. Pour ma part, je m'interdis désormais ces gestes qui modifient, découpent, transforment, "détournent" comme on dit bêtement aujourd'hui, les vieux papiers, tissus et vêtemente, car je n'en ai jamais tiré qu'un sentiment de gâchis, des regrets et un malaise certain...

    Posté par lineau, dimanche 13 février 2011 à 18:30 | | Répondre
  • J'ai été sur le site de Manon Gignoux avant-hier mais il n'a pas été mis à jour depuis... 2007? C'est très dommage.
    Si ce n'était pas vous, je ne serais pas au courant de cette belle expo, avec une autre artiste à découvrir. Merci!

    Posté par Annoushka, dimanche 13 février 2011 à 22:47 | | Répondre
  • contente de votre retour sur ce blog
    toujours original, toujours pertinent, toujours intéressant, toujours fin, toujours esthétique...
    merci

    Posté par Adrienne, lundi 14 février 2011 à 18:53 | | Répondre
  • Elle crève le coeur, cette image du "tout perdu". Cette femme, avec ce qui lui reste d'un pull, quelques mailles. Et ses enfants pourtant souriant.

    Posté par alma, mercredi 16 février 2011 à 12:41 | | Répondre
  • J'ai hâte de découvrir cette expo mais j'attends le dernier jour car, je crois qu'une rencontre avec les artistes est organisée.

    Posté par Bella, mercredi 16 février 2011 à 18:19 | | Répondre
  • Merci de nous faire part de cette expo sur les oripeaux:j'aime les photos et le texte qui l'accompagne.

    Posté par anne, vendredi 18 février 2011 à 14:54 | | Répondre
  • Quel dommage ...j'habite un peu loin ....
    Ces tissus, ces empreintes, ces douleurs, ces bonheurs, cette douceur et cette violence ...les tissus parlent et j'aurais aimé les écouter ...


    Merci pour ce blog magnifique !!!

    Posté par edwige, samedi 19 février 2011 à 11:26 | | Répondre
  • Bonjour, bonjour d'une Bourguignonne ! je suis scrapeuse (en folie) et je viens vous visiter ; on apprend des choses chez vous alors je vais m'abonner.... bon dimanche !

    Posté par josuane, samedi 19 février 2011 à 22:06 | | Répondre
  • Superbe blog...

    Posté par Ricardo, lundi 21 février 2011 à 15:43 | | Répondre
  • j'ai découvert le travail de manon gignoux, il y a un moment déjà... une révélation... le voir dans sa réalité... un moment de poésie... merci...

    Posté par coscha, mercredi 23 février 2011 à 17:42 | | Répondre
  • Merci , cette exposition résonne fort en moi. Manon Gignoux expose aussi là
    Exposition à l’Espace Beaurepaire
    du mardi 1er au dimanche 6 mars 2011
    28, rue Beaurepaire – Paris 10e

    http://exploratrices.com/

    Posté par radzimire, jeudi 24 février 2011 à 11:13 | | Répondre
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