Oripeaux

Manon Gignoux expose en ce moment ses sculptures textiles à Gentilly aux côtés de l'artiste coréenne Hye-Sook Yoo. Elles ont choisi le superbe mot d'"Oripeaux" comme bannière pour réunir leurs œuvres. "Vieille étoffe, vieil habit dont l'or est usé" nous dit le Littré, du bas-latin, auripellun de aurum, or, et pellis, peau.
Or et peau : la gloire, le dénuement. Un mot qui parle des rois déchus et par extension de ceux qui ont tout perdu, qui n'ont plus que leurs habits sur le dos, usés jusqu'à la trame, cent fois reprisés, troués, effilochés, déchirés, ceux qui n'ont plus qu'une fine couche de tissu entre eux et le monde, dernière dignité, ultime refuge, maison et vêtement tout à la fois.
Glaneuse de trésors textiles ramassés dans les rebuts des marchés aux puces, Manon Gignoux a puisé dans sa riche collection de tissus, de fragments de vêtements, de manteaux, de vestes, de robes, de pantalons, de bas, de dentelles, de rubans, de boutons, de menus accessoires.


Deux tiroirs de l'atelier dont on peut voir la photo dans l'un des trois magnifiques books consultables à l'entrée de l'exposition
Chaque sculpture est empreinte du désir d'épuiser les ressources du tissu en allant
jusqu'au bout des possibilités qu'il offre, du grand assemblage plat de manteaux cousus bord à bord comme des peaux à la myriade de miettes accrochées aux basques d'une veste, en passant par le tressage, l'effilochage, la superposition, le froufoutement, la relâché, le retournement, le démontage.




Avide d'expérimenter les possibilités inverses, Manon met en scène l'envers des vêtements, faisant passer la doublure au premier plan, en un nouveau dialogue des apparences. Elle joue aussi des contradictions, des oxymores en transformant les accrocs du vêtement en ornements : la reprise d'un bas sera brodée de sequins, une déchirure fournira le motif d'où surgira une arborescence de dentelle.


Il ne s'agit pas bien sûr de simples variations formelles. Toutes ses pièces sont traversées par des interrogations sur l'expérience du corps. Les empreintes de gestes, les traces d'usure, les blessures du tissu, les cicatrices de la matière font signe vers la fragilité humaine mais aussi la capacité de chacun à traverser les épreuves, à rester soi-même, à persévérer, Il n'est qu'à se tenir devant ses bouleversantes poupées pour ressentir la puissance de cette exploration.

Oripeaux. Jusqu'au 12 mars au service culturel municipal de Gentilly, 60 avenue Raspail
Parcours conseillé pour ceux qui viennent de Paris : à l'aller, descendre à l'arrêt "Gentilly " du RER B et se laisser paresseusement rouler comme un caillou le long des pentes de la rue de la paix puis du souvenir ; au retour, remonter l'avenue raspail et l'avenue gallieni pour goûter au charme des limites, observer les imperceptibles modifications du tissu urbain, avoir le plaisir d'entrer dans Paris à pied et s'arrêter prendre un verre au bar-restaurant "Au coucou des Peupliers".
Commentaires sur Oripeaux
- I am going to be pinned to this post for days now ha ha.

I just love Manon Gignoux.. everything about her work is so fresh and this collaboration looks amazing...I just need a fairy godmother to whisk me out of my dark uk to the soft glow of the exhibition......and thank you so much for featuring it xxx
Hugs Lynn xxxxx - Oh ! Florizelle, c'est mon rêve le plus fou de travailler, à ma façon, des tissus, des matières, pour les transformer, leur donner une autre vie en les transformant en oeuvre d'art.

J'envie réellement celles qui y arrivent comme cette Manon (j'adore ce prénom).
Je suis bloquée dans un sas paralysant, il s'ouvrira bientôt pour que je puisse exprimer ce qui bouillonne en moi. En attendant je savoure et j'apprends chaque jour, je m'entraine pour le jour de l'ouverture...
Merci beaucoup d'entretenir l'espoir que c'est possible. - Ce travail est très beau et lourd de sens. Pour ma part, je m'interdis désormais ces gestes qui modifient, découpent, transforment, "détournent" comme on dit bêtement aujourd'hui, les vieux papiers, tissus et vêtemente, car je n'en ai jamais tiré qu'un sentiment de gâchis, des regrets et un malaise certain...

- Merci , cette exposition résonne fort en moi. Manon Gignoux expose aussi là

Exposition à l’Espace Beaurepaire
du mardi 1er au dimanche 6 mars 2011
28, rue Beaurepaire – Paris 10e
http://exploratrices.com/














