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Judith Schalansky nourrit depuis l'enfance une fascination pour les atlas. Élevée en RDA, elle a passé des journées à faire des voyages du bout des doigts, des Fingerreisen, quand partir à l'étranger était impossible. Aux cartes politiques, où la RDA et la RFA étaient posées de part et d'autre de la double page qui représentait le monde, elle a toujours préféré les cartes physiques, leurs bleus, leurs verts, leurs bruns, leurs courbes, qui rendent les territoires comparables, ramenés à l'aune des signes de la nature mêlant le concret et l'abstrait.

Lors de ses études de design, l'un de ses professeurs de typographie lui montre une page issue d'un atlas français du XIXe siècle où figure une île seule. Elle alimente sa rêverie sur ces lieux si éloignés des continents et de leur pays de rattachement qu'ils en deviennent des mondes à part entière.

Chemine l'idée d'un Atlas des îles éloignées, Atlas der abgelegenen Inseln.


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Elle rassemble un énorme corpus et traduit son matériel cartographique selon sa propre esthétique en l'homogénéisant, gommant les différences de configuration, abolissant les distances. Bleu, noir, blanc, orange, gris, le travail graphique est superbe. Les cinquante îles qu'elles a choisies sont présentées une à une, accompagnées d'une notice d'information d'une concision toute en élégance - nom, position géographique, surface, habitants, distances par rapport aux terres les plus proches, ligne chronologique - et d'un texte sur l'histoire du territoire.



solitude



De multiples lectures se font jour.  Chaque île est un corps dont la série célèbre les particularités  physiques à la manière d'un portrait. A l'étonnement morphologique s'ajoutent le plaisir des noms et l'imagination des cheminements possibles.

Les textes distillent des anecdotes savamment choisies, où fourmillent des interrogations sur les rêves d'une vie meilleure, les utopies, les impératifs de la survie, les dangers de la nature, les maladies, les formes extrêmes de criminalité.  Et l'on comprend que l'auteur, à sa manière discrète, a voulu faire de ces îles une sorte de métaphore du mal.

L'on ne s'étonnera pas du sous-titre du livre : "Cinquante îles où je ne suis jamais allée et où je n"irai jamais".  Les îles éloignées sont proprement infréquentables. Comme tout atlas, cet atlas est un anti-guide de voyage.







Judith Schalansky, Atlas der abgelegenen Inseln, Mare, 2009

Edition française, Atlas des îles abandonnées,  à paraître chez Flammarion le 15 septembre.

Édition anglaise, Atlas of Remote Islands, à paraître chez Penguin en octobre