mercredi 16 décembre 2009

Compas et poupée



pietro_paolini_soth91209




Un mystérieux portrait du  peintre baroque lucquois Pietro Paolini passé récemment en vente chez Sotheby's. Le catalogue réfute l'hypothèse d'une allégorie de l'architecture : le visage de  la femme, avec ses traits si spécifiques, ne serait pas assez neutre pour incarner une idée. Mais qui serait la jeune femme ainsi représentée ? Aurait-elle un lien avec la mère et la fille du magnifique double portrait ayant appartenu au cardinal Fesch ?




fesch2



___________


"Mais cet après-midi-là, celui qui me sembla le plus beau de tous, c'est un tableau de Pietro Paolini, qui vécut et travailla à Lucques au dix-septième siècle. Sur un fond d'un noir intense, sauf sur le côté gauche où il passe à un brun très foncé, on voit une femme de peut-être trente ans. Elle a de grands yeux mélancoliques et porte une robe couleur de nuit, qui ne se détache pas, même par illusion, de l'obscurité qui l'entoure et qui est donc en fait invisible, mais que chaque pli, chaque drapé de l'étoffe rend présente. Elle porte un collier de perles autour du cou. Son bras entoure d'un geste protecteur sa petite fille, qui se tient devant elle, sur le côté, tournée vers le bord du tableau, mais présente au spectateur, dans une sorte de défi muet, un visage sérieux sur lequel on dirait que les larmes viennent de sécher. La petite fille porte une robe rouge brique, rouge est aussi la poupée d'à peine trois pouces, vêtue d'un uniforme de soldat, qu'elle nous tend, soit en mémoire de son père parti à la guerre, soit pour se défendre contre notre regard malveillant. Je suis resté longtemps devant ce double portrait, et j'y ai vu, comme je l'ai cru alors, tout l'insondable malheur de la vie."

WG. Sebald. Campo Santo.
tr.fr. P. Charbonneau, Actes Sud.


Merci infiniment à Clothogancho  pour cet extrait.

Posté par florizelle à 00:02 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,


Commentaires sur Compas et poupée

    votre carton à dessin est un coffre aux trésors...
    je me délecte toujours autant sur vos terres.

    Posté par siscrine, mercredi 16 décembre 2009 à 18:27 | | Répondre
  • W.G.Sebald, visitant le musée d'Ajaccio, dit dans Campo Santo, le dernier livre que nous ayons de lui : "Mais cet après-midi-là, celui qui me sembla le plus beau de tous, c'est un tableau de Pietro Paolini, qui vécut et travailla à Lucques au XVIIème siècle. Sur un fond d'un noir intense, sauf sur le côté gauche où il passe à un brun très foncé, on voit une femme de peut-être trente ans. Elle a de grands yeux mélancoliques et porte une robe couleur de nuit, qui ne se détache pas, même par illudsion, de l'obscurité qui l'entoure et qui est donc en fait invisible, mais que chaque pli, chaque drapé de l'étoffe rend présente. Elle porte un collier de perles autour du cou. Son bras entoure d'un geste protecteur sa petite fille, qui se tient devant elle, sur le côté, tournée vers le bord du tableau, mais présente au spectateur, dans une sorte de défi muet, un visage sérieux sur lequel on dirait que les larmes viennent de sécher. La petite fille porte une robe rouge brique, rouge est aussi la poupée d'à peine trois pouces, vêtue d'un uniforme de soldat, qu'elle nous tend, soit en mémoire de son père parti à la guerre, soit pour se défendre contre notre regard malveillant. Je suis resté longtemps devant ce double portrait, et j'y ai vu, comme je l'ai cru alors, tout l'insondable malheur de la vie."

    Posté par clothogancho, jeudi 17 décembre 2009 à 19:50 | | Répondre
  • Enjoy to visit your blog, wish my French was
    more useful.(love to read W.G Sebald in english)
    Perhaps what I like best, is the mix of references,
    that aren't just a rehash of everyone else's.

    Posté par anie williams, mardi 29 décembre 2009 à 08:37 | | Répondre
Nouveau commentaire