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Montecristo, Romeo y Julieta, Dante, Don Quijote, Walter Scott, Sherlock Holmes, Byron : si tant de cigares cubains portent des noms de personnages de romans ou d'écrivains, c'est que la fiction est intimement liée aux gestes  des ouvriers des tabaquerias.

Depuis le milieu du XIXe siècle. ils  travaillent en effet au son de la voix d'un lecteur spécialement recruté pour leur faire la lecture à voix haute depuis une petite tribune de bois. Aujourd'hui, il s'agit d'un fonctionnaire d'Etat, condamné à user de mille ruses pour échapper à la censure, mais avant la dictature castriste, cette fonction était remplie  par des personnes rémunérées par les ouvriers  eux-mêmes, après d'âpres négociations avec les patrons.

Si la pratique de la lecture à voix haute n'est pas inconnue dans les milieux artisans (en particulier  dans les ateliers de tailleurs anglais), Cuba a ceci de particulier que la grande majorité du répertoire est constituée non de journaux mais de romans, de poèmes et de textes philosophiques. Hugo, Dumas, Marx, Schopenhauer, Zevaco, Cervantès, Zola, Tolstoï, Garcia Marquez, Bakounine, Dickens avec une prédilection pour Les misérables et le Le comte de Monte-Cristo, véritables "cigares" comme on appelle dans le langage populaire cubain les livres que l'on savoure aussi longtemps que les meilleurs havanes.

Roulées entre les feuilles de tabac, des feuilles de roman. Et dans les volutes du cigare incandescent, les silhouettes dansantes d'Edmond Dantès, de Cosette et d'Oliver Twist.








Voir la traduction de la recension de l'ouvrage d'Araceli Tinajero, El lector de tabaqueria : historia de una tradicion cubana, dans l'excellent Books mag (n° 2, février 2009)

Un collage de Felipe Jesus Consalvos,  né en 1881 à La Havane, établi ensuite aux Etats-Unis où il consacrait ses heures libres de cigarier à faire des collages.