Paris Photo

Maggie Taylor- Laurence Miller Gallery
Me voici de retour de Paris-Photo, expérience particulièrement éprouvante pour l'oeil, plongé dans un chaos d'images, et pour l'âme (ne passez surtout pas dans la salle des jeunes créateurs SFR où ces pauvres malheureux sont parqués sous leurs œuvres, la tête basse ou le regard plein d'espérance).
Je n'ai pu tout voir, bien sûr, mais suffisamment pour forger de nouveaux enthousiasmes.

Pour les portraits de femmes de la hollandaise Hellen van Meene
(Yancey Richardson Gallery)

Pour les ambiances inquiétantes du jeune danois Adam Jeppesen
(Kudlek van der Grinten)
Pour les paysages monochromes de la danoise Trine Sondergaard,
surtout ses paysages de neige, impossibles à reproduire ici.

Pour les tables de restes de Laura Letinsky, que je vois pour la première fois "pour de vrai"

Pour la délicieuse fantaisie des Winter stories de Paolo Ventura
Et du côté des Japonais, à l'honneur de cette édition 2008

Les subtils jeux de regard de Tomoko Yaneda, Between Visible and Invisible
( Shugo Arts )


Les vagues du moine bouddhiste Syoin Kajii
( Foil Gallery)
Les formes abstraites de Taisuke Koyama
(G/P gallery)
Sinon la galerie Camera Obscura tout entière et un grand tirage de Floriane de Lassée chez Philippe Chaume me suffisent tout à fait.
Epuiser l'image


Dans ces vignettes des Leçons illustrées de français, manuel scolaire de 1931, plus que l'image, ce sont les mots qui captivent. Reposant sur des catégories disparates, cette liste de mots se présente comme une tentative quasi-poétique d'épuiser l'image : non seulement, elle décrit mais elle énumère les possibilités d'action, donnant au dessin une profondeur temporelle.
Ce serait sans doute un bel exercice que de fabriquer de telles listes comme autant de légendes d'images choisies.

via l'Agence Eureka,
détectives de l'image
Dangereux voisinages

On savait que les pieds de table ne pouvaient en aucun cas être découverts dans les foyers victoriens respectables mais la pruderie ne s'arrêtait pas là. Un manuel de housekeeping de 1863, cité par Jacques Bonnet dans Des bibliothèques pleines de fantômes , précisait ainsi qu'en matière de classement des livres :
"La parfaite maîtresse de maison veillera à ce que les œuvres des
auteurs hommes et femmes soient décemment dissociées et placées sur des
rayons séparés. Leur proximité sauf à être mariés ne pouvant être
tolérée."
via Locus Solus
Photo de Tim Walker
dont les "Tales of Unexpected"
viennent d'être publiés
dans le Vogue anglais de décembre
Faire-part
Nouvelle inespérée, Miss Clara ouvre à nos yeux ébahis ses carnets :
vous y ferez de bien surprenantes découvertes sur ses activités et
l'attente de ses nouveaux billets sera une torture délicieuse !

Tandis qu'une autre belle dame brune, en son grand-duché, nous fait entrer dans
la belle saison.
N'y fleurissent que les espèces les plus rares et les mots les plus choisis.
A n'en point douter ma saison préférée.



"Un parfum violent monta jusqu'à lui, un
parfum de cassolette orientale, de benjoin, d'encens ;
un parfum connu,et que cependant il ne parvenait pas à identifier.
Prudemment, du bout
de l'ongle, il écarta le lit de sciure :
de petits œufs jaunâtres
apparurent, brillants et poussiéreux.
Et tout à coup le passé lui sauta
au visage : ces grains jaunes...
Le collier d'ambre et de musc !
Le
collier de Rachel. "
Roger Martin du Gard. Les Thibault, La belle saison.
Squelettes

Quelle est l'essence d'une chemise ?
Pour le savoir, il faut couper tous les pans de tissu et ne laisser que les coutures.
Alors elle devient épure, voire squelette.
Une belle expérimentation de Jean Shin.
Grâce aux Particules de Maïze
Derrière la porte
La semaine dernière, une constellation d'images s'est formée devant moi, presque à mon insu. D'abord, ce tableau à la Piscine de Roubaix (dont j'ai oublié l'auteur), ensuite cette petite vignette aperçue entre deux billets gourmands de François Simon, et puis cette carte postale reçue de Vienne, Die Lauscherin de Peter Fendi exposé au Belvédère. A croire que ce sont les images qui nous épient.
Pleurs de joie



Photos prises pour le New York Times
anno aetatis suae










Ce que nous notons religieusement au dos des photos, comme un monument au présent devenu passé, Holbein (et bien d'autres peintres encore) l'inscrivait en lettres d'or sur le fond uni de ses portraits : l'âge de la personne dont les traits sont fixés et l'année, le temps individuel et le temps collectif : Anno aetatis suae.

Attente

Une installation de Muriel Bardinet
pour Pizza chic
La couleur en négatif
Le musée du quai Branly a choisi pour thème de sa première grande exposition consacrée aux textiles, intitulée Chemins de couleurs, la teinture à réserve par ligature (tie and dye). Choix judicieux s'il en est, car cette technique, à laquelle on ne peut assigner d'origine géographique précise, est universellement répandue et a donné lieu à une très grande variété de formes et de couleurs : du shibori du Japon à la teinture indigo de l'Afrique de l'Ouest, des motifs circulaires des nappes des Aurès algériens aux diagonales des turbans du Rajahstan .
Dans un premier temps, il s'agit de transformer un objet bidimensionnel, le tissu, en objet tridimensionnel doté d'un relief. Avec un fil et une aiguille, parfois avec un onglet, l'on préserve une petite partie du tissu de la morsure des pigments de la teinture en la cachant soit par ligature (nouage, tressage, fronçage), soit par couture.
Dans un deuxième temps, opération magique parfois laissée au soin de l'acheteur comme dans les bazars indiens, on enlève les fils, déplie le tissu : le motif apparaît en négatif, la couleur alentour se révèle.
Merci à Delphine d'avoir montré la voie vers les
Chemins de couleurs, au musée du Quai Branly,
jusqu'au 4 janvier 2009
Signalons le remarquable catalogue des objets en ligne,
avec notices très complètes et photos à agrandir















