samedi 29 novembre 2008
Premiers balcons



A la vue de ces photos de Bill Henson, doit-on penser qu'un visage n'est jamais aussi beau que lorsqu'il se dérobe aux regards des autres ?

Bill Henson, Paris Opera Project, 1991-1992
Roslyn Oxley9Gallery
Orchestre et poulailler


Influencé par Degas, Walter Sickert a inlassablement capté, durant sa longue vie, l'incomparable lumière posée sur le visage des spectateurs des music halls et des théâtres, de Londres à Paris.

Noctes Ambrosianae, 1906,
Nottingham Castle
Spectators at the Old Bedford, 1897
Walker Art Gallery, Liverpool
Vesta Victoria at the Old Bedford, 1898
coll.privée
jeudi 27 novembre 2008
Conversations


L'art de la conversation vu par le prometteur illustrateur anglais Matthew Green
via a desgana
mercredi 26 novembre 2008
La noyée de la lagune

"Ayant déjà rempli vingt-sept malles et caisses avec les possessions de Fenimore*, elles ne tenaient pas vraiment à rapporter ses vêtements en Amérique, mais les brûler risquait de mettre le feu aux vieilles cheminées de la Semitecolo, les jeter au dépotoir serait dégradant et les donner engendrerait le risque de croiser un jour un double ou un fantôme de Fenimore au bord de quelque canal ou sur un pont.
Alors, pourquoi ne pas les abandonner dans les eaux de cette lagune qu'elle aimait tant et qui lui avait inspiré des lignes si éloquentes dans les dernières pages de son carnet ? Ils tombèrent d'accord ; donc, par une fin d'après-midi (morne et brumeuse au lieu du resplendissant coucher de soleil à la Turner qu'il avait espéré), il gagna le milieu de la lagune dans une gondole où les robes étaient entassées et, sous le regard perplexe et un peu choqué de Tito, le fidèle gondolier de Fenimore, il commença à les faire passer par-dessus bord. Certes, il savait rétrospectivement qu'il aurait dû les lester, mais il n'avait pas pensé que ce serait nécessaire ; il s'était complu à la vision des robes mouillées disparaissant avec grâce dans les flots. Au lieu de quoi, portées par les bulles d'air retenues dans leurs plis volumineux, elles flottaient à la surface autour de la gondole, comme des cadavres boursouflées, comme autant de Fenimore noyées."
* il s'agit de Constance Fenimore Woolson, fidèle amie de Henry James
David Lodge. L'auteur ! L'auteur ! tr.Suzane Mayoux. Payot
Une photo de la série raise/walk de Chadwick Tyler
mardi 25 novembre 2008
Cuisine de sorcière
"Dans un âtre enfoncé, une grosse marmite est sur le feu. A travers la
vapeur qui s'en élève, apparaissent des figures singulières. Une
guenon, assise près de la marmite, l'écume, et veille à ce qu'elle ne
se répande pas. Le mâle, avec ses petits, est assis près d'elle, et se
chauffe. Les murs et le plafond sont tapissés d'outils singuliers à
l'usage de la Sorcière"

Pour concocter brouets, potions et élixirs, munissez vous des fourches et chaudrons de la Witches' Kitchen de Tord Boontje, une collection d'ustensiles magiques éditée par Artecnica.

Détail du tableau d' Edward Burne Jones
représentant la sorcière gothique Sidonia von Bork -
Tate Gallery
lundi 24 novembre 2008
Humanité fossile

Cela faisait longtemps que ce bâtiment, coincé entre la Salpetrière et la Maison de repos des gardiens de la paix, m' intriguait mais je n'avais jamais eu vraiment le courage de descendre du bus pour le voir de près : le boulevard Saint Marcel distille une implacable mélancolie.
Vendredi, le soleil d'automne m'a poussée en sa direction. Et quel régal m'attendait : l'Institut de paléontologie humaine est un mélange à nul autre pareil de solennité et de fantaisie, tout à la fois monument à la science en action et rêverie sur les origines de l'homme, ensemble rigoureux et collection de détails baroques (des montants de fenêtre aux ferronneries).
Fondé en 1910 par le prince Albert Ier de Monaco, passionné de science et d'archéologie, il fut la première structure scientifique entièrement vouée à la recherche en préhistoire et marqua un tournant majeur dans la professionnalisation des archéologues.
Sa réalisation fut confiée à Emmanuel Pontremoli, dont la passion pour l'archéologie fut constamment nourrie au-delà de son grand prix de Rome. Architecte du Muséum d'histoire naturelle, il venait d'achever la Villa Kerylos quand il s'attela au chantier de la rue Panhard. Le prince souhaitait que " son nouvel institut ait des dehors séduisants, d'une très haute tenue
artistique et révélant, dès l'abord, par le choix des motifs
décoratifs, tout l'intérêt des études qui doivent y être poursuivies". Pontremoli fit appel au sculpteur Constant Roux pour réaliser toute l'ornementation de pierre, dont la pièce maîtresse est une frise de quatre vingts centimètres de hauteur courant sur toute la façade. Un résumé de l'histoire de l'homme (et un précipité des conceptions raciales de l'époque) représentant « les derniers reliquats des humanités primitives » en
grandeur naturelle : Aruntas d'Australie, Fuégiens, Négritos des îles
Andamans, Eskimos et « peuples nègres ».
Quelle pièce fut secrètement destinée aux savants fous chers à Tardi ? L'histoire ne le dit pas.



Institut de paléontologie humaine,
21 boulevard Saint-Marcel -1 rue René Panhard,
Paris XIIIe
vendredi 21 novembre 2008
Cieux hollandais
Truike Verdegaal, extraordinaire joaillère hollandaise, crée des bijoux comme des tableaux où chaque élément prend sa place dans un réseau de significations très élaboré. Puisant son inspiration dans les œuvres du XVIIe siècle, elle transforme ainsi les perles en nuages et les tessons de porcelaine en nature morte sur table mise.

Merci à Ana pour ses trésors collectés durant
Des jours et des nuits
Détail d'un paysage de Harleem par Ruisdael (Rijksmuseum) +
un article amusant de météorologue fou sur la réalité des formations nuageuses dans la peinture hollandaise
jeudi 20 novembre 2008
Une table

Cette savante composition a servi en 1869 à Charles Cros de test pour son procédé de tirage en trichromie, superposition de trois matrices jaune, bleue et rouge. Par une extraordinaire coïncidence, un autre homme dont il ignorait l'existence, Ducos du Hauron, mit au point un procédé en tous points identique en ces mêmes années. Les deux inventeurs présentèrent le même jour, le 7 mai 1869, le résultat de leurs recherches parallèles à la Société française de photographie.
"Sans nous connaître et à deux cents lieues de distance l'un de l'autre,
une même inspiration nous est venue à peu près à la même heure", écrivait Charles Cros à son confrère.
Un joyau de la collection Marie Thérèse et André Jammes
présenté lors de la vente organisée par Sotheby's à Paris, le 15 novembre dernier
mercredi 19 novembre 2008
Pelures d'agrumes


Dans la dégustation d'une clémentine, le plaisir d'enlever le papier d'emballage qui la recouvre, si fin et coloré, n'est-il pas pour beaucoup ? Un geste dont nous serons bientôt privés car ces frêles enveloppes, inutiles depuis l'origine, se raréfient. Il nous faudra rêver autrement du soleil en plein hiver.

voir Passions d'orange, papiers d'agrume aux éditions suisses Infolio, catalogue de l'exposition du Mudac de Lausanne
voir aussi la colleciton de Orangepaper sur flickr
lundi 17 novembre 2008
Couleurs empoisonnées

"Cette indication de passer la langue sur une tablette de couleur , comme l'habitude qu'ont plusieurs aquarellistes de modifier la forme et la quantité de couleur de leur pinceau avec la bouche, soulève bien souvent la question de savoir si l'on ne court pas le risque de s'empoisonner en agissant ainsi.
Nous y répondrons que nous ne connaissons que deux couleurs capables, l'une de tuer, l'autre de purger : le vert Véronèse (Emerald Green) composé de cuivre, éminemment toxique, et la gomme gutte (Cambodge)".
Jean-Joseph Bonaventure Laurens, Instructions sur le procédé de peinture appelé aquarelle. Paris, Deslosges, 1861.

Boîtes d'aquarelle
en vente chez Green & Stone of Chelsea
une adresse de Feltbug






