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Glissés dans les langes des enfants abandonnés au tour de l'hospice ou épinglés à leurs habits, des billets tracés d'une écriture souvent maladroite à l'orthographe approximative :  les parents livraient leur désespoir de ne pouvoir garder leur rejeton, souvent déjà prénommé et baptisé. Et pour lutter contre l'idée d'un engloutissement irrémédiable, ils y attachaient rubans, médailles, gravures, cartes à jouer,  bouts de tissus, morceaux d'almanach,  cartes de visite, dont ils gardaient la moitié ou le semblable sur eux  comme autant de signes de reconnaissance un jour à présenter.


Le musée d'histoire de la médecine de Rouen en conserve des centaines de ces "remarques", soigneusement apposées sur les registres d'admission du XVIIIe et XIXe siècles. Leur description suffit à donner une idée de l'inventivité déployée par les parents pour confectionner avec les matériaux dont ils disposaient quelque chose d'unique : un lien au sens le plus matériel du terme mais aussi un signe de lien, un symbole.

- "as de trèfle découpé en forme d'ovale percé d'un trou pour être porté comme une médaille"
- "carte à jouer coupée en diagonale sur laquelle est collée un ruban de soie bleu scellée par un cachet de cire rose"
- "pièce de coton brodée d'un bouquet de fleurs rouges et du prénom Honorine, au point de croix"
- "fleur de papier rose cousue avec un rouage de pendule"
- " bande de dentelle noire et un morceau d'indienne à fond bleu imprimée en blanc"
- "morceau de bois attaché par un lacet à une image pieuse découpée en deux"
- "morceau de papier blanc imprimé au pochoir avec des motifs de couleur rouge, avec en son centre un losange évidé laissant apercevoir un morceau de tissu rouge"
- ou plus simplement un  "ruban de lin blanc avec inscription à la plume : LD le 3 mai 1812, pareille modelle sera présentée"
- ou encore des petits morceaux de lange qu'il faut s'imaginer de couleur foncée à l'instar de l'habillement de Janvier, exposé à la porte de l'hospice général de Rouen le 1er janvier 1820 revêtu des effets suivants : "un bandeau, un bonnet d'indienne, fond lilas à fleurs blanches garni de linon doublé de toile blanche, une pointe de fichu d'indienne, fond à grandes fleurs rouges doublé de pareil, une chemise à brassière, une brassière d'indienne à petites rayes blanches et brunes" .


Dans les années 1780, 90 %  des enfants abandonnés mourraient avant d'avoir atteint un an ; dans les années 1850, près de 60 %. En 1861, seuls 6 % étaient repris.


arsene


remarques

 





Voir Les enfants du secret : enfants trouvés du XVIIe siècle à nos jours aux éditions Magellan,
catalogue de l'exposition ayant eu lieu du janvier à juin 2008 au musée Flaubert d'histoire de la médecine de Rouen.
Photos prises à partir du livre.



Voir aussi  From Mother to Child : Love Tokens Left for Foundlings
compte rendu d'une  l'exposition  du Foundling  Museum de Londres,
avec  la précision  que ces menus objets n'étaient jamais donnés aux orphelins,
contrairement à ce qui se passe dans  Oliver Twist