Un rêve d'Albrecht Dürer

"La nuit du mercredi au jeudi après la Pentecôte [7-8 juin 1525 ], je vis en rêve ce que représente ce croquis : une multitude de trombes d’eau tombant du ciel. La première frappa la terre à une distance de quatre lieues : la secousse et le bruit furent terrifiants, et toute la région fut inondée. J’en fus si éprouvé que je m’éveillai. Puis, les autres trombes d’eau, effroyables par leur violence et leur nombre, frappèrent la terre, les unes plus loin, d’autres plus près. Et elles tombaient de si haut qu’elles semblaient toutes descendre avec lenteur. Mais, quand la première trombe fut tout près de terre, sa chute devint si rapide et accompagnée d’un tel bruit et d’un tel ouragan que je m’éveillai, tremblant de tous mes membres, et mis très longtemps à me remettre. De sorte qu'une fois levé, j'ai peint ce qu'on voit ci-dessus. Dieu tourne pour le mieux toutes choses."
Cette aquarelle d'Albrecht Dürer est sans doute la première image "autobiographique" de rêve.
Kunsthistorisches Museum, Vienne
Petit page

Juste à côté de la ravissante brocante du Page, depuis un an, un Petit Page offre ses trésors d'enfances passées et en devenir dans une belle boutique en enfilade comme Bruxelles en a le secret.
Petit Page, 72 rue du Page, Ixelles, Bruxelles
Seuils

Plus d'un an après avoir lu le réjouissant Gratte-pieds de Bruxelles de Werner Lambersy et Didier Serplet, j'ai pu enfin faire mon miel de ce détail urbain que je n'avais pas même entrevu lors de mes précédentes promenades dans cette ville. On parcourerait des kilomètres à la recherche des mille et une variations de cette minuscule forme architecturale. Voici ma récolte en quelques centaines de mètres, de ma bien-aimée place Brugmann à la Trinité.
Pour refaire le chemin avec G.
Guignol
L'art du choix





Des albums d'échantillons textiles, l'Europe et l'Amérique en ont produit des milliers et des milliers au XIXe siècle. Rien qu'en Angleterre, entre 1830 et 1840, pas moins de 30 000 motifs différents ont été crées dont 10 % pour une diffusion à grande échelle. Ces livres répondaient tout à la fois à des besoins de rationalisation de la production et de standardisation en une période de très forte industrialisation mais aussi à des impératifs de vente : sous forme de portefeuilles de cuir, ils sont devenus l'instrument indispensable du représentant de commerce.
La passionnante exposition du Cooper Hewitt Museum Mutliple Choice : From Sample to Product montre que dès le XVIIIe siècle, l'industrie textile a eu recours à ce genre d'inventaire, qui plonge ses racines dans les livres de modèles du Moyen Age et de la Renaissance. De la porcelaine aux papiers peints, des arts de la table à la peinture, des accessoires de couture à la papeterie, cette pratique s'est bien vite répandue et perdure aujourd'hui.
Mais plus encore que cette investigation historique sur les liens entre design, marketing et industrie, c'est l'extraordinaire fraîcheur des couleurs qui captive. Le parfait état de conservation des tissus, tel qu'il nous est délivré dans les feuilletoirs , nous met au défi d'imaginer non seulement que les robes empesées des dames des daguerréotypes aient pu être rouge écarlate mais aussi - et c'est essentiel - neuves. Et voici ces femmes, non plus condamnées à des costumes mangés par les mites, mais rendues à leur statut de soeurs humaines contemporaines d'elles-mêmes. Prises elles aussi dans le vertige du choix entre trois ou quatre imprimés.




Cooper-Hewitt Museum, National Design Museum, New York
Mutliple Choice : From Sample to Product, jusqu'au 8 avril 2008
Zones neutres

Une rue fantôme de Delphine Roche de Montgrand
"J'ai éprouvé une drôle de sensation en marchant le matin square Cambronne, puisque c'est toujours la nuit que nous allions chez Guy de Vere. J'ai poussé la grille et je me suis dit que je n'avais aucune chance de le rencontrer après tout ce temps. Plus de librairie Véga boulevard Saint-Germain et plus de Guy de Vere à Paris. Et plus de Louki. Mais à la fenêtre du rez de chaussée, le lierre était là, comme dans mon rêve. Cela me causait un grand trouble. L'autre nuit, était-ce vraiment un rêve ? Je suis resté un instant immobile devant la fenêtre. J'espérais entendre la voix de Louki. Elle m'appellerait encore une fois. Non. Rien. Le silence. Mais je n'avais pas du tout l'impression que depuis l'époque de Guy de Vere le temps avait passé. Au contraire, il s'était figé dans une sorte d'éternité. Je me suis souvenu du texte que j'essayais d'écrire quand j'avais connu Louki. Je l'avais intitulé Les Zones neutres. Il existait à Paris des zones intermédiaires, des no man's land où l'on était à la lisière de tout, en transit, ou même en suspens. On y jouissait d'une certaine immunité. J'aurais pu les appeler les zones franches, mais les zones neutres était plus exact. Un soir, au Condé, j'avais demandé son avis à Maurice Raphaël puisqu'il était écrivain. Il avait haussé les épaules et m'avait lancé un sourire narquois : "C'est à vous de savoir, mon vieux...Je ne comprends pas très bien où vous voulez en venir...Disons "neutres" et n'en parlons plus...". Le square Cambronne et le quartier entre Ségur et Dupleix, toutes ces rues qui débouchaient sur les passerelles du métro aérien appartenaient à une zone neutre, et ce n'était pas un hasard si j'y avais rencontré Louki."
[...]
"Le plus curieux dans cette rue d'Argentine - mais j'avais recensé quelques autres rues de Paris qui lui ressemblaient -, c'est qu'elle ne correspondait pas à l'arrondissement dont elle faisait partie. Elle ne correspondait à rien, elle était détachée de tout. Avec cette couche de neige, elle débouchait des deux côtés sur le vide. Il faudrait que je retrouve la liste des rues qui ne sont pas seulement des zones neutres mais des trous noirs dans Paris. Ou plutôt des éclats de cette matière sombre dont il est question en astronomie, une matière qui rend tout invisible et qui résisterait même aux ultraviolets, aux infrarouges et aux rayons X. Oui, à la longue, nous risquions d'êtres aspirés par la matière sombre."
Patrick Modiano. Dans le café de la jeunesse perdue.
Gallimard, 2007.
pp. 109-110 puis p. 120
"Le texte, par exemple, sur «les zones neutres» que Roland écrit correspond à une obsession que j'avais à vingt ans de la topographie en suspens, en transit, et dont j'ai tiré alors, non pas un vrai texte, mais une étrange liste de rues, de boulevards, de quartiers périphériques, et de lieux improbables, loin du centre de la ville, comme une caserne de cavalerie à Dupleix ou les abattoirs de Vaugirard."
Interview avec Jérôme Garcin, Nouvel Observateur, 27 septembre 2007.
Aux frontières du 4 place D. et du 19 rue C.
Un divan japonais

Une ambiance de fin de vacances : les enfants du peintre Fortuny, Mariano et Maria Luisa, dans le salon japonais de leur villa de Portici (1874).
Trouver son chemin

1851, carte imprimée sur cuir par George Shove (The National Archives of the United Kingdom)
Une ingénieuse carte imprimée sur des gants pour permettre aux dames de se frayer un chemin de Crystal Palace vers les principaux monuments londoniens en cette année d'exposition universelle. Exposée dans le cadre de Maps : Finding Our Place in the World au Field Museum de Chicago.
via Bioephemera
La corde

Hans-Christian Andersen vivait entouré de mille terreurs ( d'être volé, de perdre son passeport, de manquer d'argent, d'être victime d'une épidémie, etc ) et, au cours de ses très nombreux voyages, emportait toujours une corde dans sa valise afin de pouvoir s'échapper de sa chambre d'hôtel en cas d'incendie.
Une photo issue du spectacle de Robert Lepage
Projet Andersen avec l'admirable Yves Jacques.
Voeux

Un ciel plein de promesses pour vous souhaiter une
m e r v e i l l e u s e a n n é e
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