vendredi 30 novembre 2007
Neverland

Il est temps d'abandonner vos logis. Faites atteler vos carrosses, briquez vos bottes de sept lieues, dépoussiérez vos tapis volants, enfourchez vos balais, harnachez vos dragons : demain, samedi 1er décembre, à deux et demi précises, quand le soleil sera à son zénith, s'ouvriront les portes de Neverland, LA librairie de l'imaginaire, pour petits et grands.
Longue vie à cette entreprise remarquable de courage, de culot et de poésie et toutes mes félicitations admiratives à sa créatrice, Lamousmé.
37 avenue de Stalingrad 78260 Achères.
mardi, mercredi et jeudi : 10 h30- 19h30
vendredi : 11h-21h
samedi : 9h30 -19 h30
jeudi 29 novembre 2007
Dessous


photos G. Blot
Bergère en cabriolet estampillée Georges Jacob et
chaise à entretoise est. JB. Boulard portant la marque au fer de Versailles
mercredi 28 novembre 2007
Indices : Morelli, Holmes, Freud


Types individuels d'oreilles et de mains
chez les peintres italiens par Giovanni Morelli.
Dans un fameux article, "Signes, traces, pistes, racines d'un paradigme de l'indice" (Le Débat, n°6, novembre 1980), l'historien italien Carlo Ginzburg prend pour point de départ de sa longue introduction la méthode mise au point par l'historien d'art Giovanni Morell, qui, après un examen scrupuleux de centaines et de centaines d'oeuvres, avait établi des tableaux systématiques de lobes d'oreilles, d'ongles, de doigts et d'orteils tels qu'on pouvait les trouver peints chez les grands maîtres de l'école italienne. Il partait du principe que ces détails négligeables, où l'influence des caractéristiques de l'école à laquelle le peintre appartenait disparaissait au profit des manies et façons de faire propres à chacun, permettaient de distinguer à coup sûr originaux et copies : ils étaient comme autant d'empreintes digitales trahissant un criminel. De fait, cette méthode d'attribution lui assura d'éclatants succès.
A la même époque, Conan Doyle attribue une méthode tout à fait comparable à Sherlock Holmes qui excelle à déchiffrer les détails les plus infimes grâce à une analyse scientifique : De la distinction entre les cendres de divers tabacs, La Détection des empreintes de pas, Les Tatouages, Les Différentes formes d'oreilles humaines comptent au rang de ses ouvrages les plus célèbres.
Dans La boîte en carton, (The Adventure of the Cardboard Box) il explique ainsi à Watson : "En qualité de médecin, vous savez, Watson, qu'il n'y a pas d'organe du corps humain qui présente plus de personnalité qu'une oreille. Toutes les oreilles diffèrent les unes des autres ; il n'y en a pas deux semblables. Dans le numéro de l'an dernier de l'Anthropological Journal, vous trouverez deux brèves monographies de ma plume à ce sujet. J'avais donc examiné les oreilles dans la boîte avec les yeux d'un expert, et j'avais soigneusement noté leurs particularités anatomiques. Imaginez un peu ma surprise quand, regardant Mlle Cushing, je m'aperçus que son oreille correspondait exactement à l'oreille féminine que je venais d'examiner. Il ne pouvait s'agir d'une simple coïncidence : la même minceur de l'hélix, la même incurvation du lobe supérieur, la même circonvolution du cartilage interne. Pour l'essentiel, la même oreille. Bien entendu, je discernai immédiatement l'importance énorme de cette observation. Il m'apparut évident que la victime était une parente de même sang, et probablement un très proche parente".
Mais Morelli exerça aussi une influence profonde sur un autre grand personnage : Freud. Dans Moïse et Michel-Ange (1914), il écrit : "Je crois sa méthode apparentée de très près à la technique médicale de la psychanalyse. Elle aussi a coutume de deviner par des traits dédaignés ou inobservés, par le rebut de l'observation, les choses secrètes ou cachées. "

Une convergence remarquable unit, de surcroît, les procédés de Holmes et ceux de Freud, lequel s'était ouvert à l'un de ses patients, l'"homme aux loups", de son intérêt pour les aventures du détective.
Dans les trois cas, souligne Ginzburg, des traces parfois infinitésimales permettant d'appréhender une réalité plus profonde, qu'il serait impossible de saisir par d'autres moyens. Des traces : plus précisément des symptômes (dans le cas de Freud), des indices (dans celui de Sherlock Holmes), des signes picturaux (dans celui de Morelli). Une triple analogie qui ne doit rien au hasard. Elle marque, vers la fin du XIXe siècle, l'émergence, sur fond de sémiotique médicale ( Freud, Conan Doyle et Morelli étaient docteurs en médecine), du paradigme de l'indice dans le domaine des sciences humaines.

Illustrations de Frederic Dorr Steele
mardi 27 novembre 2007
Traces


©
F. Le Driant
Quand un campagnol agreste rencontre un renard non loin du col de Gleize
lundi 26 novembre 2007
La fugitive
Fuir, s'échapper, disparaître, courir à sa perte ?
Destruction / Destination









L'aventure continue
* * * *** * **** * * ***** ***
Pour retrouver la fugitive
joignez-vous à
Florian Gerbaud
*Bats and Swallows*
et
Corinne Chaufour
+ Cahiers de Niemand +
vendredi 23 novembre 2007
Les herbiers textiles d'un petit garçon

photos Grégoire Alexandre
Pour construire son exposition Histoires de mode, Christian Lacroix a exploré pendant près de deux ans les réserves des collections du Musée de la mode et du textile dont il a extrait plus de cinq cents modèles - d'une robe de petite fille du XVIIe siècle à des pièces des années quatre-vingt-dix, de robes griffées à des modèles anonymes - pour les mettre en regard avec ses propres créations de couture. Un court texte de sa main accompagne chacun des vingt-quatre thèmes retenus : blanc, couleur, pois, rayures, patchwork, fleurs, historicisme, hispanisme, araignées, arlésiennes, usure, graphisme, carreaux, motifs, liturgie, carapaçonnage, ethnique, noir...

Tous témoignent de son impressionnante connaissance des matières et de sa familiarité ludique avec les styles et les coupes. Mais surtout tous comportent, d'une manière ou d'une autre, des évocations de son enfance et résonnent de sa passion aussi précoce qu'extraordinaire pour l'histoire de la mode : dès l'âge de six ans, il a constitué des dossiers en se donnant pour but d'enregistrer les plus infimes modifications d'ourlet afin de capter les passages d'une forme à une autre, avec un goût tout particulier pour les réinterprétations des modes anciennes à chaque époque ( il poussait le raffinement jusqu'à se demander quel style de robe XVIIIe les costumiers du cinéma muet pouvaient imaginer ).

Dessins d'enfance de Christian Lacroix
Et au fil de la visite, le spectateur est gagné par une émotion rare, née de la conscience d'être devant un rêve d'enfance réalisé. "C'est la chose que j'attendais depuis toujours" a déclaré Christian Lacroix, qui a sans nul doute été accompagné par le petit garçon qu'il était pendant toute la durée de sa plongée dans la caverne d'Ali Baba et de sa chasse aux trésors. Qui n'aurait envie de lui donner la main ?
Christian Lacroix, hstoires de mode,
Musée de la mode et du textile
107 rue de Rivoli, Paris
jusqu'au 20 avril 2008
mercredi 21 novembre 2007
La Peau de l'âme
Le photographe Fulvio Rosso était en train de restaurer un ancien moulin à huile sur sa propriété de Savona, quand il a découvert sous les décombres d'un toit écroulé un tas de vieux vêtements. Après les avoir soigneusement restaurés avec l'aide de sa femme, il les a photographiés un à un, recto verso, avec une chambre noire Sinar, rendant palpables sur le vieux papier Ferrania, le moindre pli, le moindre trou, la moindre reprise, la moindre usure, au plus près des gestes que faisait chaque jour un paysan ligure anonyme voilà cent ans.
A découvrir dans le dernier numéro de la très belle revue de photographie Purpose, à laquelle, chacun de leur côté, Guy et Delphine m'ont conduite, alors même que je me consacrais aux vêtements cachés. Qu'ils soient ici remerciés de leur extra-lucide attention.
De l'art de cacher les vêtements dans les murs

Ceci est ce qui reste d'un pourpoint du XVIIe siècle, trouvé caché dans les murs d'un magasin de pompes funèbres à Reigate, dans le Surrey. Il prend place aux côtés de toutes sortes de pièces d'habillement (chaussons de bébé, tricornes et feutres divers, corsets, col de costumes marins, bonnets d'enfant, étoffes ) collectées à la faveur du Concealed Garments Project, lancé en 1999 par le Textile Conservation Centre de l'université de Southampton. Toutes semblent se rapporter à une pratique en cours depuis le Moyen-âge consistant à cacher des vêtements à l'intérieur de caches creusées dans les murs, en guise de talismans pour protéger les foyers.
Pour les historiens du costume, ces trouvailles sont des trésors inestimables : les vêtements de la Renaissance ou même du XVIIe siècle conservés jusqu'à nos jours sont ceux des plus riches. Là, ce sont au contraire les vêtements les plus humbles, portés et usés jusqu'à la corde, qui s'offrent à leurs investigations, recouverts de la poussière des siècles et de la crasse du labeur. C'est presque à partir d'une boutonnière que Sue Stanton, conservatrice à l'Ashmolean Museum, a pu reconstituer le pourpoint dont il ne restait que des lambeaux, à la manière d'un Cuvier déduisant tout un squelette d'une seule dent. Là le fil d'un ourlet, le début d'une couture, le tissage grossier du lin, le fragment d'un emmanchement, les restes d'un lacet sont plus précieux que les broderies aristocratiques d'un pourpoint de duc ou de comte.
Via Scribblingwoman
lundi 19 novembre 2007
Choses ravissantes que l'on ne peut pas porter *




Des robes et des chaussures de papier de la créatrice danoise Violise Lunn.
Si fragiles qu'elles tomberaient en poussière si on les portait.

* A la manière de Sei Shonagon
Merci à M.B.,
la fée du Presbytère
vendredi 16 novembre 2007
Des guirlandes bien tressées

Etude des mains d'Erasme par Holbein. Musée du Louvre
Thomas More avait trois filles, Margaret, Elizabeth et Cecily, à qui il donna une riche éducation humaniste qui fit l'admiration de son ami Erasme. Les voici toutes à la confection de leurs livres de lieux communs (oui, encore ! mais promis, après, j'arrête) :
"Quand elles passaient, comme autant de petites abeilles, d'un auteur grec ou latin à un autre, là notant quelque chose à imiter, ici récoltant quelque dit notable à mettre en pratique dans leur comportement, là encore apprenant par coeur quelque anecdote spirituelle à rapporter à leurs amis, vous auriez juré voir les Muses elles-mêmes sur les pâturages du Mont Helicon en train de cueillir des fleurs et de la marjolaine pour en faire des guirlandes bien tressées".
Letttre à Guillaume Budé
Deux pastels d'Holbein de 1526 : à gauche, Elizabeth Dauncey, à droite. Cecily Heron.













