Le Divan Fumoir Bohémien

Placé sous le patronage du Prince Florizel de Bohème, héros de Stevenson, ce blog se veut flânerie dans une boutique hétéroclite où le curieux pourra déambuler dans des rayons divers et variés, se reposer, s'absorber et se sustenter.

mercredi 31 octobre 2007

Fledermaus

Fliegendeblatter1882Fledermaus


Fliegende Blätter

1892

En espérant échapper au fantôme de l'abbé  Spallanzani



Pour faire la fête avec Ulla

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mardi 30 octobre 2007

Pois noirs sur fond blanc


doubleportraitpois



Son visage est à demi-caché, à la manière des servantes noires peintes aux siècles précédents.

Elle est assise de côté. Elle n'a pas pu être au centre.

Elle a posé sa main (à la demande du photographe ?) sur la tête du petit enfant qu'elle doit garder droit. 

Elle porte une robe taillée dans le même tissu que ce bébé déjà plus robuste qu'elle. Une robe en coton. Du coton ramassé sous le fouet par ses parents, ses frères, ses soeurs.

Elle ne regarde  pas celui qui, après l'avoir fait poser, obscurcira son visage et éclaircira celui de l'enfant par des retouches au pinceau.

Non, elle ne regarde pas  mais peut-être sourit-elle.







Nursemaid with her charge
Ambrotype  anonyme de 1855,
Library of Congress

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lundi 29 octobre 2007

Théorie du Grain de sable

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En ce moment à Bruxelles, à la Maison Autrique, chef d'oeuvre d'Horta superbement mis en scène par Schuiten et Peeters, une exposition est consacrée à leur dernier et réjouissant opus : La théorie du Grain de sable.


 

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Les cités obscures : la théorie du grain de sable. 
Casterman, 2007.


Pour prolonger le voyage autour des  cités obscures
un détour par le  Cabinet de curiosités d'Eric Poindron s'impose


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vendredi 26 octobre 2007

Gouttes d'or sur papier nuage

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L'exposition du Louvre, le Chant du monde, l'art de l'Iran safavide, 1505-1736, vise à lever l'illusion d'un art de l'Iran voué au décor :  "Tous les détails en sont, bien au contraire, chargés de sens, dont la littérature persane donne la clé. Le passé pré-islamique est partout présent dans cette culture, vieille de quatre millénaires. Dans la peinture de manuscrit, les personnages de l’antiquité iranienne comme ceux de l’Ancien Testament sont représentés en personnages de l’époque islamique. Le passé devient ainsi la métaphore du présent, comme le démontre la titulature des souverains volontiers qualifiés par leurs panégyristes de « Second Rostam » ou de « Second Alexandre » indique le texte introductif. Soit. Mais ce ne sont pas les panneaux explicatifs ou les cartels d'une désarmante platitude qui vous aideront à comprendre ce fourmillement de références. Reste l'éblouissement béat ou alors le "doigt mordu de stupeur" selon une figure répandue des miniatures persanes.


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Le mat des pigments et le brillant de l'or, l'entrelacement du texte et de l'image, les marges où s'égarent les grues,  les rochers à figure humaine, les chevaux mauves aux narines fendues, l'infini étalement des choses, les ornements aux pochoirs, les pages sur les pages,  les gouttes de sang précieuses, les emboîtements d'espaces, les rivières bordées de cailloux roses, les nuances de l'or liquide, la grâce toute retenue des gestes, l'absence de vide :   calligraphes, peintres, papetiers, teinturiers, doreurs, préparateurs de couleurs dans le tourbillon d'un atelier d'Ispahan.


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"Le tableau à l'intérieur du tableau , c'est-à-dire le portrait de Khosrow que découvre Shirine lors d'une halte à la campagne n'était jamais clairement visible. Et ce n'était pas parce que l'image représentée sur la miniature à l'intérieur de la miniature était trop petite pour être bien peinte. En effet, la plupart de nos peintres sont capables de peindre sur un ongle, un grain de riz, voir sur un cheveu. Pourquoi alors ne peignaient-ils pas les traits, les yeux de Khosrow, dont la belle Shirine était en train de tomber amoureuse en le regardant ? ".

peckardishirrec

Manuscrits   (Peck et Garrett56)
du Livre des Rois, le Shahnama  de Firdwasî de la Firestone Library de Princeton
(cliquez pour agrandir)

" Le regard du peintre y est parallèle à celui du Très-Haut, qui comprend tout et qui voit tout, et le peintre y fait figurer -  comme s'il avait pu découper, ouvrir en deux d'un coup d'immense rasoir magique, la demeure choisie - tous les plus subtils détails intérieurs, invisibles du dehors, la vaisselle de toute taille et les festons des murs, les perroquets dans leur cage , les tentures, les recoins les plus isolés".

Le Noir puis LaCigogne à propos des écoles persanes
dans Mon nom est rouge d'Orhan Pamuk.
Gallimard, 2001. Trad. Gilles Authier

quintet


Khosrow découvrant Shirin en train de se baigner.
Poème de Nizami. 1548
Sackler Gallery, Smithsonian Institute
(cliquez pour agrandir)

"Et dans l'onde d'azur
elle était une rose qu’un tissu de soie bleue couvrait jusqu’à la taille.
                La source était emplie du corps de cette fille,
ses membres étaient superbes ;
une fleur d’amandier voilait le fruit d’amande.
                Ses boucles éparpillées roulaient sur ses  épaules ;
c’était comme une rose jetant des violettes.
"





Le Chant du monde, l'art de l'Iran safavide.
Jusqu'au 7 janvier 2008.
Musée du Louvre.

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jeudi 25 octobre 2007

Rouge baiser


rougeguerlain1948

Hier à la parfumerie, j'ai découvert une nouvelle méthode pour sonder le coeur des femmes : la "lipstickométrie". Parmi tous les bâtons de rouge de démonstration, trouvez le plus usé et lisez son nom. Le verdict est sans appel. "Sexy" de Chanel bat à plates coutures le "Romantic" (sic) d'une teinte guère différente, quand "Ingénue" est à peine entamé. Bien sûr, il faudrait mettre au point divers protocoles pour donner un fondement scientifique à ce nouvel instrument de sondage : on pourrait ainsi imaginer coller l'étiquette "Sexy" sur différentes autres nuances pour en mesurer l'impact. Donner des noms aux produits de beauté serait d'ailleurs presque une activité de poète, si le marketing ne s'en mêlait pas. Pensons au rouge  "Sang de dragon" de Shiseido ou au parfum  "Tubéreuse criminelle" des Salons du Palais-Royal.





publicits pour Guerlain de 1948. via Belles de pub

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D'un fil de soie

bouclejnicaiseperrin

"Je m’assis prés d’elle et lui dis mille choses ou tendres, ou repentantes, ou plaisantes. Je ne préciserai pas si nos lèvres arrivèrent à la distance d’un fil de soie ou moins encore : c’est matière à controverse. Mais je me souviens que, dans l’agitation, une boucle d’oreille de Virgilia tomba par terre, que je me penchais pour la ramasser et que la mouche déjà citée grimpa sur le bijou, ayant toujours la fourmi à la patte. Alors, avec la délicatesse native d’un homme de notre siècle, je mis dans la paume de ma main ce couple de torturés, je calculai toute la distance qui séparait ma main de la planète Saturne et je me demandai à moi-même quel intérêt pouvait présenter un épisode aussi insignifiant. Si vous en concluez que j’étais un barbare vous vous trompez, car je pris une épingle à cheveux de Virgilia pour séparer les deux insectes ; mais la mouche devina mon intention, ouvrit les ailes, et s’en fut. Pauvre mouche ! pauvre fourmi ! Et Dieu vit que cela était bon, comme dit l’Ecriture."

                  

 J.M. Machado de Assis.  Mémoires posthumes de Bras Cubas
ch.103 « Distraction ».
Ed .Métaillié, coll. Suite brésilienne.  Paris,  2000



Un détail du portrait de Mme Perrin par Jean Charles Nicaise Perrin.
Musée de Beaux-Arts de Valenciennes





Merci à  RdP

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mercredi 24 octobre 2007

Ne joue pas avec les allumettes !

struwwelpeter


Pierre l'ébouriffé (Struwwelpeter), un des plus grands classiques de la littérature enfantine allemande, a traumatisé des générations de petits germanophones avec ses histoires d'enfants désobéissants promis à d'abominables châtiments, voire à la mort. Le docteur Heinrich Hoffmann, qui l'avait initialement écrit et dessiné pour son petit garçon de trois ans en guise de cadeau de Noël, le publia en 1845 grâce à un ami éditeur et l'ouvrage connut bientôt un succès immense. Les spécialistes ne sont pas tout à fait d'accord sur le degré de sérieux avec lequel l'auteur prenait ses histoires : pure manifestation de l'éducation à la prussienne ou jeu absurde avec les normes.

Toujours est-il qu'enfant - était-ce la traduction de Cavanna ? - , je me délectais de son humour noir, avec juste ce qu'il fallait de cirsconspection. Il faut dire que ses vignettes sont de véritables chefs d'oeuvre, alliées à un texte d'une grande efficacité. Figurez-vous les recommandations quotidiennes faites aux enfants poussées à leur extrême.

Première vignette : "Gaspard, mange ta soupe", le replet petit garçon refuse jusqu'à devenir maigre comme un clou.
Dernière vignette : tombe de Gaspard.

Mais la palme revient à l'histoire de la petite fille qui joue avec les allumettes (les garçons préféreront peut-être le tailleur coupeur de pouce sucé).  L'image des petits chats pleurant sur le tas de cendres fumant est restée à jamais imprimée dans mes rétines.  Je vous laisse juger.


allumettes_old_1

allumettes_old_2

Notre grand-mère nous offrit un Anti-Struwwelpeter, d'inspiration libertaire (ce qui ne lui correspondait pas vraiment), pour conjurer ses propres peurs d'enfance . Je n'en ai pas grand souvenir à part une image d'enfants nus dansant autour d'un policier, l'original étant bien plus réjouissant que la parodie.

La plus belle prolongation qu'il m'ait été donné de voir est le junk opera Shockheadedpeter, écrit par les Tiger Lillies et scénographié par Improbable, duo  magique de metteurs en scène anglais.  Sur  un théâtre de carton géant, les comédiens s'emparaient à corps perdu des historiettes, dans la grande tradition de la pantomime anglaise, au son d'une musique grinçante à souhait.  Extraordinaire : comme si le papier devenait vivant. Admirez plutôt la petite Pauline en train de s'enflammer.

Shockmatches


Shockheadedmatches2

"Et bientôt son corps tout entier
Est brûlé comme du papier.
Et de Pauline, ô sort funeste !
Deux souliers, voilà ce qui reste.
Et près des cendres de l' enfant
Les chats s' asseyent en pleurant,
Avec un crêpe par derrière !
Miau ! les pauvres père et mère !
Et des ruisseaux de pleurs coulaient
De leurs gros yeux qu'ils essuyaient. "

Pour M.


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mardi 23 octobre 2007

Paysages oniriques

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Paysages oniriques de Denis Polge


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grimpantes


"Citations résolues ou simples échos, évocations et images du monde flottant se déposent comme un film translucide à fleur de papier (dont il aime le grain, la souplesse) ou de soie, légèrement lavée. Ces réalités se superposent, se juxtaposent, glissent les unes sur les autres, comme pourraient le faire les éléments d’un collage ; mais il ne s’agit que de l’apparence ou du fantôme d’un collage, d’un collage proprement réinventé. Ces compositions impossibles, ces espaces « incompossibles », comme aurait dit Leibniz, retrouveraient toute la liberté de l’arabesque, et la légèreté du mobile ; elles auraient pour donnée essentielle d’échapper à toute pesanteur (cette pesanteur à laquelle cède, emblème contraire, l’oiseau mort, thème récurrent chez Denis Polge), et d’obéir à leurs seules lois : celles d’une pondération mystérieuse, celle de l’imaginaire. "


Patrick Mauriès, 2004


Eaux dormantes

à la galerie Alexandre Biaggi, 14 rue de Seine, à Paris
jusqu'à fin novembre
catalogue aux éditions Gallimard

eaux_dormantes

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lundi 22 octobre 2007

Vieillir

Autre découverte faite grâce à la lettre-photo, le travail de Nicholas Nixon : "25 years of the Brown Sisters and New York", série composée d'un portrait annuel de quatre soeurs ( en fait,  sa femme et ses soeurs) de 1975 à 1999. En voici une sélection de cinq ans en cinq ans. Mais curieusement, ce n'est pas tant leur vieillissement qui saute aux yeux que l'écoulement de temporalités décalées : un véritable art de la fugue.


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J'ajouterai volontiers la trouvaille géniale  de l'excellent Square America. Un paquet de photos représentant une même femme trouvé dans une vanity case sur un marché aux puces  : là, ce n'est plus la fugue du temps mais véritablement la fuite.

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Enfin, pour un clin d'oeil finlandais, je terminerai par cette photo personnelle qui porte en elle-même les signes du vieillissement : son grain "XXe siècle" interdit à mes filles toute confusion avec leurs propres photos. Sommes-nous nimbés aux yeux des nouvelles générations numériques de la même aura préhistorique que nos aïeuls en noir et blanc ?

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Un polaroïd de 1971



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Réunir

Je ne saurais trop vous recommander de lire  (et regarder) la lettre-photo, "repertoire subjectif des ressources photo en ligne". Vingt et un  numéros ponctués de choix passionnants accompagnés de courts commentaires critiques, sans aucune pompe théorique, au fil desquels  l'auteur poursuit une beau travail de réflexion,  nourri par Hervé Guibert. 

J'apprécie particulièrement son attention aux usages de la photographie. Et sous le signe de la réunion d'êtres chers, deux sites présentés dans deux numéros différents m'ont particulièrement intéressée.

Le premier est consacré à une archive trouvée aux puces de Saint Ouen : des portraits d'immigrés  des années 50- 60 d'un studio de quartier parisien.  Les clients du photographe Claude Despoisse, pour la plupart des ouvriers algériens ou africains, lui fournissaient des photos des membres de la famille restés au pays pour qu'ils les inscrustent dans leur portrait. A une époque où les possibilités de communication avec ses proches devaient être à peu près réduites à néant,  ces clichés représentaient un enjeu affectif énorme. Qu'en est-il aujourd'hui à l'ère du portable ? La voix suffit-elle à remplir le vide de l'absence ? J'imagine que non : la photographie dans le portefeuille demeure sans doute une propriété essentielle de tout migrant.



despoisse



L'autre site, américain, intitulé Friends beyond the walls, propose aux prisonniers "las de se voir en photo avec leur famille dans le sempiternel décor du parloir" de se retrouver,  grâce à des montages numériques, en liberté aux côtés de leurs proches dans un cadre selectionné parmi un catalogue éloquent de plus de cent arrière-plans "romantiques et exotiques".  Quand on sait que certaines femmes n'ont jamais vu leur mari autre part qu'en prison, on comprend que ces photos deviennent pour elles un véritable monde parallèle à investir ensemble.


beforeafter

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