Le Divan Fumoir Bohémien

Placé sous le patronage du Prince Florizel de Bohème, héros de Stevenson, ce blog se veut flânerie dans une boutique hétéroclite où le curieux pourra déambuler dans des rayons divers et variés, se reposer, s'absorber et se sustenter.

vendredi 28 septembre 2007

Meurtre en miniature

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Dans Meurtre en miniature, de Floc'h et Rivière,  deux petites filles, princesses de leur état, Elizabeth et Margaret, font vivre  une histoire policière écrite pour elles dans un livre minuscule, qui peut se loger dans la bibliothèque miniature de leur maison de poupées.

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Cette maison de poupée n'est autre que celle offerte à la reine Mary, à l'initiative de la cousine de son mari George V :  élaborée avec la plus grande minutie par le célèbre architecte Edwin Lutyens, elle réclama l'aide de mille cinq cents des meilleurs artisans du royaume. La Queen Mary's Dolls' House est aujourd'hui exposée au château de Windsor.


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The Royal Collection. c  Her Majesty Queen Elizabeth II

Dans la bibliothèque, des ouvrages de Thomas Hardy, JM Barrie, GK Chesterton, Rudyard Kipling,  Robert Bridges ou Hilaire Belloc.
Chaque livre est un véritable livre miniature, certains ont même été manuscrits par leur auteur.




L'obsession reconstitutive à l'origine  des maisons de poupées a partie liée avec le travail policier et sa quête de l'infime détail. La maison de poupée fut d'ailleurs  utilisée comme instrument opératoire de recherche criminologique par la merveilleuse Frances Glessner Lee (1872-1962). Américaine de la bonne société entravée dans ses études par son père, confinée dans le rôle de maîtresse de maison,  fascinée par un camarade de son frère, célèbre criminologue, elle se lança à cinquante ans passés dans sa passion, la médecine légale, en la conciliant avec le monde domestique qui était son univers : elle se fit une spécialité de la reconstitution de crimes à l'échelle de pièces miniatures, études rassemblées sous le titre de Nutshell Studies of Unexplained Death dont l'efficacité fit l'admiration de tous les professionnels. Ses dioramas ont été  photographiés par Corinne May Botz.
(Merci à La main gauche pour cette déccouverte).

 

 

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Courtesy Corinne May Botz


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jeudi 27 septembre 2007

Urgent : recherche oeuf de phénix



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Cette magnifique publicité recouvre une réalité bien décevante (la Wonder Room  de Selfridges n'étant qu'un ramassis d'objets de luxe des plus communs) mais j'imagine fort bien la belle dame à la recherche de cette rareté sous les traits du modèle qui servit à Norman Parkinson pour son portrait d'après Van Dongen, dont la subtilité des couleurs laisse pantois.



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Adele Collins, Vogue 1959
© courtesy Norman Parkinson Archive.

 


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mercredi 26 septembre 2007

Rouge londonien

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Une cabine du modèle "kiosk n°2" et une planche de Floc'h pour A la recherche de Sir Malcolm.


Il n'y a pas beaucoup de villes au monde qui soient autant liées à une couleur que Londres et son rouge vermillon. Et c'est toujours une joie d'enfant que de voir cabines de téléphone, boîtes aux lettres et bus ponctuer le paysage urbain . Toutefois, il s'en est fallu de peu pour que ces icônes anglaises ne soient pas.

Giles Gilbert Scott, architecte lauréat en 1925 du concours  pour la nouvelle cabine qui devait remplacer le peu séduisant kiosk n°1, l'avait initialement conçue peinte à l'intérieur en bleu-vert et, à l'extérieur, en argenté. C'est seulement sous la pression du General Post Office qu' il dut changer ses projets pour le rouge, non seulement afin de les harmoniser avec les boîtes aux lettres mais aussi d' asseoir leur statut officiel. La Royal Fine Art Commission approuva et le rouge finit de devenir la couleur officielle de la ville  en octobre 1929 quand la General Omnibus Company annonça son intention de peindre ses bus en rouge, après quelques tentatives infructueuses de jaune et de crème.



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L'intérieur d'une cabine K6 Jubilee ; une pub géniale pour une chaîne de librairies
ou comment grâce au pouvoir de la fiction  percevoir une "Phonebox"comme une "changing room" de superhéros



Source : Twenties London, A City in the Jazz Age
Catalogue de l'exposition du Museum of London, 2003.



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mardi 25 septembre 2007

Un châtaignier des jardins de Kensington


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"Il est terriblement difficile d'obtenir des renseignements sur les fées.  Il n'y a guère qu'une chose que l'on sache sans l'ombre d'un doute à leur sujet : là où il y a des enfants, il y a des fées. Il y a longtemps, les jardins étaient interdits aux enfants et, à cette époque, il n'y avait pas de fées en ce lieu. Puis les enfants y furent admis et les fées y vinrent en foule, le soir même. Elles ne peuvent s'empêcher de suivre les enfants, mais vous les voyez rarement. En partie parce qu'elles vivent, pendant la journée, derrière les grilles, là où vous n'êtes pas autorisé à vous rendre, et en partie parce qu'elles sont très malignes. Elles ne sont pas futées pour deux sous après la Fermeture, mais jusqu'à la Fermeture, ma parole !"

JM. Barrie. Le petit oiseau blanc. Ed. Terre de Brume, 2006.

Traduit par Céline-Albin Faivre et accompagné d'une magnifique préface de sa plume  (je vous recommande tout particulièrement le passage "un bébé ou un cercueil : biographie d'une petite boîte")

"It's frightfully difficult to know much about the fairies, and almost the the only thing  known for certain is that there are fairies wherever there are children. Long ago children were forbidden the Gardens, and at that time there was not a fairy in the place ; then the children were admitted, and the fairies came trooping in that very evening, they can't resist following the children, but you seldom see them, partly because they live in the daytime behind the railings, where you are not allowed to go, and also partly because they are so cunning. They are not a bit cunning after Lock-out, but unitl Lock-out, my word !"

Peter Pan in Kensington Gardens. London, Hodder & Stoughton, 1906.


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On jurerait voir la mâchoire du Crocodile de Crochet dans les racines de l'arbre
sous lesquelles Arthur Rackham imagine un logis féérique.

 

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lundi 24 septembre 2007

Dolce mio amor


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De petits morceaux de pages découpées, des papiers trouvés, des rubans de dentelle fanée, des lambeaux de tissu effiloché,  du fil : un fil qui lie toutes ces bribes de vie en poèmes d'amour. La parole, le souffle, l'élan, l'hésitation, l'incantation.  Plier, déplier, lire et relire.

 

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Des chapelets crochetés à cacher dans sa poche, dont chaque grain appelle des souhaits à exaucer : réciter, répéter, tourner et retourner entre ses doigts, espérer.

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Des amulettes-reliquaires, précieuses d'entre les précieuses, où enfouir des secrets dont pas même la mort ne nous séparera. A porter au plus près de soi.


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Amulette d'une série inspirée des brevi, offerts comme cadeau de naissance en Italie du Sud.


Ce sont les merveilles d'Antonia Rossi, autant de variations, me semble-t-il,  autour de cette catégorie universelle d'objets, essentiels,  que tout être humain forcé d'abandonner son foyer ou réduit à la plus grande pauvreté garderait sur lui, près de son coeur. La vie même.



 

Jusqu'au 13 octobre

(mais  allez -y vite si vous voulez apercevoir
encore quelques-uns des trésors d'Antonia)

boutique Miller et Bertaux
17 rue Ferdinand Duval
dans le Marais à Paris
Du mardi au samedi
11h15-13h30 et 14h(voire un peu plus)-19h

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vendredi 21 septembre 2007

Le monde magique de Stefano Faravelli

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De maisons abandonnées en forêts féériques, de zoologies imaginaires en voyages orientaux, les aquarelles de Stefano Faravelli sont d'une telle délicatesse qu'on pourrait passer des heures à les scruter en se persuadant d'être passé de l'autre côté du miroir.

 

Giseh




Pour feuilleter son sublime carnet d'Istanbul, rendez-vous ici pour un détour.


Istambul







En France, seul est traduit son Carnet secret du Mali (Gallimard, 2005)


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jeudi 20 septembre 2007

Chaos aromatique

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L'odeur du maquis est sans doute l'une des plus belles qui soient et j'espère vivre assez longtemps pour connaître un jour l'appareil qui permettra de capturer les parfums de la nature dans toute la profondeur de leur relief ( ils s'appelleront peut-être des "osmographes" et l'on prendra des "osmos" comme des photos, ou une combinaison des deux). La bougie "Maquis" que Diptyque vient de créer, séduisante au premier abord avec sa dominante de ciste, s'avère décevante. Il lui manque un élément essentiel, le vent, qui fait changer en quelques secondes les notes principales qui parviennent au nez du promeneur. Cette fabuleuse expérience olfactive, on la retrouve, nain juché sur l'épaule d'un géant, dans ce passage du Guépard, auquel succèdent deux pages vertigineuses que je lis et relis au fil des ans.

"Le maquis suspendu aux pentes des collines deumeurait dans le même état de chaos aromatique où l'avaient trouvé les Phéniciens, les Doriens, les Ioniens, quand ils débarquèrent en Sicile, cette Amérique de l'Antiquité. Don Fabrice et Tumeo montaient, descendaient, glissaient, se déchiraient aux ronces comme un Archedamus ou un Philostrate, vingt-cinq siècles plus tôt. Ils voyaient les mêmes objets, une sueur tout aussi visqueuse mouillait leurs vêtements ; le même vent marin, indifférent, infatigable, agitait les myrtes et les genêts, répandait l'odeur du thym. Les arrêts imprévus, méditatifs des chiens, leur pathétique tension dans l'attente de la proie, renouvelaient les chasses où l'on invoquait Artémis. Réduite à ses éléments essentiels, le visage lavé de ses fards et de ses soucis, la vie retrouvait un aspect supportable. "

Chapitre trois du Guépard de Giuseppe Tomasi di Lampedusa.
tr. Fanette  Pézard. Le Seuil, 1959.

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mercredi 19 septembre 2007

Bagages enregistrés

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"Bientôt , l'étude de mes compagnons de voyage et de leur comportement dans les différents lieux que nous visitions me parut bien plus absorbante que celle des lieux mêmes. Dans ce genre de croisière, on rencontre fréquemment un personnage particulièrement intéressant : la veuve d'un certain âge aux revenus confortables. [...]

Ces veuves , célibataires et impressionnables, lisent la publicité des compagnies maritimes et des agences de voyage - vaguement poétiques, très légèrement aphrodisiaques - qui produisent à volonté chez un sujet simple un état de douce irréalité et de fascination. "Mystère, histoire, loisir, plaisir", ainsi commence ces publicités. Pas de connotation sexuelle directe. Mais une série d'associations positives - lune dans le désert, pyramides, palmiers, sphinx, chameaux, oasis, muezzin psalmodiant la prière du soir du haut d'un minaret, Allah, Hichens, Mrs Sheridan - qui toutes conduisent insidieusement au cheik, au viol et au harem."


Evelyn Waugh. Bagages enregistrés, journal de voyage en Méditerranée. tr. J. Gourand, Quai Voltaire, 1988.


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Edition originale de Labels, A Mediterranean Journal.
London, Duckworth, 1930.


Etiquettes de bagage à voir sur Art of the Luggage Label

via Agence Eureka

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mardi 18 septembre 2007

Mobiles

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A Chaumont-sur-Loire, pour la seizième édition du festival des jardins consacrée à la mobilité, une belle surprise de l'atelier des enfants a été la découverte de CitiZens d'Hervé Graumann aux éditions suisses Quiquandquoi (Genève, 2001).

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lundi 17 septembre 2007

Camouflage

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Edward Wadsworth
Dazzle-Ships in drydock at Liverpool. 1919.
National Gallery of Canada.


Le camouflage est devenu un motif tellement omniprésent qu'on en a oublié sa formidable nouveauté. Expérimenté pendant la Première guerre mondiale, il a réclamé la collaboration d'artistes dans toutes les armées européennes : il a partie liée avec l'émergence des mouvements d'avant-garde. Loin d'être simple trompe-l'oeil, il repose sur un jeu savant sur la perception des couleurs et des formes ainsi que des ombres et des lumières. Sa mise au point supposait une connaissance très fine des formes abstraites et une pratique de la dislocation des objets, sans doute inconcevable au XIXe siècle.

André Mare, peintre et décorateur remarqué pour sa "maison cubiste" du salon d'automne de 1912, fut ainsi l'un des principaux artisans de l'élaboration des camouflages de l'armée française.  Sur cette aquarelle issue de ses magnifiques carnets de guerre, il applique les principes du cubisme :  des bandes de couleur juxtaposées empêchent l'œil de reconnaître la forme du canon dans des tons choisis pour se confondre avec ceux du paysage environnant.


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Camouflage d'un canon de 280.
Fonds André Mare, IMEC.


L'exposition de l'Imperial War Museum de Londres ( un des plus beaux musées que j'aie visités) explore le rôle des artistes et des naturalistes dans la mise au point du camouflage et des nouvelles stratégies militaires mais aussi l'étonnante popularisation de ce motif dans le monde de la mode.


" Je me trouvais dans un gigantesque fenil (un bel atelier !) et j'ai peint neuf 'Kandinsky' (...) sur des toiles de tentes. Cette histoire a un but tout à fait utile : rendre introuvable l'emplacement des pièces d'artillerie pour les avions de reconnaissance et les photographies aériennes, en les recouvrant de ces toiles peintes selon un système pointilliste grossier et d'après les observations faites sur les couleurs naturelles de camouflage (mimétisme). (...) Grâce à la peinture, l'image qui nous trahit doit être désormais suffisamment brouillée et déformée pour que la position ne soit pas reconnue. La division va nous fournir un avion pour qu'il expérimente la chose en faisant des prises de vue. Je suis curieux de voir quel effet auront les Kandinsky à deux mille mètres d'altitude. "

Franz Marc (tué en 1916), Lettres du front, traduites par Laure Bonzon, Fourbis, 1996.
Cité sur le remarquable site La couleur des larmes

 


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