vendredi 29 juin 2007
Grâce
Malheureusement, je n'ai pas de sons pour rendre l'atmosphère enchanteresse de la Schola Cantorum, où s'entremêlaient à cet instant précis lamento d'une nymphe cachée derrière la porte grise, sonate romantique du premier étage et instructions rythmées données aux danseuses des niveaux supérieurs. Voilà qui procure une joie aussi profonde que celle d'entendre les musiciens accorder leurs instruments avant le début d'un concert.
Non loin, un mur orné d'un frais papillon...
...prépare le promeneur à découvrir une merveille baroque.
jeudi 28 juin 2007
L'image dans le miroir

Erwin Blumenfeld. Le miroir brisé. 1940
" C’est drôle de voir son visage sans précaution, quand on ne se regarde pas encore, quand on n’est pas prêt [...] dans le reflet d'un vitrine, contre une fenêtre", écrivait récemment Greg, de La Main Gauche. En lisant cette remarque si juste, je me suis souvenue d'un reportage du Monde, "les écueils de la liberté", sur le centre de détention de Toul, où sont emprisonnées des personnes condamnées à de très longues peines. L'un des détenus expliquait l'étrange expérience qu'il avait vécue lorsqu'à l'occasion d'une permission, il avait été totalement incapable de se reconnaître dans le reflet que lui renvoyait le grand miroir d'un centre commercial. Cela faisait trente ans qu'il n'avait jamais vu son corps en entier (en prison, il n'y a que de petits miroirs). Et dans sa tête, ajoutait-il, il avait toujours le corps de ses vingt-deux ans.
On pense aussi, bien sûr, aux greffes totales du visage et à cet inconcevable moment du premier regard dans le miroir après l'opération, aux antipodes de la vision fugitive précédemment évoquée. Le Professeur Laurent Lantieri, auteur de la dernière transplantation en date (22 janvier sur un patient souffrant de la maladie de Recklinghausen), dans un entretien récent à Libération, préfère insister non sur la nouvelle image du vivant mais sur le souvenir de l'image du mort.
"Vivre avec la tête d'un autre, prendre l'identité d'une autre
personne, tous ces débats m'ont semblé loin de la réalité à
laquelle nous étions confrontés. La question philosophique et
pratique qui reste en suspens est celle du don. C'est le don qui
est la question centrale. Et c'est à nous de porter cette question.
Ce n'est pas au patient de remercier le receveur. Donner sa face,
ce n'est pas comme donner son coeur, ou son rein. Cela engage
d'autres personnes, cela a un retentissement sur les familles. Le
visage laisse une trace, il laisse des souvenirs chez les proches.
Comment faire accepter ce don par la famille du donneur ? La loi
sur le consentement avait été réfléchie sur des dons d'organes
internes, et non externes. J'estime que ce n'est pas la même chose.
Est-ce qu'un donneur peut dire
«oui je donne mes organes, mais pas ma face» ? Il m'apparaît
indispensable de recueillir le consentement explicite de la
famille, car on prélève quelque chose qui va toucher à l'image du
patient. Or la famille reste propriétaire de l'image du mort."
Je doute qu'il existe des images publiques du visage des donneurs et que la face garde les mêmes traits une fois transplantée sur une autre ossature et une autre musculature. Mais quelle troublante idée que les reflets identiques de deux individus différents.
Autoportraits de William Orpen.
L'un de 1910 (Metropolitan Museum of Art), l'autre de 1912 (Cleveland Museum of Art)
mercredi 27 juin 2007
Paysages manufacturés

Carrare
Makrana, Rajahstan
Feng Jie, barrage des Trois Gorges
Décharges, chantiers, casses, mines, carrières, ports, raffineries, entrepôts de matières à recycler, champs pétroliers forment à travers le monde autant de paysages où l'emprise de l'homme sur la nature est visuellement spectaculaire. Très sensible à la théorie de l'empreinte écologique, Edward Burtynsky, photographe canadien lauréat du prestigieux TED prize, emploie une chambre grand format pour donner toute la mesure de ce gigantisme prométhéen. Sur ses grands tirages marqués par l'influence d'Ansel Adams, c'est en tant qu'indicateurs de l'échelle des sites que les humains sont présents. Accumulations, déclinaisons chromatiques, constrates de textures, jeux géométriques : tout concourt à susciter chez le spectateur une fascination pour le sublime industriel.

Chittagong, Bangladesh

Hamilton, Ontario

Oxford
Exposition au Centre culturel canadien, 5 rue de Constantine, Paris VII
Jusqu'au 20 août
mardi 26 juin 2007
Empreintes



Victor Hugo commença de faire des empreintes de dentelles en 1855 et poursuivit son expérimentation jusqu'à l'été 1856, à Hauteville House, à Guernesey. Il semble qu'il ait utilisé un même fragment prélevé sur le voile de mariée de Léopoldine, morte tragiquement en 1843.

"Empreintes de doigts, frottage, silhouettes, « fumage », « gribouillage », test de Rorschach avant la lettre, taches d'encre retravaillées, retouchées, pliures démultipliées du papier, tout lui est bon. De ces recherches, Léon Daudet, en 1896, nous fait le récit : « Il possédait une méthode de travail unique, invraisemblable, et où chacun peut trouver un enseignement. Il projetait sur une feuille de papier, du vin, de l'encre, du jus de pruneau, quelquefois du sang, quand il se piquait une veine. Ensuite, il considérait longtemps le contour de ces éclaboussures, et comme il n'est aucun chaos que le regard n'humanise, il découvrait des châteaux forts et des fontaines, des lions combattant, des hydres, des forêts fantastiques, toute une architecture de rêve puissamment ombrée et éclairée. » Léon Daudet conclut : « L'épouvante est son domaine. »" Pierre Rosenberg, "Victor Hugo dessinateur", discours à l'Académie française, 28 février 2002.

Via Topinambours
et sa délicieuse collection de choses françaises
lundi 25 juin 2007
Sogni d'oro - 1

Leda par Marty Blake
Extrait de l'index des principaux rêves analysés par Freud dans l'Interprétation des rêves tel qu'il figure dans l'édition révisée de la traduction de Meyerson publiée aux PUF en 1967.
Rêve d'une agoraphobique
- de l'agent de police
- de l'apprenti tailleur
- à travers les fleurs
Un beau rêve (Sapho)
Rêve de birthday
- de Bismarck
- de la bonne dans l'escalier
- du bord de la mer
- de la bouchère (dîner)
- de bougie
- de Brücke
- de cadavres
- de Casimir Bonjour
- de castration
- du célibataire Müller
- de cerises
- du petit Charles
- du cheval gris
- d'un chimiste
-de chimpanzé
- de chute
- de coiffeur
- de commodité
- du conseil municipal
- du comte de Thun
-de course
-de dents
- de déraillements
- de dîner
- d'Elise L.
Rêve de l'enfant anormal
- de l'enfant mort qui brûle
- des enfants-papillons
- d'escalier
- de l'établissement orthopédique
-d'examen
- de l'excursion à Aussee
- d'une femme du peuple
- de la femme qui rit
- de Fidelio (homosexuel)
- du fils officier
- des deux frères
- de fraises
- de la guillotine
- de Goethe
- de le gouvernante française
- du grand exploit
- du Graben
- du Grüne Heinrich
- de hannetons
- de Hearsing
- d'Hippias
- d'un homme
. . .
vendredi 22 juin 2007
Transparences

Le collier de perles (2002)
Sirène ( 2001)
Banquet de noces (2003)
Baiser (2000)
Pour voir dans le noir, rendez-vous au studio de Benedetta Bonichi piazza di Pietra à Rome
jeudi 21 juin 2007
Diptyques
Préparée pendant près de dix ans par la National Gallery of Art de Washington, le Koninklijk Museum voor Schone Kunsten d'Anvers et les musées de l'université d'Harvard, l'exposition Prayers and Portraits : Unfolding the Netherlandish Diptych a été l'occasion pour plusieurs équipes de chercheurs de mener des études approfondies sur de nombreux diptyques flamands du XVe siècle et du XVIe siècle.
S'il est clairement établi que la popularité grandissante de ces peintures sur panneaux doubles (le mot "diptyque" ne date que du XVIIe siècle) dans la seconde moitié du XVe siècle est liée à l'essor de la Devotio Moderna, un courant théologique né aux Pays-Bas, qui mettait au centre de la foi la meditation et la figure d'un Dieu humain, les usages dévotionnels qui leur sont liés restent encore peu connus. Un examen fin des cadres a permis de mieux comprendre leurs différentes dispositions : certains étaient repliés dans des pochettes de précieux tissus comme des livres de prières, d'autres suspendus à des chaînes, d'autres encore accrochés. Les radiographies ont par ailleurs mis au jour l'importance des interventions des commanditaires dans le dessin même des tableaux et leurs stratégies de promotion sociale à une époque où marchands et banquiers tendaient de plus en plus à iimiter les pratiques de la noblesse. Un marché de l'art florissant et des guildes de peintres très structurées ont aisément soutenu cette demande sociale : il suffisait souvent d'ajouter un portrait à une scène religieuse déjà peinte, produite plus ou moins en série, pour former un diptyque. Ces recherches, plus techniques que théoriques, ont également permis de réunir des paires dissociées depuis fort longtemps par les vissicitudes des ventes, de mettre en évidence de faux appariements ou de découvrir des fragments d'ensembles plus grands.
HOC OPUS FIERI DEIT MARTINUS DE NEWENHOVEN ANNO DM 1487 - AN° VERO ETATIS SUE 23
Chef d'oeuvre d'Hans Memling, le diptyque représentant Marteen van Nieuwenhove et la Vierge à l'enfant a la particularité d'avoir conservé son cadre et ses gonds intacts. Ils sont décisifs dans cette composition où les deux panneaux sont unifiés dans un même espace, alors que la plupart des diptyques juxtaposaient auparavant deux espaces de nature différente où personnages saints et personnages profanes étaient mis à distance l'un de l'autre. Cette cohérence spatiale n'est peut-être pas évidente au premier regard du fait de la séparation verticale des montants mais l'oeil saisit assez vite la continuité. La Vierge apparaît à Marteen dans une des pièces de sa demeure : son manteau rouge s'étend jusque sous le livre de prières et les bras reposent sur un même tapis oriental.
Mais surtout un miroir convexe renvoie le reflet des deux personnages et laisse entrevoir leur proximité - Marteen est agenouillé de profil, à côté de la Vierge assise. Le spectateur dispose d'une vue complète de la pièce en un seul coup d'oeil. Qu'aperçoit-il dans le fond ?
Deux fenêtres. Vertige : il se rend compte alors que les cadres des deux tableaux figurent les encadrements des fenêtres au travers desquelles la scène est vue. Le cadre fait corps avec l'image : l'espace du tableau et l'espace représenté se confondent. Qu'advient-il lorsqu'on referme le diptyque ?
Source : Prayers and Portraits, Unfolding the Netherlandish Diptych. Catalogue de l'exposition. Yale University Press.
mercredi 20 juin 2007
El bayon
Deux façons de voir la sublime Silvana Mangano danser et chanter El Negro Zumbon
Hay! Tengo ganas de bailar
Un nuevo compas
Dicen todos cuando me venpasar
Chica, donde vas
Me voy p'a bailar
El bayon!
Dans Anna (1951) d' Alberto Lattuada (ici avec Raf Vallone)
Dans Caro Diario , avec Nanni Moretti entre une orange pressée et un panino mozzarella-tomate, à travers la télévision d'un café.
"Quello era un film strano. C'era la Mangano che prima è suora, poi balla in mezzo..."
La chanson a été reprise dans une version très molle par Pink Martini mais elle est disponible dans sa version originale sur plusieurs plateformes de téléchargement.
mardi 19 juin 2007
Calendrier magique

Calendrier magique pour l'année 1896 écrit par Austin de Croze (plus connu pour son oeuvre gastronomique) et illustré par Manuel Orazi, grand affichiste. Un chef d'oeuvre de l'occultisme tiré au nombre hautement symbolique de 777 exemplaires, dont les vénéneuses mises en page forcent l'admiration.
Vous trouverez bien d'autres enivrantes potions chez Musecrack
lundi 18 juin 2007
Roses

John Rawlings. Vogue, juin 1952.
















