lundi 30 avril 2007
Jardin d'amour
Déception au musée du quai Branly devant Jardin d'amour, l'installation de Yinka Shonibare. Nous l'imaginions, certes naïvement, en plein air : elle est plongée dans un clair-obscur aux néons au rez-de-chaussée du musée. D'interminables haies de plastique, ne formant pas même un labyrinthe, mènent à trois petits groupes, inspirés de la série Les progrès de l'amour de Fragonard. Le wax est toujours là, dans sa splendeur, avec ses effets de motifs et ses alliances de couleurs virtuoses mais cela a beau être une création, Shonibare semble se répéter, jusqu'aux explications qu'il donne dans le mince catalogue à propos de l'utilisation des tissus. Il indique également que, référence au sort de l'aristocratie sous la Révolution, les têtes ont été ôtées ( mais c'est le cas de la plupart de ses oeuvres précédentes ) pour suggérer de manière "plus subtile" (sic) que derrière les bonnes choses du jardin, " il y a un problème". Il s'agit pour lui d'amener le public à réfléchir afin de lui "faire comprendre qu'il y a toujours un prix à payer pour le plaisir" et de l'inciter à cesser de "jouer de la lyre pendant que Rome brûle". Au cas où vous n'auriez pas compris : passez vite les grilles du jardin et foncez voir les masques de Nouvelle-Irlande.
Fragonard. Le couronnement de l'amour. Frick Collection, New York.
vendredi 27 avril 2007
Mosaïque vs puzzle

David Hockney. Place Furstenberg. Paris 7, 8 et 9 août 1985.
En 2001, Lucien Dällenbach, professeur honoraire de l'université de Genève, consacrait un beau livre à la figure de la mosaïque : Mosaïques, un objet esthétique à rebondissements (Seuil, collection Poétique). Il partait du constat de sa montée en puissance depuis le milieu des années quatre-vingt dix dans tous les champs de la société ainsi que dans l'art et la littérature, en tant que mot comme en tant qu'image. La fréquentation du world wide web, et plus encore de la blogosphère, ne pourra que nous convaincre de la pertinence de son propos.
Depuis la chute du mur de Berlin, explique-t-il, le monde est "en proie à un formidable processus de destruction créatrice qui se traduit par un coupé-collé généralisé". L'émergence de la mosaïque n'est toutefois pas le produit mécanique de la globalisation économique et de l'effondrement de la logique des blocs : ses virtualités internes et ses propriétés intrinsèques la prédisposaient à répondre aux besoins et aux attentes de l'heure. Et c'est bien en tant qu'objet esthétique autonome que Lucien Dällenbach a entendu l'analyser dans son "essai-parcours".
Arrêtons-nous au chapitre III où l'auteur montre comment, après avoir éliminé ou relégué dans l'ombre ses concurrents sur le champ lexical (courtepointe, macédoine, salade russe, pot-pourri), elle règne en maîtresse dans la famille des modèles (puzzle, kaleïdoscope, patchwork) permettant de penser le rapport entre la totalité et le fragment.
"Seconde propriété qui peut expliquer que la mosaïque ait répondu ( et réponde de plus en plus ) aux aspirations des écrivains et des artistes, mais aussi des lecteurs, des spectateurs, des téléspectateurs, des utilisateurs de traitements de textes et des internautes, c'est qu'elle n'a pas sa pareille en tant que schème opératoire. Non seulement elle ménage un écart maximal entre l'unité du tout et la pluralité discontinue du matériau de base ; elle suppose en outre un dessin global avec lequel les accommodements sont possibles : loin d'assigner d'avance et de manière dirigiste une seule et unique place à chacune des pièces, la figure finale autorise une totale liberté de mouvement, de placement et de déplacement des morceaux, ce qui veut dire que les substitutions restent permises, d'où un espace de jeu appréciable."
Elle se différencie fondamentalement du puzzle. Celui-ci "présuppose une totalité préexistante qu'il s'agit de reconstituer, certes, selon un ordre de succession quelconque, mais en remettant chaque pièce à sa place, alors que la mosaïque vise la constitution d'une totalité inédite, et donc encore à inventer." Deux imaginaires distincts sont à l'oeuvre : "Dans le premier cas (puzzle), où la vision est celle du détective, et le motif le plus insistant, celui de la fermeture, l'accent porte invariablement sur la pose de la dernière découpe qui, bien qu'elle soit la moins problématique de toutes, se trouve pathétisée aussi bien par la police et le journalisme d'investigation (qui se réjouissent de boucler l'enquête) que par la littérature (qui signe son arrêt de mort en comblant la case vide) et le mythe (il manquera toujours le dernier morceau au corps d'Osiris" ; "Dans le second cas prévaut une logique symétriquement inverse : horizon ouvert contrastant avec l'étau qui se resserre, carte blanche donnée à l'invention, activité non tenue aux résultats et n'ayant d'autre terme que la fatigue du mosaïste". Par ailleurs, "elle n'est assurée quant à son but ni quant à la méthode pour l'atteindre ; au surplus, elle s'accomplit avec des matériaux qu'elle a reçus d'ailleurs et qui, à l'instar des pierres des temples antiques servant à la construction des églises, ont souvent été utilisés une première fois."
Mais si la mosaïque est si plaisante, si elle rencontre tant de succès, continue plus tard Lucien Dällenbach, c'est qu'en tant que nouvelle mythologie, elle flatte le monde. A défaut d'ordre, d'harmonie et d'autorité du monde globalisé, elle le stabilise, en tant que modèle spatial, quitte à le faire apparaître comme statique. "Elle donne l'illusion d'être sans alternative : si elle ne connaît pas d'autres, c'est qu'elle les a tous internalisés et que, par conséquent, elle ne saurait être contestée de l'extérieur. Quant à son espace intérieur, c'est un lieu composite où coexistent, de manière irénique, et non contradictoire, toutes les valeurs entassées au cours de son histoire".
Mosaïquons donc, avec le plaisir que procurent les lieux communs.

Le premier puzzle jamais vendu, une carte d'Europe de 1766 mise en pièces par John Spilsbury
Sillons
De So Hing-Keung, grand photographe de Hong-Kong, je ne sais presque rien : une très récente rencontre engendrée par les algorithmes de google. Mais les surfaces grattées de sa série This Mortal Coil (1999) ont l'étrange résonance de mélodies surgies des microsillons d'un monde englouti.
jeudi 26 avril 2007
Au revoir parapluie

Aujourd'hui ouvre la location pour les représentations de Au revoir parapluie de James Thierrée, au Théâtre de la Ville de Paris, du 16 au 30 mai. On pourra admirer les costumes de scène de Manon Gignoux dans ce qui promet d'être une féérie de tous les instants.


Quelques photos de son spectacle précédent, La veillée des abysses

Pour mémoire : le 28 avril, ouverture de la location pour les représentations de juin de la Flûte enchantée mise en scène par William Kentridge au théâtre de la Monnaie de Bruxelles.
mercredi 25 avril 2007
Ce qui rend Eduardo Recife heureux
Grâce à l'anthologie de l'illustration compilée par Angus Hyland, The Picture Book, j'ai découvert le multitalentueux Eduardo Recife : graphiste, illustrateur, photographe, typographiste, ce Brésilien de Belo Horizonte a la fièvre du dessin depuis sa plus tendre enfance où il s'amusait à couvrir le corps de ses camarades de tatouages à l'encre de Chine. Toute son oeuvre est emplie de ce plaisir intense du tracé et c'est avec avidité que l'on en suit les chemins.
site de Luiz Henrique Vieira
Dans le même Picture Book, vous apprécierez peut-être aussi le travail de :
- Nina Chakrabati

- Izzie Klingels


- Sara Fanelli

mardi 24 avril 2007
Sieste

Il est deux heures de l'après-midi : quelques minutes de repos pour ces marchandes du marché central de Da Nang réveillées depuis le milieu de la nuit.

Une table dressée

Il est onze heures, bonzes et novices de la pagode de la Dame Céleste s'apprêtent à déjeuner. A l'entrée, un petit garçon patiente en s'amusant avec deux brins d'herbe.
lundi 23 avril 2007
Offrandes mystérieuses
Dans la cité impériale de Hué, non loin du pavillon de lecture de Thai Binh, un édifice abandonné sur une petite île envahie par la végétation m'intrigue. En approchant, je découvre parmi les briques désormais nues un autel des ancêtres. Qui prend soin de déposer ces offrandes ? Qui est ainsi honoré ?



Rosée de lotus


Premier lotus au mausolée de Tu Duc
Rêvons au thé de l'empereur d'Annam Tu Duc : ses domestiques plaçaient l'après-midi précédant la dégustation quelques pincées de thé vert au coeur de fleurs de lotus du lac de la cité pourpre interdite, refermaient les corolles par un fil de soie, et venaient recueillir à l'aube le lendemain les feuilles imprégnées de rosée parfumée.
dimanche 22 avril 2007
Electeurs de tous les pays, unissez-vous !























