L'une des plus belles opérations de l'histoire du contre-espionnage est sans conteste l'Operation Mincemeat. Menée de main de maître par Ewen Montagu, elle consista à monter une très subtile manœuvre de désinformation  (deception) afin de tromper les Allemands sur les intentions des Alliés en leur faisant croire qu'un débarquement était prévu en Grèce alors que les plans réels visaient la Sicile, en 1943.

A l'aide d'un sous-marin, il fait rejeter sur la côte espagnole, près du village de Huelva, le corps d'un officier de la Royal Marine, censé avoir été tué dans un accident d'avion ou le torpillage de son bateau. Attaché à son poignet une chaînette le relie à une mallette contenant des documents qui laissent entendre que les Britanniques vont débarquer en Grèce ou en Sardaigne. Comme prévu, un agent nazi récupère le corps et s'empare des informations pour les communiquer à Berlin, qui donne ordre à certaines unités stationnées en Sicile de faire route vers la Grèce et la Sardaigne. Le faux Major Martin est inhumé avec les honneurs militaires en Espagne et le débarquement anglo-américain du 10 juillet 1943 en Sicile va prendre les forces de l'Axe par surprise.

Evidemment, le Major Martin n'a jamais existé, d'où l'autre nom de l'opération : Man Who Never Was.  Le corps était un cadavre récupéré par les services britanniques et encore aujourd'hui, une polémique fait rage sur la véritable identité du mort. Mais le plus passionnant est la façon dont l'identité du Major a été forgée de toutes pièces. Ewen Montagu y consacre le sixième chapitre de son livre, "The Creation of a Person", où il détaille l'élaboration de tous les documents personnels que le faux major portait sur lui. En voici la liste :

- une carte d'identité militaire
- un pass périmé pour le quartier général des "combined operations"
- des contremarques de tickets pour une représentation au Prince of Wales' Theatre
-deux tickets de bus
- deux carnets de timbres
- une invitation au Cabaret Club
- une lettre  de la Lloyds Bank lui signalant un découvert
-une facture de chez Gieves pour une chemise, froissée au fond de sa poche de trenchcoat
- une facture du Army and Navy Club, qui avait entre autres avantage de montrer que le Major était à Londres à la date voulue
- une facture pour une bague de fiançailles de chez S.J Phillips sur Bond Street
- une photographie de sa fiancée, "Pam", en maillot de bain
- trois lettres d'amour dûment patinées
- une lettre de son père, d'un style édouardien plus vrai que nature, à en-tête d'un hôtel du pays de Galles où il était censé s'être installé pour fuir la pingrerie de sa sœur, qui refusait de chauffer la demeure familiale

Quant aux possessions personnelles, les "corroborative details", elles consistaient en des billets et des pièces, une boîte d'allumettes, un paquet de cigarettes, un trousseau de clefs, et une médaille de Saint-Christophe, placée pour établir l'appartenance du major à l'église catholique et lui garantir des obsèques chrétiennes au même titre que ses plaques d'identité militaire où était inscrite la mention R/C (Roman Catholic).

Les lettres et les passes avaient été rangés dans son portefeuille, tandis que le reste avait garni ses poches. Du grand art qui  force l'admiration de quiconque a un jour tenté de créer de faux fonds de poche et une belle leçon sur la vraisemblance de l'existence humaine.


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