Le Divan Fumoir Bohémien

Placé sous le patronage du Prince Florizel de Bohème, héros de Stevenson, ce blog se veut flânerie dans une boutique hétéroclite où le curieux pourra déambuler dans des rayons divers et variés, se reposer, s'absorber et se sustenter.

mardi 27 février 2007

Papillonneries humaines

Quelques planches issues de l'Essai de papillonneries humaines  (1756) de Charles Germain de Saint Aubin auquel Patrick Mauriès a consacré un opuscule au sein de sa délicieuse collection   Le Cabinet des Lettrés.


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Posté par florizelle à 14:02 - carton à dessins - Commentaires [7] - Permalien [#]

La table de toilette

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Charles Germain de Saint Aubin. La Toilette. c. 1756. National Gallery of Art. Washington.


La toilette est d'abord un morceau d'étoffe, "qu'on étend sur la table pour s'habiller le matin et se déshabiller le soir" , indique Furetière, dans son Dictionnaire universel (1690) : "Le quarré où sont les fards, pommades, essences, mouches, etc, la pelote où l'on met les épingles dessus et les pierreries dedans, la boîte à poudre, les vergettes , etc, sont des parties de la toilette". Mais bientôt, la toilette va désigner le "tout ensemble" : mobilier, coffre, miroir, accessoires.  Au XVIIIe siècle, faire sa toilette n'est pas seulement un moment intime et  secret, car aux soins hygiéniques et aux menues réparations, à huis clos, succède une seconde toilette, mondaine celle-là, ouverte aux visiteurs, masculins comme féminins. Elle est fortement théâtralisée, enchâssée dans des codes de civilité où se mêlent sphère publique et sphère privée, scène d'intenses échanges entre les sexes.

La table de toilette est le lieu symbolique où convergent ces deux rituels successifs. Un miroir en son centre, drapé de mousseline, entouré de flacons de senteurs, de pots à fards, de boîtes à racines  pour se frotter les dents, de boîtes à peigne ou à brosse, de boîtes à poudres, à mouches, de coffres à bijoux, de pelotes d'épingles. "Eaux, poudres, fards, pâtes, mouches, odeurs, vermillons, rubans, tresses, aigrettes, perles, diamants, colliers, boucles d'oreille, bracelets, fleurs : quel attirail !"  s'écrie L.A. de Caracciolli dans sa Critique des dames et des messieurs à leur toilette (1771). Selon le même marquis "on peut dire qu'une toilette est une résurrection qui ranime les squelettes, qui embellit les cadavres, et qui leur donne un éclat surprenant : des dents y naissent, des yeux morts s'y réveillent, des haleines y prennent des odeurs de tubéreuse et de jasmin, des cheveux s'y colorent, des sourcils s'y noircissent, des fronts s'y dérident, des peaux s'y blanchissent". Le vrai visage est interdit, "une femme serait perdue si on la surprenait le matin avec le visage avec lequel elle s'est levée".

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Une fois "remontée", elle peut recevoir son public  et inventer toute une gestuelle autour de sa table en un spectacle savamment orchestré. Mais "le rôle d'une jolie femme est beaucoup plus grave qu'on ne le pense. Il n'y a rien de plus sérieux que ce qui se passe le matin à sa toilette. Un général d'armée n'emploie pas plus d'attention à placer sa droite ou son corps de réserve qu'elle n'en met à poster une mouche, dont elle espère ou prévoit le succès" raille Montesquieu dans ses Lettres persanes. Il s'agit de s'exposer tout en se dérobant, comme le veut l'essence de la coquetterie et du badinage. Se mélangent alors frivolité et pouvoir, futile et esprit de sérieux en une alchimie qui disparaîtra avec la privatisation de la toilette.

 

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François Boucher. La toilette. 1752

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Détail du Mariage à la mode de Hogarth


cf  Caroline Jacot-Grapa. La toilette au XVIIIe siècle : rituel et thématisation in  Les espaces de la civilité, sous la direction d'Alain Montandon. Editions interuniversitaires, 1995.

Posté par florizelle à 00:03 - boudoir - Commentaires [5] - Permalien [#]

Grains de beauté

Plus que quelques jours avant de pouvoir ouvrir  Grains de beautés et autres minuties d'un collectionneur de mouches de Frédéric Clément.

Le 2 mars, nous aurons  entre les mains  de quoi colorer nos joues d'un joli "rose cuisse-de-nymphe".



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Pour en avoir un avant-goût :

" En cet an de grâce 1764, la marquise Adélaïde des Ailleurs, jeune veuve moyennement éplorée, a mandé en son château de Chamarande le peintre miniaturiste itinérant, Zérène, célèbre pour ses minuscules portraits sur ivoire, afin qu’il mette au service de sa noble lignée l’art  réputé qui est le sien. Le peintre s’éprend de la marquise, laquelle ne succombera, déclare-t-elle, à ses ardeurs que s’il lui rapporte, de l’Orient lointain qui la fascine tant, des trésors en forme de traces, de grains de beautés, aussi impondérables qu’indubitables preuves de ces secrets d’amour qui se murmurent derrière les paravents, entre deux soupirs d’éventails…– le  tout devant entrer dans cette boîte à mouches, précise, en la lui remettant, la Marquise.…

Zérène accepte le défi et cingle vers les pays du Soleil levant… A bord de la jonque du mystérieux capitaine Tuan, la quête alors commence …
Minuscule cabinet de curiosités d’une délicate sensualité, d’un érotisme piquant qui se pare de sulfureuses féeries, fantasque voyage  en une mer de Chine baroque, auquel sont promis deux retours...
Grains de beautés est aussi le récit d’une métamorphose merveilleuse : celle où le trait du peintre se fait écriture, le mot dessin et la phrase couleur"

Posté par florizelle à 00:02 - boudoir - Commentaires [2] - Permalien [#]



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