" Parmi les villas médicéennes, il y en a une qui a choisi de survivre comme un fantôme : c'est la villa de Pratolino, construite par l'infatigable et hermétique François Ier [de Médicis]. Elle  fut pour tout le  XVIIe siècle une merveille exceptionnelle : ce n'était pas seulement une collection d'allégories et de symboles, mais un ensemble incomparable de prodiges techniques, un exemple unique de ce que pouvait alors l'esprit ingénieux des architectes, des sculpteurs et des mathématiciens. Une série d'automates et de machines donnait à la villa une qualité fantastique, qui doit être pensée à l'arrière-plan d'une culture pré-industrielle; jeux d'eau infinis, automates mus par des ruissellements, allées de jets d'eau, fontaines, et, seule merveille ayant survécu, cette statue de l'Apennin de Jean de Bologne, haute d'une douzaine de mètres, qui abritait tout un appartement, dont la pièce supérieure était éclairée par les yeux ; cette seule merveille demeure à Pratolino en gardienne de l'admirable jardin, à présent disparu. Les voyageurs qui s'essayaient au grand voyage en Italie ne pouvaient pas ne pas faire halte à Pratolino ; et, parmi les premiers, il y eut naturellement Montaigne. La villa médicéenne, avec ses prodigieuses machineries, entra en décadence au début du XVIIIe siècle ; le maintien en fonctionnement de ses inventions ardues était trop difficile et trop spécialisé ; les conduites rouillaient, se disloquaient ; l'entretien était non seulement coûteux mais aussi techniquement exigeant, et l'Eden des automates se révéla inhabitable, inutilisable. Entre la fin du XVIIIe siècle et le début du XIXe siècle, Pratolino entre en démolition ; la villa est vendue à un noble russe, dont elle porte encore le nom, Demidoff, qui détruit ce qu'il restait de la résidence grand-ducale et en fait une fastueuse demeure ; ainsi durèrent les choses jusqu'à ce qu'il n'y a guère, lorsque la villa Demidoff aussi fut dépouillée, que l'on en vendit l'élégance chez Sotheby's, et que Pratolino parut tout à fait défunte".

Giorgio Manganelli. La Favola Pitagorica. Milan : Adelphi, 2005. Trad. fr  par Dominique Ferrault sous le titre Italies excentriques, Gallimard - Le Promeneur, 2006

Pour finir, ne serait-ce que pour vous délecter de sa calligraphie, vous pouvez lire ce manuscrit italien du XVIIIe siècle contenant une  description de la villa,   issu du très beau site que la Bibliothèque nationale italienne a dédié aux récits de voyageurs français et anglais en Toscane à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle :  Grand Tour

 

 


Pratolino_utens

Giusto Utens, Veduta de la Villa Pratolino (une des douze lunettes des villas médicéennes peintes par le peintre flamand)

Museo Storico Topografico, Florence

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Some observations made in travelling through France, Italy &c., vol. II. 1730

par Edward Wright


colosse_edward_Wright_1730



grotte_villa_pratolino

Stephano della Bella. Grotte de la Villa. XVIIe siècle. Galerie Hinck & Wall

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Colosse de l'Apennin de Giambologna. Il  figurait autrefois parmi de multiples statues de satyres et de nymphes, venant rappeler le caractère sacré du lieu, habité de présences divines réputées lui avoir donné naissance par leur métamorphose. La conception de Pratolino a été fortement imprégnée par la poésie pastorale.

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La Villa Demidoff aujourd'hui rachetée par la province de Florence