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"Sous la  tente, il faisait sombre, chaud et rouge. Il n'y avait nulle sorte de fenêtres ; nulle lumière ne traversait l'étoffe de soie si ce n'était une lie pourpre. Des parois d'étoffe, des portières de la même grosse soie, ou faites de tapis, des tapis épais par terre,  étouffaient les pas, les bruits, les murmures. L'air était clos, sec, embaumé. Nous cheminâmes dans les galeries de ce labyrinthe, comme dans l'entre-pétales d'un œillet sombre qui commence à se dessécher. Derrière les cloisons, dans les divers réduits secrets de la tente, on croyait percevoir des chuchotements, et il me sembla entendre le menu tintement argentin des sonnailles à la cheville de cette esclave qui m'avait tant plu ; mais avant que j'eusse pu le reconnaître, ce son léger s'éteignit.

Firouz écarta une draperie et nous laissa passer. Nous entrâmes. Au milieu de cet espace magnifique, il n'y avait qu'un vaste tapis couleur de la pulpe de fraise. Vers le bord le plus éloigné, sur une table basse, on avait posé une sini, grand plateau d'argent chargé de fruits et de sucreries, d'aiguières et coupes à sorbet. Des lampes d'argent percé à jours brûlaient, suspendues au-dessus de cette collation. Entre la sini et la paroi la plus éloignée, sur une deuchemeh faite de matelas, coussins et oreillers de taffetas rose, azuré, pistache, de drap d'or et de satin rouge passé, siègeaient quatre hommes. "

L'homme aux yeux gris, par Petru Dumitriu, Seuil, 1969.


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